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Le président Kaïs Saïed et la Première ministre Nadja Boulen, à Tunis le 29/09/21

Une Première ministre pour la Tunisie : prouesse féministe ou cadeau empoisonné ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Une première dans le monde arabe : Najla Bouden est devenue cheffe du gouvernement tunisien, un poste vidé de tout pouvoir par le virage hyper-présidentialiste de Kaïs Saïed. Le Nigeria sous le choc après l'assassinat du veuf d'une ministre très populaire

Le président Kaïs Saïed et la Première ministre Nadja Boulen, à Tunis le 29/09/21
Le président Kaïs Saïed et la Première ministre Nadja Boulen, à Tunis le 29/09/21 Crédits : Présidence tunisienne - AFP

La Tunisie est devenue mercredi le premier pays arabe à nommer une femme à la tête de son gouvernement.

Bien sûr, on voudrait s'enthousiasmer, avec une bonne partie de la presse tunisienne, de l'arrivée dans le ciel politique maussade de la Tunisie de ce "missile féminin" dixit Le Quotidien de Tunis, censé dynamiter le vieux monde des hommes et des islamistes au pouvoir ; mais dans le même temps, comment être complètement dupe du fait que si l'universitaire Najla Bouden a été nommée Première ministre, c'est selon le bon vouloir d'un seul homme, Kaïs Saïed, qui a tout fait en amont pour accaparer tous les pouvoirs entre ses mains. 

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Mais commençons donc avec le verre à moitié plein, qui convainc plusieurs plumes féminines de la presse tunisienne à commencer par Azza Filali du journal en ligne Leaders : elle voit une "belle symbolique" à l'oeuvre dans la nomination de Najla Bouden, "une lueur d'espoir qui vient alléger la chape de plomb qui pesait jusque-là sur le pays". La décision de Kaïs Saïed, écrit la romancière, "remet en marche un moteur que l'on croyait grippé depuis longtemps, à savoir l'accès des femmes aux plus hautes fonctions de l'Etat". 

Après tout, ajoute Azza Filali, les 10 prédécesseurs de la nouvelle cheffe du gouvernement en dix ans étaient des hommes, qui ont tous "pitoyablement échoué à sortir le pays de l'ornière" post-révolution du jasmin. "Si des hommes échouent, alors une femme aussi doit pouvoir échouer", c'est ça aussi l'égalité finalement. 

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Enthousiaste lui aussi, l'Economiste Maghrébin salue la "prouesse politique" réussie par le président Saïed : même le père fondateur de la république tunisienne Habib Bourguiba, qui a "tant donné pour la cause féminine", n'avait osé confier les rênes du gouvernement à une femme ; d'autant plus étonnant que cette prouesse émane d'un conservateur comme Kaïs Saïed, reconnaît le journaliste Hamza Marzouk, un peu débordé par son enthousiasme, qui y voit "tant de messages" adressés pêle-mêle à la communauté internationale qui ne manquera pas d'y voir un signe évident de progressisme, aux islamistes tunisiens, bêtes noires du Président, accusés de vouloir s'en prendre à la cause des femmes... et aux femmes tunisiennes dans leur ensemble qui devraient se voir confortées dans leur rôle de "réservoir électoral" pour le chef de l'Etat en vue de la prochaine présidentielle.

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Et pourtant, cette nomination ressemble beaucoup un cadeau empoisonné pour Najla Bouden et plus largement pour la cause féministe. "Cadeau empoisonné", la formule est de la politicienne Abir Moussi interrogée par le site d'info Kapitalis qui sait de quoi elle parle puisqu'elle est la seule femme cheffe de parti en Tunisie. 

Dans l'interview elle ne déclare pas son soutien à Najla Bouden, mais sa "solidarité"... car selon elle "il ne faut pas se réjouir trop vite", c'est donc un "cadeau empoisonné" quand on sait que la semaine dernière, par décret, le président Kaïs Saïed a vidé de tout sens et de toute prérogative le poste-même de Premier ministre. Les pouvoirs, la nomination et la direction du gouvernement seront entre ses mains à lui. "C'est lui qui tirera les ficelles", selon l'image choisie par Abir Moussi qui sous-entend donc Najla Bouden et ses ministres seront des marionnettes. "Le président prendra les décisions, mais c'est la Première ministre qui devra en assumer la responsabilité" : voilà donc les termes du contrat... pas franchement égalitaire.  

D'ailleurs la vidéo, à voir sur le site de Business News, de la première entrevue officielle mercredi entre Saïed et Bouden conforte ces inquiétudes : il est le seul à parler pour deux, derrière son grand bureau, et elle se contente d'écouter et d'acquiescer sagement, sans jamais prendre la parole... en tous cas devant la caméra.  

D'après les informations glanées par The Middle East Eye, le choix de cette universitaire, géophysicienne de formation, inconnue du grand public et sans compétence politique particulière, aurait en fait été "imposé par l'épouse du chef de l'Etat, la magistrate Ichraf Chebil, malgré l'opposition de l'entourage du président". Il y aurait donc bien une femme influente pour prendre les décisions en Tunisie, mais forcément celle que l'on croit...  

Et en la matière, au Nigéria c'est l'assassinat du mari d'une femme puissante qui défraie la chronique. 

Il avait beau être lui-même un médecin de renom, c'est vraiment comme ça que la presse nigériane le présente : comme le mari de Dora Akunyili, ancienne ministre nigériane décédée d'un cancer en 2014 (empoisonnée disent certains) mais surtout extrêmement populaire pour son combat acharné contre les cartels du trafic de médicaments de contrebande : Chike Akunyili, son veuf, donc, a été tué d'une balle dans la tête en pleine rue mardi soir alors qu'il rentrait chez lui après une cérémonie donnée en hommage à son épouse. 

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L'attaque de la voiture a été sauvage, elle a fait neuf morts en tout, dont trois ont été décapités, selon The Vanguard, quotidien de Lagos.  D'après la police, "il n'est pas exclu que les agresseurs n'aient pas eu connaissance de l'identité de Chike Akunyili". Mais pour la plupart des journaux locaux, et pour l'opinion publique nigériane sous le choc, il ne fait aucun doute que c'est bien le veuf de la grande dame qui était la cible du commando.  

Les soupçons, nous dit la BBC, se sont immédiatement portés sur l'IPOB, mouvement armé et séparatiste dit du "peuple indigène du Biafra", qui a mené depuis février plusieurs attaques meurtrières visant à faire libérer son leader emprisonné. Mais dans les colonnes du Daily Sun, l'IPOB dément tout implication dans la mort de Chike Akunyili et rejette la faute sur les conflits entre mouvances politiques dans cette région du sud du Nigéria où des élections très contestées doivent se tenir en novembre, et où il est désormais question de décréter l'état d'urgence pour tenter de ramener le calme. 

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The Daily Post enfin nous apprend que le gouverneur de l'Etat d'Anambra a promis hier soir à la télévision une récompense de 20 millions de Naira, soit 41 000 euros, à toute personne qui permettrait de retrouver les assassins du bon docteur Chike Akunyili.

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