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Affrontements en marge du cortège parisien du 1er mai

« Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse »

6 min
À retrouver dans l'émission

Revue de presse de la perception des manifestations du 1er mai, en France et dans le monde.

Affrontements en marge du cortège parisien du 1er mai
Affrontements en marge du cortège parisien du 1er mai Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

Je vous laisse apprécier la contemporanéité de cette phrase, aujourd’hui 2 mai 2016… soit exactement 159 avant après la mort de son auteur, Alfred de MUSSET dans les Confessions d’un enfant du siècle…

« Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse » c’est bien l’image que l’on peut retenir – et que retient dans son ensemble la presse – de la journée de manifestations d’hier. Une journée une fois de plus émaillée d’incidents et de violences, notamment dans le cortège parisien… Ce qui vaut cette double page à Libé : « 1er mai, un défilé, deux colères ». Une « mobilisation en demi-teinte pour François ERNENWEIN dans la Croix, mais dont l’écho s’est trouvé amplifié par la contestation portée par l’activisme protéiforme de Nuit Debout (…) Mais aussi par les violences d’individus incontrôlés en tête du cortège à Paris. »

Des violences que François ERNENWEIN qualifie de « Tensions françaises » : La loi EL KHORMI ayant été largement amendée, par rapport au projet initial… « Tout cela vaut-il alors une telle dramatisation ? Les violences à Paris pourraient être un indice inquiétant, écrit l’éditorialiste. Ces divisions surjouées ne sont pas le signe d’une grande vitalité démocratique. La démocratie, à laquelle tout le monde se dit attaché, ne se réduit pas à une somme de procédures, elle est aussi une éthique de la discussion. La France a encore de gros progrès à faire. »

« Plus une mobilisation sociale plafonne ou décline en nombre, moins son objectif revendicatif paraît atteignable, davantage accrus sont les risques de son parasitage par des violences minoritaires », résume Jean-Michel HELVIG dans la République des Pyrénées.

Analyse similaire dans les colonnes du Courrier Picard, sous la plume de Bertrand MEINNEL : « C’est d’ailleurs bien le problème de toute la stratégie syndicale emmenée par la CGT et FO que de s’enfermer dans un mode unique de contestation, sous forme de défilés qui à force d’être répétés, finissent par faire partie du paysage. Et qui offrent aux groupuscules ultra-violents la couverture et le prétexte pour surgir, casser et frapper… » Pour Bertrand MEINNEL, « il est grand temps de changer d’actions de mobilisation. Les cortèges et les banderoles de rues doivent être moins systématiques. [et il faut] créer en commun de nouvelles conditions d’exercer le droit de chacun à défiler pour ses idées, sans risquer de prendre un pavé ou un tir de flash-ball dans le visage… »

Et sur le plan politique… la loi travail sera examinée demain à l’Assemblée…

Et là encore les commentaires ne sont pas très élogieux… dans les journaux de droite comme de gauche… dans L’Opinion par exemple, Rémi GODEAU ne décolère pas… « Il aura fallu une loi Travail pour mesurer une fois de plus à quel point tout le modèle social français s’organise autour de la destruction du travail. Amendé sous toutes ses coutures, contesté par la rue, le texte défendu par Myriam EL KHOMRI rejoindra ces réformes symboles de notre choix pour l’inactivité et l’exclusion subventionnée. » Et Rémi GODEAU enfonce le clou : « La mobilisation du 1er mai ne peut que conforter François HOLLANDE dans son gros mensonge de campagne : faire croire qu’il défend un système social qu’il ne fait que pousser à la faillite par se préférence pour le chômage. »

Et cet examen risque de ne pas se passer aussi facilement que le souhaiterait l’exécutif, si on en croit le rapporteur de la loi interrogé ce matin dans le Parisien. Le député Christophe SIRUGUE, « il manque près de 40 voix pour obtenir une majorité et faire voter la loi » selon lui.

Le grand gagnant en fait de ces mouvements de contestation… manifestations et Nuit Debout… c’est ce que Cécile CORNUDET dans les Echos appelle « l’acteur social ». « Ce personnage étrange que personne ne voit de la même façon. Ou plutôt que l’on lit de trois grandes manières. »

Une certaine partie de la gauche veut voir en cette contestation et dans Nuit Debout « en germe un Podemos à la française et l’expression d’une détresse sociale qui impose une réorientation à gauche de la politique. »

« A l’opposé se trouve la droite et le centre qui minimisent l’agitation actuelle. (…) Et entre les deux, la lecture de la gauche au pouvoir. Un œil sur la rue, une inquiétude croissante sur les violences qu’elle suscite mais au fond ce constat : le vrai mouvement est du côté du syndicalisme réformiste, de cette CFDT qui construit, jour après jour, et s’attelle comme elle à réformer tout en préservant le modèle social. »

Cécile CORNUDET conclut que quelle que soit la lecture que l’on en fasse, « dans les scénarios pré-présidentiels, l’acteur social tient pour l’heure le premier rôle, et ça, c’est inédit. »

Et si on regardait un peu le 1er mai ailleurs ?

Eh bien ce serait une bonne idée de décoller un peu les yeux de notre nombril français… parce que le 1er mai n’est pas une fête franco-française, loin s’en faut… c’est la fête internationale des travailleurs, initiée à Chicago en 1884…

Vous serez certainement intéressés de savoir qu’il n’y a pas qu’en France que des affrontements ont éclaté… en Turquie par exemple, « un passant a été mortellement écrasé par un véhicule anti-émeutes », rapporte l’Humanité. « Des gaz lacrymogènes et des canons à eau ont été utilisés pour disperser des manifestants réunis près de la place Taksim. »

En Russie, le 1er mai tombait, hasard calendaire, le jour de la Pâques Orthodoxe… ce qui a donné lieu à un certain nombre d’imbroglios. Ce qui a amené « le patriarcat de Moscou à venir à la rescousse des syndicats, demandant à ses fidèles de manifester pour « éviter des divisions dans la société. Jésus-Christ était le premier des communiste et s’il était vivant, il manifesterait à vos côtés », a tenté de convaincre le chef du Parti Communiste Russe. »

Si on se souvient par ailleurs que Jésus Christ est, selon ses propres termes rapportés par Saint Matthieu : « Je suis venu pour créer la division : On sera contre son propre père, la fille s'opposera à sa mère et la jeune mariée à sa belle-mère »… on se dit que ce n’aurait tout de même pas été le meilleur leader syndical pour générer la convergence des luttes…

Chroniques
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