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Les gilets jaunes acte VIII (Libération), la revue America et AOC

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Le grand fossé entre les Gilets jaunes et les médias, l’Amérique de Trump vue par l'écrivain Russell Banks, le néolibéralisme et la démocratie avec la politiste Wendy Brown.

Crédits : Getty

« Je te BFM moi non plus » 

De la presse du jour, on retiendra les quatre premières pages de Libération consacrés aux Gilets jaunes, dont l'acte VIII a lieu aujourd'hui. Libé titre sur leur divorce avec les médias traditionnels : «  Je te BFM moi non plus ». 

C’est tout le paradoxe : aucun mouvement n’a connu une telle couverture médiatique. Pourtant, la méfiance règne. « Les médias sont à la botte du pouvoir » est l’argumentaire répété. Ce qui a conduit à l’apparition d’espaces médiatiques alternatifs, tel que Facebook live ou Youtube

L’article avance un point intéressant : dans la rue, on a beaucoup entendu « La police avec nous ». Mais pour les journalistes, c’est un autre slogan : «  Journalistes collabos ». 

C’est que le métier est considéré comme appartenant à une haute classe sociale. Paradoxe encore, car comme le précise Vincent Glad, la profession est de plus en plus précaire. «  En fait, les médias sont haïs pour les mêmes raisons que les politiques. C’est une crise de la représentativité. » 

L’Amérique de Trump selon Russel Banks

Aux Etats-Unis, alors que le shutdow se poursuit, que les élus démocrates issus des midterms prennent leur fonctions, on lira avec intérêt les textes de deux grandes personnalités : l'écrivain Russell Banks et la philosophe du politique Wendy Brown.

Russell Banks livre un long entretien à la revue America qui vient de sortir. L’interview dresse le portrait d’un romancier engagé mais aussi celui de l’Amérique de Donal Trump. Depuis quarante ans, Russell Banks raconte les marginaux, les ouvriers, les SDF, et les rêves avortés des classes populaires. 

Le rêve américain justement: Pour lui, le saccage du rêve américain commence avec les années 70. L’éducation et les frais d’université deviennent si chers que les classes moyennes inférieures ne peuvent plus y accéder. La récession de 2008 continua d’esquinter cet American Dream, profitant largement à l’élection de Donald Trump. 

« Trump marque la fin de la démocratie libérale aux Etats-Unis (…) C’est le début d’une autre ère, celle des oligarques » écrit-il. 

Grand-père d’un petit-fils noir, il insiste sur la question raciale et fustige la politique migratoire du pays. « L’Amérique s’est toujours revitalisée économiquement mais aussi culturellement par l’immigration ». 

Malgré son regard acerbe, Russell Banks concède: « Nous vivons la période la plus intéressante de l’histoire, la plus imprévisible que l’Amérique ait connue. »

Le néolibéralisme sape la démocratie

Autre personnalité emblématique : la politiste américaine Wendy Brown. La revue AOC rediffuse son entretien avec Christian Salmon publié le 13 septembre dernier : «  Le néolibéralisme sape la démocratie ». 

« La politique est corrompue par l’argent et le marché » est une rengaine commune, sauf qu’ici, la philosophe va plus loin. Selon elle, le néolibéralisme menace les fondements de la démocratie. Pas seulement parce qu’il encourage les privatisations, l’intensification des inégalités, ou la connivence entre le pouvoir et les capitaux. Mais parce que tous les aspects de la politique sont reconfigurés sous un prisme économique, à savoir l’efficacité et le rendement. 

En d’autres termes : cette « économisation du tout » grève le régime démocratique.

Pour elle, le rêve néolibéral tourne au cauchemar. Un exemple : Donald Trump. « Pour lui, bien gouverner c’est faire de bonnes affaires. Il dirige ce pays comme une entreprise ( …) La justice, la représentation, la coopération, le droit, l’équité, les principes universels, tous ces mots sont absents du lexique de Trump». 

Pour Wendy Brown, les principes des affaires deviennent les seuls principes de gouvernement et pour cette raison, la démocratie est en danger. 

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