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Virginia RAGGI, la nouvelle maire de Rome

Anti-système tu perds ton sang froid

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Le triomphe du Mouvement 5 étoiles à Rome et à Turin, mais aussi l'ascension de Podemos, ou de Marine LE PEN en France signe l’avènement des candidats anti-système, toute tendance politique confondue

Virginia RAGGI, la nouvelle maire de Rome
Virginia RAGGI, la nouvelle maire de Rome Crédits : Remo Casilli - Reuters

Repense à toutes ces années de service… c’était ma maigre contribution à la fête de la musique… Parce que ce n’est pas tant d’antisocial – de Trust, que vous aurez bien évidemment reconnu à force de la chanter tous les matins avant d’aller manifester contre la loi travail – que d’antisystème dont il est question dans vos journaux ce matin… suite à l’écrasante victoire de deux candidates du Mouvement 5 étoiles en Italie, à la mairie de Rome et de Turin, entre autres… pour ne parler que des grandes villes puisque le M5S l’a emporté dans 19 des 20 villes dans lesquelles il était présent au 2nd tour.

Et comment qualifier ce mouvement, fondé par l’humoriste Beppe GRILLO… c’est là où la presse française hésite sur les mots… antisystème… protestataire… populiste… on ne sait pas très bien… A défaut de pouvoir le définir précisément, l’édito du Monde a choisi de multiplier les qualificatifs : « Le mouvement protestataire (et d’un) 5 étoiles est entré dans l’âge adulte. C’est une percée significative pour une formation qui se veut résolument antiélististe (et de deux), un tantinet antieuropéenne (trois), et cultivant volontiers des accents populistes (et de quatre). (…) Cette victoire de la protestation comme le disent les quotidiens transalpins est le signe de la mutation de cette formation ni droite, ni gauche. »

Comme toujours, s’il est difficile de définir par l’assertion, il est plus facile de définir par la négation de ce qui n’est pas. En l’occurrence, Libération résume ces victoires par le titre « le sacre du « tout sauf RENZI » : « le scrutin de dimanche a marqué les limites de la stratégie RENZI : alors que celui-ci comptait d’adresser aux électeurs de droite pour faire barrage au M5S, ceux-ci semblent avoir choisi au deuxième tour les candidats de Beppe GRILLO pour faire tomber les candidats du PD. »

Ce dont Maud VERGNOL se félicite dans son édito dans l’Humanité : « Et une de plus » serait-on tenté de dire, écrit-elle, après la gifle électorale infligée au Parti Démocrate de Matteo RENZI, qui vient confirmer la lente agonie d’une social-démocratie noyée dans le marigot ultralibéral. (…) Partout en Europe, les partis socialistes qui ont fait le choix de la rupture avec le progrès social, abandonnant toute volonté de partage des richesses pour imposer des reculs sociaux par la force, ont été sanctionnés par les urnes. »

Ce qui n’empêche le journal de s’interroger, dans ses colonnes, sur l’identité politique du mouvement M5S : « Que défend le parti de Beppe GRILLO ? » lirez-vous page 10. Et à cette question, les réponses sont plus troubles : « Il est vrai que le M5S use d’arguments faciles et parfois démagogues, écrit Gaël de SANTIS. Pis, les dirigeants du M5S prennent soin de ne pas froisser la droite. Un tiers de leurs sympathisants viennent du camp conservateur. (…) Cela conduit Beppe GRILLO à tenir des propos ambigus concernant l’accueil des réfugiés, qu’il faudrait soumettre à un examen médical pour vérifier qu’ils ne soient pas porteurs du virus Ebola. (…) Cela a conduit le M5S à siéger parmi les bancs ultraconservateurs au Parlement Européen, aux côtés des xénophobes du Parti de l’indépendance du Royaume Uni de Nigel FARAGE. » Même si, précise l’article, au niveau local, « le M5S est très souvent animé par des citoyens de gauche qui revendiquent l’héritage social » de l’ancien secrétaire général du Parti Communiste italien.

Il y a pourtant un mot magique : anti-système

Oui, un mot qui sert de vade-mecum en politique dans une grande partie des sociétés occidentales… c’est ce mot, « anti-système »… C’est Jean-Marc VITTORI qui l’analyse justement dans les colonnes des Echos : « L’opposition au « système » est en passe de devenir la ligne de fracture dominante dans toutes les vieilles démocraties »… Jean-Marc VITTORI met dans ce vaste panier des tendances et des noms aussi divers que Donald TRUMP, Marine LE PEN, le M5S, Podemos et Ciudadanos en Espagne… « anti-système », ça ratisse large…

Mais ce que le chroniqueur décrit surtout, c’est la faillite du système en place, contre lequel il est bon de se dresser : « Le système ne tourne plus rond, et il est donc logique de se révolter contre lui. D’autant plus que la crise que nous traversons depuis près d’une décennie se traduit par un cocktail ravageur de deux doutes profonds » : la croissance et l’activité vont-elles repartir, et les inégalités vont-elles continuer à s’accroître. « Sur ces deux doutes, les gouvernants actuels n’offrent ni vision ni réflexion, et encore moins à des générations biberonnées à la certitude d’un avenir meilleur. » Et, pour enfoncer le clou, « L’usure du politique va encore plus loin. Les représentants du peuple sont de plus en plus des professionnels de la représentation, éloignés de leurs mandants. Les électeurs, de mieux en mieux formés, ont de plus en plus de mal à reconnaître leur autorité et leur légitimité. » Voilà pour le constat.

Des électeurs de mieux en mieux formés… ce qui ne veut pas dire de plus en plus intelligents…

Oui c’est une information assez inquiétante que j’ai trouvée, dans les colonnes du Monde…Figurez-vous que le QI moyen en France aurait perdu près de quatre points entre 10 ans, entre 1999 et 2009. C’est Stéphane FOUCART qui s’en inquiète dans sa chronique… Or c’est d’autant plus inquiétant que, d’une part, c’est « la première inversion de la tendance séculaire qui voit augmenter régulièrement l’indice d’intelligence individuelle ». Et que d’autre part, il s’agit d’une étude qui ne concerne pas que la France mais aussi de nombreux pays occidentaux, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Australie, la Suède ou la Finlande…

A quoi tient ce recul inédit de nos compétences cérébrales… Eh bien il semblerait, selon Stéphane FOUCART, qu’il soit dû à notre environnement direct : « la perturbation du système hormonal par une multitude de substances présentes dans notre environnement domestique ou dans la chaîne alimentaire peut altérer la construction de certaines structures cérébrales, notamment au cours de la période intra-utérine. » Or, la semaine dernière, Bruxelles vient d’enterrer de facto une méthode de recensement des principaux perturbateurs endocriniens, qui aurait permis de les retirer du marché.

Si le lien entre perturbateurs endocriniens et recul des facultés cognitives est avéré, nous n’aurions donc pas fini de nous abêtir collectivement… voilà une raison supplémentaire, s’il vous en fallait une, de faire travailler vos petites cellules grises et de rester branché jour et nuit sur France Culture, bien sûr.

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