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Nikol Pachinian, le militant d'opposition devenu Premier Ministre

La démocratie, horizon des sociétés humaines ?

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Au menue de la revue de la semaine ce matin, portrait de la "révolution de velours" en Arménie et réflexion sur la démocratie comme horizon des peuples..

Nikol Pachinian, le militant d'opposition devenu Premier Ministre
Nikol Pachinian, le militant d'opposition devenu Premier Ministre Crédits : Aram Nersesyan / Sputnik - AFP

Tandis que l’avenir s’assombrit au Moyen-Orient, on revient sur une lueur d’espoir dans le Caucase. Une révolution que personne n’avait vu venir.

« En six semaines, un homme a réveillé, secoué, et fait rêver l’Arménie en un avenir meilleur », racontait Annick Cojean dans Le Monde hier. Un long portrait consacré à Nikol Pachinian le leader de la contestation et désormais Premier Ministre depuis son élection mardi par le Parlement. 

Révolution d’un peuple ou révolution d’un homme ? Pachinian, à lire ce portrait, semble posséder toutes les caractéristiques de l’homme providentiel. Ancien journaliste, prisonnier politique, agitateur, député et depuis quelques jours chef du gouvernement. "Un parcours qui stupéfie les politologues" raconte Annick Cojean.

Mais une constance, celle de la lutte contre la corruption, pour la liberté et les droits de l’homme.

Pachinian s’inspire de Mandela témoigne un proche. « Mais ce n’est pas moi qui importe répète-t-il, c’est vous, le peuple qui comptez. Vous seuls, désormais, êtes les maitres du pays ». 

Les arméniens sont-ils désormais maitre de leur destin ? 

Pas tout à fait à lire l’entretien accordé par le chercheur Gevorg Melikyan à Mediapart. Car la géopolitique joue toujours un rôle en Arménie explique-t-il. "L’Europe, la Russie, l’Iran, sont toujours présents d’une manière ou d’une autre dans la région". 

Cela dit rien de comparable avec la révolution en Ukraine qui jouait l’opposition Europe contre Russie. En Arménie pas de slogan ni de drapeaux européens dans les manifestations observe le chercheur. Nikol Pachinian « ne veut pas donner aux russes un prétexte pour s’énerver ». Et cela révèle selon lui sa grande habileté politique. 

Désormais il faudra composer, certes, mais ce qu’on peut dire avec certitude poursuit George Melikyan c’est que "les gens n’ont plus peur de dire ce qu’ils pensent". « L’Union soviétique ne s’était pas totalement effondrée en 91. Sa fin se fait maintenant plus proche ».

La démocratie comme horizon des sociétés humaines, c’était justement la thèse de Francis Fukuyama en 1989. Près de 30 ans plus tard le philosophe revient sur son fameux texte « La fin de l’histoire ? » et répond aux critiques

C’est à lire dans Commentaire. Numéro spécial ce printemps à l’occasion des 40 ans de la revue. Et un dossier dédié aux incertitudes dans lequel on trouve donc ce retour sur « la fin de l’histoire ? » par Fukuyama lui-même. Logique, puisque c’est Commentaire, en 89 avait traduit et publié, le texte du philosophe américain. 

« Je continue à penser que le cœur du concept reste valable » défend Fukuyama car on a mal compris l’idée de fin de l’histoire explique-t-il. La fin indiquait « le but, l’objectif, le point terminal du développement humain ». Aujourd’hui on emploi d’autres termes comme « modernisation », mais c’est la même chose dit-il.

Alors pourquoi tous les pays de la planète ne sont-ils pas devenus, depuis 89, des démocraties libérales et prospères ? 

C’est en raison de "l’absence d’institutions et d’Etat moderne" répond Fukuyama dans une sorte de regard critique et rétrospectif.

"Ma théorie ne faisait pas assez attention au prérequis d’un Etat moderne" qui est nettement plus difficile à construire qu’une démocratie électorale. 

Parce qu’il est fondé sur l’impersonnalité et le mérite. "Le responsable que vous choisissez ne doit pas être votre ami ou votre cousin mais quelqu’un de qualifié pour l’emploi. Or ce n’est pas ainsi que fonctionne les sociabilités humaines". 

Les Etats modernes peuvent donc régresser, un autre point que j’avais complètement ignoré concède encore Fukuyama. 

Et le danger vient surtout des élites "qui peuvent avoir la tentation de s’emparer de l’Etat pour servir leur richesse et leur pouvoi"r. C’est ce qu’on appelle la corruption. Fukuyama le qualifie de « re-patrimonialisation » de l’Etat.

Voilà pour le retour et critique et pourtant conclusion de Francis Fukuyama : "oui l’histoire va dans le sens du progrès. Pour preuve, ces millions de gens qui tentent de gagner les pays stables et démocratiques. Ces pays qui sont à la fin de l’histoire".

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