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Trouver la confiance au coeur de l'imprévisiblité

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans Philosophie Magazine, Books ou encore L'histoire, quelques éléments de réflexion sur cette question très actuelle.

A quoi vont ressembler les prochains mois ? Bien malin qui peut le dire... 

Philosophie Magazine dans son numéro de septembre s'interroge: Comment avoir confiance ?  C'est l'interrogation du moment bien sûr. A lire une interview avec Mark Hunyadi professeur de philosophie politique et morale à l'université de Louvain qui a beaucoup travaillé sur le sujet.  "Ce que nous a montré cette pandémie, dit-il, c'est que la confiance est ce dans quoi nous séjournons, elle innerve l'ensemble de nos relations. Elle n'est donc pas simplement un rapport au risque comme voudrait le faire croire la pensée économique dominante, mais bien un rapport au monde. Durant la pandémie, notre confiance a été éprouvée à tous les étages. Nous nous sommes mis à craindre le contact avec les objets, avec les écrans tactiles, avec les personnes. Nous nous sommes défiés des dirigeants et des institutions. L'événement a révélé par la négative, combien la confiance était en temps normal constitutive de notre relation au monde". Chacun s'est effectivement retrouvé bouclé chez lui, comme un pilote d'avion qui s'informe sur l'état du monde extérieur grâce à ses écrans.  

La confiance a la prévisibilité pour corollaire bien sûr.  Or, cette pandémie a révélé l'imprévisibilité justement.  Notion sur laquelle a réfléchi l'auteur Dan Gardner dans un livre cité par le magazine Books de septembre. L'ouvrage s'intitule Futurologie à deux balles: pourquoi les prévisionnistes se trompent et pourquoi nous les croyons malgré tout. Ce livre a quelques années, il a été écrit bien avant la crise d'aujourd'hui, mais il met en lumière la façon dont les grands événements du monde prennent souvent de nombreux experts totalement par surprise.  En décembre 2007 lit-on, pour 54 économistes interrogés dans le magazine Business Weeks, tous disaient que la croissance américaine en 2008 n'aurait rien d'exceptionnel. La crise géante qui s'annonçait n'avait été anticipée par aucun d'entre eux.  Ca ne concerne pas que les économistes évidemment. Qui peut jurer la main sur le coeur poursuit Books avoir prédit les printemps arabes ?  Même chose en démographie personne ou presque n'avait vu venir le baby-boom de l'après-guerre.  

Alors attention pas de généralités bien sûr. Certains désastres à venir peuvent tout à fait être anticipés dès aujourd'hui. Mais Books conclut malgré tout: ne cherchez pas à regardez trop loin dans le futur, vous risqueriez de vous vautrer.  

Vaut-il mieux alors regarder dans l'Histoire ?  Eh bien peut-être. Dans la revue L'histoire,  le préhistorien Jean-Paul Demoule propose une lecture de l'histoire de l'humanité qui depuis de nombreux millénaires, évoluerait "vers un mode de vie de plus en plus confiné". Il y a 12 000 ans la sédentarisation a amorcé un long processus de réduction des distances parcourues par l'homme pour assurer sa subsistance. Là où au Paléolithique le chasseur nomade marchait toute la journée pour suivre sa proie, au Néolithique le paysan sédentaire se contente de cultiver son champ, près du village. Au XIXe siècle, l'artisan ou l'ouvrier vivent en ville ou à proximité de l'usine. Aujourd'hui l'employé en télétravail marque l'aboutissement de cette tendance, qui connaît évidemment est-il besoin de le préciser de nombreuses exceptions. Les moyens de communication sont allés dans le même sens : l'écriture inventée au IVe millénaire avant notre ère dispense de rencontrer physiquement son prochain. On serait tenté d'ajouter que les réseaux sociaux sont là encore l'étape la plus récente du processus.  

L'histoire peut aussi inviter à retrouver la confiance. Dans la revue L'histoire toujours, Clément Fabre, spécialiste de l'histoire du corps, nous parle des gestes affectifs. Ils ont été menacés de nombreuses fois, parfois même en danger de mort et ils se sont toujours relevés. Dans les années 1890 de nombreux médecins souhaitent ainsi apprend-t-on l'éradication pure et simple de la poignée de mains, et pas seulement en temps d'épidémie.  Il faudrait selon eux s'en débarrasser totalement. En 1904 une grippe lit-on pousse le New Jersey à interdire le baiser carrément. A Salt Lake City pendant la grippe espagnole un décret impose des mariées masquées et sans baisers. Pourtant tels des phénixs, ces gestes renaîtront, c'est même à l'issue de la première guerre mondiale, donc quelques années après, que la poignée de main triomphe en France et se généralise.  

Pour retrouver donc une certaine confiance, les leçons du passé sont donc peut-être parfois plus précieuses que l'imprévisibilité de l'avenir...

Chroniques

8H34
25 min

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Martin Hirsch : "Nous sommes prêts à affronter une nouvelle secousse"
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