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Manifester pour ses droits, le remède contre la victimisation ?

Féminisme, sexualité, harcèlement.. retour sur le débat de la semaine

4 min

Féminisme, sexualité, harcèlement.. retour sur le débat qui a enflammé la presse toute cette semaine par voie de presse interposée.

Manifester pour ses droits, le remède contre la victimisation ?
Manifester pour ses droits, le remède contre la victimisation ? Crédits : CITIZENSIDE/YANN KORBI - AFP

On reprend le fil pour ceux qui auraient manqué le début. Tout commence lundi, avec cette tribune publiée dans les pages débat du Monde. Signée par une centaine de femmes qui attaque de plein fouet le mouvement de libération de la parole des femmes enclenché depuis l’affaire Weinstein.

Tout en reconnaissant qu’une prise de conscience était nécessaire elles en dénoncent les excès, les dérives.. et un féminisme « qui prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité ».

Comme si, à leurs yeux, la libération de la parole devait se payer au prix de la liberté sexuelle. Elles défendent donc ce qu’elles appellent une « liberté d’importuner ».

Ce qu’on lit aussi dans cette tribune c’est le refus catégorique du statut de victime.

Dès le lendemain, mardi sur France Info, réaction effarée de la féministe Caroline de Haas et d’une trentaine de militantes qui leur répondent point par point. Non #balancetonporc ne va pas trop loin, non ce n’est pas vrai qu’on ne peut plus rien dire, non les féministes ne sont pas des mal-baisées.

Et oui les femmes sont des victimes. De harcèlement, d’agressions, de viols. En France, chaque jour. 

Depuis le débat est lancé. Toute la semaine, les tribunes et les prises de parole se sont enchainées.

Vendredi, dans Le Monde l’historienne Michelle Perrot revenait sur cette question extrêmement sensible de la victimisation. Elle ne voit pas en quoi cette protestation ferait des femmes les "éternelles victimes" puisque "au contraire dire non c’est s’affirmer comme individu libre". 

A celles qui ont jeté le pavé dans la marre Michelle Perrot leur oppose leur "manque de solidarité".

A lire aussi la tribune de Leila Slimani dans Libération ce matin. « Je ne suis pas une petite chose fragile » écrit-elle. 

"Prendre le métro le soir. Mettre une minijupe. Me maquiller comme un camion volé. Draguer un homme. Réclamer une augmentation. L’écrivaine réclame le droit à la sécurité et au respect tout simplement".

Ce qui émerge dans le débat c’est donc la question du corps et du désir..

« Nous serons libre quand nous pourrons exprimer notre désir » affirmait l’écrivaine Belinda Canone encore dans Le Monde mercredi. 

"Autant il me parait capital de dénoncer le lien du pouvoir et du sexe qui a privé les femmes de la maîtrise de leur propre corps. Autant il faut combattre la morale désuète qui a toujours cherché refréner les désordres de la sexualité. Le jour où les femmes se sentiront autorisées à exprimer leur désir elles ne seront plus les proies et ne se percevront plus comme telle". 

Tout le monde, affirme-t-elle, "gagnerait à une réelle égalité dans l’érotisme".

Peut-on désirer sans dominer ? C’est aussi la question que pose Philosophie Magazine dans un dossier coordonné par la sociologue franco-israélienne Eva Illouz. 

Le problème, explique-t-elle, c’est qu’"on a libéré la sexualité sans toucher au pouvoir économique et social des hommes. Cela revient à placer les femmes dans une vulnérabilité structurelle" explique Eva Illouz. "De ce point de vue elles sont les grandes perdantes de la révolution sexuelle".

Dans la presse cette semaine, un nouveau venu, EBDO.. on en parlait dans La Fabrique Médiatique en septembre, ça y est il est dans les kiosques

"Lisez-nous, lisez-vous, bienvenu chez vous", c’est le slogan de Ebdo. Un nouveau magazine aux nombreux paris : celui du papier, de l’absence de pub et de l’accessibilité. 

L’accessibilité c’est quoi ? "Expliquer clairement, raconter des histoires vécues, adopter un vocabulaire et des références utilisées par tout un chacun" peut-on lire dans l’édito.

"Une formule qui n’a pas convaincu la profession" relevait Libération hier." Sans doute parce que ce public urbain sur-informé maîtrisant pleinement les rites et les codes de la presse n’est pas la cible première d’Ebdo".

"Et peut-être sommes-nous aveuglés par notre snobisme?" se demande Libération. 

Alors que peut-on lire dans Ebdo ? une enquête intéressante sur la SNCF avec des révélations sur son manque de transparence dans les cas d’accidents. Des sujets vie quotidienne aussi. Et des textes, envoyés par les futurs lecteurs. Ebdo est simple, direct.

"Pas de pose, pas de posture" explique Patrick de St Exupéry, l’un de ses fondateurs. "Il est plus facile d’être classe que d’être simple".

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