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Un campement de fortune à Pierrefitte-sur-seine

Oui, il y a encore des bidonvilles en France en 2017..

5 min

Dans la revue de presse cette semaine, la résurgence des bidonvilles en France, un autre regard sur la chute de Rakka et les espoirs d'Edgar Morin

Un campement de fortune à Pierrefitte-sur-seine
Un campement de fortune à Pierrefitte-sur-seine Crédits : GODONG / BSIP - AFP

On commence avec un dossier sur les bidonvilles car oui, il y a encore des bidonvilles en France en 2017 !

« Ces bidonvilles que la France ne veut pas voir », c’était la Une du journal Le Monde daté d’hier avec ces chiffres qui parlent d’eux-mêmes : 16 000 personnes - dont 36% de mineurs - vivent actuellement dans des campements précaires. Il y en a plus de 500 en France dont 113 rien qu’en Ile-de-France.

Le retour des bidonvilles c’est justement le sujet du dernier numéro de la revue Urbanisme. Avec un dossier de 40 pages pour comprendre cet objet, je cite : « le plus illégitime de l’histoire de l’urbanisme ».. et qui pose d’emblée ce paradoxe : tandis que les bidonvilles d’hier, ceux des années 60 et 70, commencent à devenir des objets de mémoire à travers des films ou des photos.. les campements aujourd’hui « n’ont jamais autant fait l’objet d’éradications ».

Les trois chercheures, sociologue et architecte, qui ont coordonné le dossier expliquent : les bidonvilles s’installent aujourd’hui non plus en périphérie des villes mais dans les creux et les interstices même des métropoles.

Nouvelles vagues migratoires et crise de l’habitat abordable, voilà l’origine de leur réapparition depuis une dizaine d’années.

« Pas de logement pauvre pour les pauvres » disait-on dans les années 60. Mais, en l’absence d’alternatives pourquoi ne pas consolider ces campements plutôt que de les détruire ? A Marseille par exemple ils sont régulièrement démantelés mais se reconstruisent.

L’association Médecin du Monde qui intervient depuis 93 auprès des populations roms estime que la « stabilisation » de certains bidonvilles peut constituer « un sas pour l’insertion des habitants ».

Respecter l’auto-construction, c’est aussi ce que défend l’association « Système B comme Bidonville » qui travaille à porter un regard plus positif sur cette ville pauvre et informelle. Escaliers d’accès, sanitaires, jeux pour les enfants, l’association construit des équipements temporaires. "Car le temporaire, explique la co-fondatrice Pascale Joffroy, certes, ne peut être recommandé en lieu et place d’autres politiques publiques mais il peut en revanche être respecté comme choix des habitants eux-mêmes. Se mettre à l’abri en bidonville, ce n’est pas vouloir en rester là".

Dans l’actu cette semaine la chute de la ville de Raqqa en Syrie jusqu’ici aux mains de Daech. Une victoire en demi-teinte..

La chute de Raqqa, considérée comme la capitale du groupe djihadiste en Syrie, a été largement commentée et saluée cette semaine dans la presse. Mais on aurait tort de se réjouir trop vite, prévient Joshua Keating dans une tribune parue sur Slate. Car la chute de Rakka, ne change rien avance le journaliste américain.

D’ailleurs, relève-t-il, Donald Trump est resté étrangement discret sur la chute de Rakka. Etrange, qu’il n’en ai pas fait davantage avec la capture de la capitale de l’ennemi. "Peut-être notre Président est-il distrait ?" feint-il de se demander. « Ou peut-être que dans un rare accès de lucidité, ses conseillers comme lui-même ont-ils conscience que vendre la peau du califat est tout sauf une bonne idée ».

Tout d’abord, selon Joshua Keating parce qu’après la dévastation totale infligée à Raqqa le terme de «libération» sonne un peu creux.

Et puis surtout parce que le conflit est loin d’être terminé. "Daech est devenu un mouvement mondial, avec des subdivisions actives en Libye, au Sinaï, au Yémen, en Afghanistan et ailleurs".

Et enfin parce que "le conflit plus large qui ensanglante la Syrie et l’Irak au lieu de se terminer, entre dans une nouvelle phase. Selon lui, l'Irak pourrait bien être au bord d'une nouvelle guerre civile".

Certes la prise de Rakka était un des objectifs majeurs des Etats-Unis rappelle le journaliste. Mais « _quand on livre bataille contre une idéologie (…) l’ennemi n’est jamais vraiment vaincu; il se transforme, tout simplemen_t ».

On termine quand même avec un message d’espoir.. celui d’un homme de 96 ans.. Edgar Morin :

Un homme pour qui le monde « reste extrêmement inquiétant » mais qui n’en garde pas moins des raisons d’espérer. C’est ce qu’il explique dans un grand entretien accordé au magazine Alternatives Economiques et à retrouver en accès libre sur leur site.

A la question la société peut-elle devenir meilleure ? le sociologue répond : « S’il y a une société future meilleure, elle s’élaborera d’elle-même".

Mon message, c’est de vivre ! Quand j’ai fait de la résistance, c’était dangereux, c’était embêtant, mais en même temps je sentais que j’avais choisi de vivre plutôt que de survivre. Vivez ! Luttez ! Aimez ! Associez-vous ! Eduquez ! s’exclame Edgar Morin !

Pour autant explique Edgar Morin, « je ne parle plus d’utopie. Pourquoi ? Parce que je pense qu’il y a deux types d’utopie : l’utopie folle, celle qui pense à l’harmonie totale. Je pense que celle-ci est impossible".

"En revanche, il y a la bonne utopie : Il est possible par exemple de nourrir correctement tous les gens de la planète. Nous avons les moyens agricoles et techniques pour cela. il est possible aussi de faire la paix mondiale entre les nations. Nous avons tous les systèmes de communication pour cela. On voit très bien que ce sont les conditions psychologiques, sociologiques, économiques, des limites, des erreurs, des folies qui empêchent tout ceci".

Il faut jouer sur des forces de transformation, c’était mon maître le philosophe Bernard Groethuysen, qui disait : « Etre réaliste, quelle utopie ! ».

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