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Quel espace pour les enfants victimes de violences sexuelles ?

Que faire face à l'inceste ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Faut-il changer la loi pour protéger les mineurs de violences sexuelles ? Comment mieux voir et mieux entendre? Quel espace donner à la parole ? La revue de presse des idées ...

Quel espace pour les enfants victimes de violences sexuelles ?
Quel espace pour les enfants victimes de violences sexuelles ? Crédits : Catherine Falls Commercial - Getty

« Faut –il changer la loi pour protéger les mineurs de violences sexuelles ? 

En effet, depuis la publication début janvier de La familia grande de Camille Kouchner, des milliers de victimes d’incestes et de violences sexuelles  témoignent sur les réseaux sociaux, notamment avec les mots-clés  #metooinceste et #metoogay . Beaucoup se sont interrogés entre autres, sur le versant législatif et juridique suite à cette affaire, un versant évoqué la semaine dernière dans l’émission  « Esprit de Justice » d’Antoine Garapon sur France Culture.

Mais cette semaine, c’est dans  C CE SOIR, la nouvelle émission de débat et d’idées de France 5 que l’historienne Michelle Perrot, l’avocate Caroline Mecary et la psychiatre Muriel Salmona ont échangé autour de la question de la prescriptibilité de ces crimes. 

Selon Murielle Salmona, présidente de l’Association des mémoires traumatique, « le traumatisme génère des stratégies de survie comme l’amnésie émotionnelle, qui empêche aux victimes de se souvenir des crimes, parfois pendant très longtemps ». En ce sens pour elle, l’imprescriptibilité de la pédophilie et de l’inceste est importante puisqu’elle permettrait de reconnaître je cite « l’amnésie traumatique comme un obstacle insurmontable à l’exercice des poursuites ». « L’obstacle insurmontable », qualification juridique qui suspend la prescription des crimes. 

Dans le Monde, Les deux militantes féministes Caroline De Haas et Madeline Da Silva insiste quand à elles sur la prévention. Pour elles  l’urgence n’est pas de renforcer l’arsenal législatif contre les violences sexuelles, mais de donner plus de moyens aux victimes et à ceux qui les protègent. D’abord précisent-elles, parce que les lois réprimant ces actes existent déjà mais aussi parce que ce n’est pas par là selon elles que la prise de conscience passe. « Le viol ou l’inceste continue d’exister malgré leur criminalisation » soulignent les deux autrices de la tribune, qui voient une solution dans « la prévention, l’éducation, et les moyens qui lui sont dédiés. » Caroline De Haas et Madeleine da Silva l’affirment « Un enfant victime de violences sexuelles dans sa famille va déclencher des signaux d’alerte multiples, parfois physiques, parfois psychologiques, parfois les deux. Des adultes, et notamment des professionnels, peuvent apprendre à reconnaître ces signaux, à dialoguer avec l’enfant de manière adaptée à son âge, à l’orienter et à signaler les faits ».

Savoir dire, savoir comprendre savoir entendre et croire. 

Dans Médiapart l’historienne Fabienne Giuliani, spécialiste de l’inceste, rappelle comment, depuis la fin du XIXe siècle, on a peu à peu discrédité la parole des enfants, et l’historienne revient sur la représentation de ce crime à travers l’histoire. Un crime qui existe déjà avant la Révolution Française, et qui se renforce avec le code pénal napoléonien. « Mais en 1810, nous apprend Fabienne GIuliani, le code pénal ne vise pas la protection de l’enfance, mais de la famille. On punit d’abord des agresseurs qui créés une cellule de famille corrompue. En corrompant le corps des enfants, on corrompait la famille, et donc la société ». 

« C’est au tournant du XXe siècle que plusieurs thèses de médecine décrivent les enfants comme mythomanes par nature, corrompus par leur mère, manipulés et parfois manipulateurs » explique Fabienne Giuliani qui ajoute : « On ne considère toujours pas l’enfant comme un individu dans notre société. Sans en faire une valeur absolue, il faut s’attacher à recueillir correctement cette parole. (...) C’est une violence de genre, une violence de génération, mais c’est d’abord sans doute une violence affective ».   

Redonner de la valeur à la parole, c’est aussi l’objet d’un texte publié par le média en ligne AOC

Oui et nous sortons ici de la question de l’inceste pour penser celle du monde qui nous entoure avec l’auteure Marielle Macé qui défend la parole comme un endroit et un espace dont il faudrait prendre soin, un milieu vulnérable, une « zone à défendre » : 

Il se pourrait que la parole soit l’un des lieux les plus polluées de la planète 

Dans ce très beau texte, la spécialiste de la littérature nous alerte sur la « souilllure spectaculaire de la parole et de ses responsabilité » , une parole déviée par le politique, mensongère à la télévision, qui ment parce qu’elle ment dans l’image qu’elle donne de la parole, de ce que c’est de parler, de ce qu’on peut en attendre ».

Marielle Macé, pensant au silence des villes pendant le premier confinement, à la place laissée soudainement à la parole des oiseaux, à la parole en danger puisqu’elle est montrée du doigt dans la transmission du virus, Marielle Macé donc forme « le désir » je cite, « de penser la parole elle même comme un milieu (...) à défendre dans l’exacte mesure où on la cultive et où on s’y retrouve : un « commun » dont prendre soin ». L’écrivaine ajoute : « Une parole sans attachements est « misérable » et « sèche » ; les liens en revanche délient les langues, font et laissent couler la parole, patiente, singulière, émue » et elle conclue avec cette injonction : « Soigne ta parole, et soigne-toi dans la parole ».

Par Mattéo Caranta

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