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Que peut la littérature en temps d'épidémie ?

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Avec Barbara Stiegler, Daniel Cohen, Alice Zeniter, Christophe Degryse....

Que peut la littérature en temps d'épidémie ?
Que peut la littérature en temps d'épidémie ? Crédits : Getty

Alors que la bataille du déconfinement semble réussie selon les mots du Premier Ministre Gérard Philippe, les regards se sont tournés cette semaine sur ce qui, déjà, ne serait plus jamais comme avant. 

À commencer par le travail, et le journal Le Monde a publié hier sur son site pas moins de sept tribunes sur la question du télé-travail. “Son surgissement aussi inattendu qu’irrésistible constitue un fait majeur dans notre société contemporaine” indique Pierre Matthieu de l’université de Clermont Auvergne. Alors que beaucoup le percevait comme une modalité de progrès social, une concession organisationnelle, une fin en soi, il est devenu, avec le confinement, un moyen pour d’innombrables organisations de relever un défi existentiel

Voici que le travail à distance, est passé en une décennie du statut d’impensable, au statut de possible, et puis d’indispensable. Autonomie, responsabilité, espace de travail, rapport au temps et à la hiérarchie, mille facettes qui interrogent cette nouvelle réalité.

Mais le travail à distance connaît comme toute chose sa face caché. Et c’est le chercheur à l’institut syndical européen Christophe Degryse, toujours dans le Monde, qui en énumère les dangers. Douleurs musculosquelettiques, activité physique en baisse, horaires de travail trop longs et irréguliers, perte de sommeil, manque d’interactions sociales, les gens, dit-il, commencent à se demander s’ils travaillent à la maison ou s’ils dorment au bureau. 

Alors comment le droit du travail s'adaptera-t-il aux changements provoqués par cette crise sans précédent ? Emmanuelle Barbara, avocate en droit social, donne des éléments de réponse dans la plateforme Le Grand Continent

Et dans Télérama, Daniel Cohen se penche lui sur l’humain digital, L’homo digitalis. Arrivera un moment, prévoit l’économiste, où votre état de santé, vos goûts, vos passions, toute votre vie aura été numérisée, vous serez géré à distance par des algorithmes. La société numérique, dans un certain sens, industrialise la société de services. [...]La crise actuelle me semble porter les germes d’une formidable déshumanisation. Comment faire fonctionner une société quand on ne peut plus se voir les uns les autres ?

La question reste en suspens et Daniel Cohen conclut : « Le jour où Amazon aura fait fermer toutes les librairies, et Netflix toutes les salles de cinéma, on sait qu’on aura perdu quelque chose d’essentiel dans la respiration de notre civilisation urbaine ».

Sauver le livre, c’était le sens d’une tribune publiée samedi dernier un collectif de 625 auteurs, éditeurs, et libraires qui demandait à l’État d’empêcher l’effondrement de cette filière: “Aucune nation ne peut se passer d’avoir une âme, Monsieur le président de la République”.  Emmanuel Macron, cible des propos de Barbara Stiegler, interviewée par les Inrocks, qui déplore l’absence de plan du Président pour la culture. 

_"Dans le champ de la culture, le rassemblement physique peut signifier des choses tout à fait antithétiques : on peut y chercher l’ambiance orgiaque des grands concerts ou, à l’opposé, l’exercice collectif de la raison et de la pensée. Mais les meilleurs moments sont ceux qui conjuguent les deux tendances (continue la philosophe), [...], celle (dionysiaque ou orgiaque) de la fusion affective et celle (apollinienne et rationnelle) du travail des concepts. C’est là,_ nous dit la philosophe, le sens profondément politique de la culture, ce qui en elle nous permet d’être à la fois reliés et séparés par de justes limites."

La Culture, toujours, et dans Médiapart l’écrivain et essayiste Christian Salmon se demande ce que peut la littérature par temps d’épidémies  : Après chaque catastrophe, comme la première ou la seconde guerre mondiale expose t-il, les sociétés traumatisées se trouvent devant "ce que les grecs nommaient “anek diegesis”, un monde privé de récit".

_R_etrouver le sens du récit, se l’approprier même, et permettre les conditions de sa création par une intermittence des arts et des lettres. C’est ce que les écrivains Nicolas Matthieu, Alice Zeniter, Vincent Message ou Amandine Dhée entre autres exigent dans une tribune parue hier sur le site de Libération. 

Enfin les artistes et les auteurs redeviendraient disponibles, enfin leurs nuits seraient assez longues pour leur permettre de rêver et de nous faire rêver, de déranger, de questionner, de nous remuer. Enfin, la France aurait l’art et la littérature qu’elle mérite. Ce serait cela, le monde d’après. Une utopie simple et réalisable : l’intermittence des arts et des lettres.

Retrouver les liens donc, en littérature comme dans le travail, et se donner les moyens de faire corps et récit de ce qui a été et ne sera plus.

par Mattéo Caranta

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