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Manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Elysées

La violence en questions, la colère comme l'expression de notre époque et les inquiétudes démocratiques.

3 min

Violences de la rue et répressions policières à la une des journaux du jour ; Philosophie magazine sur les colères contemporaines; la revue Esprit sur "l'inquiétude démocratique"

Manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Elysées
Manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Elysées Crédits : Getty

La violence à la une

« Pourquoi tant de violence ? » titre Le Parisien-Aujourd’hui en France.  Avec cet acte 9 des Gilets jaunes, les journaux s’intéressent à cette violence contre les forces de l’ordre, contre les élus de la majorité et aussi celle contre les manifestants. 

Libération consacre dix pages à cette question avec une attention toute particulière portée à l’ampleur de la répression actuelle. La sociologue Isabelle Sommier y explique que les forces de l’ordre peuvent accroître la violence des manifestations. «  La recherche de contact physique tranche avec la doctrine de la mise à distance » dit-elle. 

Dans le supplément Idées du Monde, intitulé « Comment la violence flambe »,  le philosophe Marc Crépon évoque: la « brutalisation de la parole publique » qui aurait contaminé le débat public.  

On peut aussi prendre le large et partir aux Etats-Unis, à la frontière du Mexique avec le reportage du Figaro sur la visite de Donald Trump à ce qu'il appelle la «frontière passoire ». Le président n’obtient pas les fonds nécessaires pour la construction de son mur, le shutdown se poursuit. Alors, au pied du mur, il menace de décréter l’état d’urgence pour s’affranchir de l’aval du Congrès. 

Pourtant, un garde frontalier se confie : «  le mur ce n’est pas la panacée (...) Cela ne résout pas l’explosion des demandes d’asile » .

La colère comme passion politique de notre époque

C'est un long entretien avec un philosophe indien qu'on peut lire dans le dossier de Philosophie magazine intitulé "Qu'est-ce qu'une colère saine?". Pankaj Mishra estime que la colère est « un sentiment de trahison qui s’exprime à l'échelle mondiale ». Rousseau avait prédit « l’avènement d’une société régie par l’intérêt individuel, gangrené par l’envie, l’insatisfaction et la vanité » . Pankaj Mishra réactualise le concept de « solidarité négative » d’Hannah Arendt, ou comment un peuple s’unit autour de valeurs non solidaires. Cette solidarité négative se serait accrue avec la révolution technologique. « La colère émerge d’un intense désir compétitif de ressemblance bien plus que d’une différence ». Nous vivons une nouvelle forme de polarisation, nous explique Mishra, qui dépasse les traditionnelles catégories gauche-droite, que les politiques actuels sont incapables de gérer. A ses yeux, l’actuelle colère jaune s’exprime de façon anarchique précisément parce cette énergie politique n’est canalisée par aucun parti.

« Le concept de totalitarisme est-il encore pertinent? »

Et tout cela aboutit  à «  l’inquiétude démocratique », thème de la revue Esprit ce mois-ci. Parmi les nombreux articles, une table-ronde avec trois philosophes qui se demandent si « le concept de totalitarisme est encore pertinent ». C’est une conversation croisée entre Etienne Balibar, Jean-Claude Monod et Myriam Revault-d’Allonnes sur notre époque dite post-totalitaire. 

Tous les trois donnent leur définition du concept de démocratie: « En démocratie personne n’est propriétaire du pouvoir, pas plus une lignée qu’un parti. Il y a une compétition libre pour y accéder provisoirement, et ses "occupants" peuvent être congédiés » . 

Il est ensuite question de l’inventivité démocratique : « Une politique des droits de l’homme n’est pas une politique qui se réclame des droits de l’homme mais une politique qui permet d’en inventer de nouveaux » .

Mais alors d’où vient cette défiance selon laquelle la démocratie mentirait sur elle-même? Il est vrai que des façades démocratiques existent, avec des institutions et des systèmes de vote. Le régime d’Erdogan en Turquie par exemple, ou celui de Victor Orban en Hongrie.

Cela dit, si on ne peut plus parler de régimes totalitaires tel qu’on les a connus au XXe siècle, nos philosophes pointent quand même des « tendances totalitaires ». Pour les éviter, nos démocraties ont besoin d’être réinventées. Pour Myriam Revault-d’Allonnes, « tous ces mouvements qui menacent la démocratie sont des mouvements d’abolition du conflit ». Or, nous dit Etienne Balibar : « le politique, c’est l’élaboration du conflit comme constitutif de la société. » A méditer.

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