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Clôturer le grand débat // Lancer l'alerte // Penser la condition noire

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Après trois mois de grand débat national, le président Emmanuel Macron doit faire des choix et prépare son annonce / L’enjeu démocratique des lanceurs d’alerte / La condition noire en France et aux États-Unis.

Crédits : Getty

« Emmanuel Macron joue son quinquennat »

La presse du jour peut être lue sous l’angle du pouvoir, à commencer par Libération qui consacre un gros dossier sur la série la plus populaire au monde  Game of Thrones. Selon Libération, après  huit ans de règne et après cette ultime saison qui s’apprête à sortir, le trône de l’hégémonie culturelle sera vide. Mais Le Parisien-Aujourd’hui en France, s’intéresse de son côté à l’anarchie de la trottinette, un fléau pour la sécurité routière. Et Le Figaro nous emmène en Macronie : « Après le grand débat, Macron à l’heure du choix ». Le président est enfermé à l’Élysée depuis jeudi et prépare ses prochaines mesures.  Pour l’éditorialiste Yves Thréard : « en ce mois d’avril, le chef d'État joue son quinquennat » D’autant plus que tout repose sur lui : le président n’a plus de conseiller en communication. Dans son interview, le président du Sénat Gérard Larcher confirme : « il n’aura pas de seconde chance. » Est-ce qu’il se prépare un virage social ou un tournant fiscal? Dans les couloirs, le mot « remaniement » est chuchoté. Patience encore, ses déclarations sont attendues autour du 15 avril .

Lancer l’alerte : un enjeu démocratique

Autre événement à la une du Monde, l’arrestation de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. La revue Esprit propose ce mois-ci un dossier passionnant sur les lanceurs d’alerte. 

Dans une table ronde, l’enjeu démocratique du lanceur d’alerte est interrogé. Sans eux, ni les Panama Papers, ni le scandale du Médiator ne seraient sur la place publique.  Pour celui qui est à l’origine des Luxembourg Leaks, Antoine Deltour : « l’alerte est le geste démocratique ultime ( …) Il propose de redonner du pouvoir aux gens ordinaires par le bas. » 

Pourtant, même si les institutions elles-mêmes reconnaissent l’alerte comme une nécessité sociale, même si une loi en France a été créée- la loi Sapin II- les lanceurs d’alerte restent mal protégés. 

Pour le sociologue Francis Châteauraynaud, il faut avant tout lutter contre l’opacité des organisations. Mais pour Antoine Deltour, difficile de créer un cadre plus favorable à l’alerte tant que le système économique actuel promeut des multinationales impossibles à réguler.

La condition noire aux États-Unis et en France.

Deux journaux cette semaine parlent de la condition noire, l’un aux États-Unis, l’autre en France. 

- Pour les États-Unis, c’est dans la revue America, avec le très beau texte de l’écrivain franco-djiboutien  Abdouramane Waberi « Washington couleur chocolat ». Il dessine la topographie de cette ville à majorité noire, autrefois surnommée « chocolate-city ». On dit que la plus grande communauté éthiopienne se trouve ici. La ville est réputée pour être celle où « les différences de classe, de race et de culture sont les plus évidentes ». Extrait: « La Maison Blanche et le ghetto noir sur la même esplanade. Les frasques et le faste d’une part, l’absence d’espoir et l’Aiguillon de la faim de l’autre. Et entre ces mondes, pas de checkpoints, pas de barbelés. Juste de larges boulevards venteux. Troublante proximité! ». 

- Pour la France, la condition noire est au cœur du numéro des Inrockuptibles,  avec pour rédactrice en chef Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré, mort en 2016 après une intervention policière. Trois ans plus tard, la justice relance l’enquête. Le livre Le combat Adama écrit par Assa Traoré et Geoffroy de Lagasnerie vient de sortir. Le livre pose une question : « y aurait-il, insidieux, un racisme d’État ? » 

Dès son éditorial, les mots d’Assa Traoré sont forts: «  Je ne cesserai jamais de l’affirmer: mourir parce qu’on est noir, mourir parce qu’on est un homme habitant dans les quartiers populaires, mourir parce qu’on court, mourir parce qu’on n’a pas ses papiers d’identité sur soi est une honte pour la démocratie. » Elle dénonce une société qui invisibilise, voire qui tue une partie de ses citoyens. Pour elle, il n’est pas question de parler de « bavure », ni de « dérapage » mais bien d’un système. 

Dans une interview croisée, la philosophe Nadia Yala Kisukidi va dans ce sens. Pour elle, la France est structurée par des lignes raciales: « Si on veut penser les mécanismes du racisme qui saisissent la République, on ne peut pas passer à côté de ce combat. Les violences policières touchent un certain nombre de familles françaises ( …)  Croire qu’il existe une gauche identitaire qu’on opposerait à une gauche centrée sur les inégalités de classe, ce sont des idées stupides. » 

Pour finir, on pourra lire l’entretien avec la comédienne Aïssa Maïga, qui a écrit Noire n’est pas mon métier. Pour elle, «  La non-considération des femmes et des hommes noirs en Occident existe depuis six siècles, cette question reste centrale ».

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