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Opération qui a conduit à l'arrestation de Salah ABDESLAM à Molenbeek

Arrestation d'Abdeslam, et après ?

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Deux temps dans vos quotidiens : satisfecit général autour de l'arrestation de Salah ABDESLAM, mais tout de suite émergent les premières interrogations et les premières critiques.

Opération qui a conduit à l'arrestation de Salah ABDESLAM à Molenbeek
Opération qui a conduit à l'arrestation de Salah ABDESLAM à Molenbeek Crédits : Reuters

Il y a deux termes à examiner : le premier, c’est l’arrestation de Salah ABDESLAM. Et cela, tous vos quotidiens s’en félicitent ce matin… sans aucune exception… « La capture de Salah ABDESLAM vivant est une chance inespérée, pour Alexandra SCHWARZBROD dans Libération. Elle devrait pouvoir aider à remonter le fil des tragiques événements du 13 novembre et surtout à comprendre l’intérieur de l’organisation et le fonctionnement d’une cellule terroriste de l’Etat islamique. »

Même son de cloche dans les Echos, sous le titre « L’arrestation d’ABDESLAM ouvre une brèche dans la machine djihadiste » : « A Paris, on n’hésite pas à faire référence aux affaires MERAH en 2012 ou KELKAL en 1995, où la mort des terroristes n’avait pas permis de recueillir des informations précieuses. »

« Pour les victimes et leurs familles, l’arrestation de Salah ABDESLAM est un « soulagement », pourrez-vous lire dans La Croix. (…) « C’est un soulagement de savoir qu’il n’y aura pas que des complices accessoires dans le box des accusés, témoigne Georges SALINES, père d’une victime du Bataclan et président de l’association « 13 novembre, fraternité et vérité ». Ce n’était pas gagné qu’on l’arrête vivant, souligne-t-il. Pour les juges d’instruction, c’est sûrement un moment fort et important. »

Cette arrestation, c’est pour l’Humanité « une chance pour l’Etat de droit ». « Cette arrestation pourrait être le commencement d’une nouvelle séquence de la lutte contre le terrorisme islamiste. (…) A l’heure où les dérives de l’Etat d’urgence s’accumulent, écrit Emilien URBACH, le retour du pouvoir judiciaire dans le combat contre le djihadisme est une bonne nouvelle. »

Le deuxième terme : c’est « et après » ?

Et oui… et après, apparaissent les premier doutes… les premières questions…

Pour Alain BAUER, qui signe une tribune dans le Figaro, c’est « la revanche de la police à papa »… Alain BAUER qui constate que malgré la multiplication des réseaux d’écoute électronique, il parle même de « fétichisme technologique ambiant »… eh bien « la plupart de services de renseignements occidentaux, fascinés par les équipements américains, se sont peu à peu éloignés de leurs capacités humaines pour se concentrer sur l’investissement technologique. »

Ce qui n’a pas réussi à empêcher les attentats de janvier, ni de novembre 2015. « Et pourtant, les services de police judiciaire, usant d’informateurs ou d’indicateurs, (…) tirant les fils de l’enquête classique, parviennent, à Saint-Denis pour ABAAOUD ou à Molenbeek pour ABDESLAM, à les retrouver. (…) La culture du contre-espionnage, temps long et secret absolu, est devenue totalement contradictoire avec celle de l’antiterrorisme, temps court et partage nécessaire. (…) La revanche de la police à papa, conclut Alain BAUER, montre clairement qu’il est désormais indispensable de savoir rééquilibrer le renseignement humain, pour lui redonner sa place. »

Yves THREARD va un (voire quatre) cran(s) plus loin dans son édito du Figaro : « Bien sûr, tout le monde attend le procès de Salah ABDESLAM. Mais déjà, quelques observations s’imposent comme autant d’avertissements : on ne peut, sous aucun prétexte, se passer du renseignement humain. » Première chose. Mais ce n’est pas tout : il faut « nettoyer » (ce sont ses termes) ces « ghettos [comme Molenbeek], soumis à la loi de l’omerta », mais aussi « la guerre contre le terrorisme a rendu les accords de Schengen caducs » et enfin, « le cas ABDESLAM devrait faire réfléchir les détracteurs de la rétention de sureté, procédure imaginée par la précédente majorité pour les prisonniers ayant exécuté leur peine mais présentant un risque très élevé de récidive ».

Voilà, c’est un peu la liste de course complète hein, si on résume.

Or, il y a un point de vue qui vient un peu tempérer ces envolées idéologiques rapidement tirées du feu brûlant de l’actualité… c’est celui de l’avocat, Olivier MORICE, qui représente 26 familles… il déclare dans la Croix que d’une part, « le procès n’aura pas lieu avant au moins cinq ou six ans ». De fait, en l’état du droit, la détention provisoire pour terrorisme peut durer 4 ans et 8 mois (…) et les magistrats ont donc jusqu’au premier semestre 2021 pour rédiger leur ordonnance. Il peut ensuite s’écouler encore deux ans maximum jusqu’au procès. « Le temps médiatique n’est pas celui des victimes, et encore moins celui de la justice » résume Guillaume DENOIX de SAINT MARC, délégué général de l’Association française des victimes du terrorisme. »

Et le temps médiatique… c’est le temps du reportage à Molenbeek

Oui, vous trouverez dans plusieurs de vos journaux des sujets sur ce quartier de Bruxelles où se cachait, au nez et à la barbe des services de renseignements, Salah ABDESLAM depuis quatre mois… dans Libération, notamment, où les élus et les habitants déplorent ce vilain coup de projecteur sur leur commune… « J’aurais préféré qu’il soit arrêté à Forest », se désespère l’échevine à la cohésion sociale. « Il semble qu’il a voyagé pendant sa cavale : sa trace a été trouvée à Schaerbeek, à Forest… s’il avait été arrêté ailleurs, le symbole que représente Molenbeek n’aurait pas ressurgi à nouveau », se désole-t-elle encore. Un gardien de la paix assure de son côté que « Si t’as pas de soutiens, t’es pris en deux heures à Molenbeek »…

Il n’en fallait pas plus pour faire de Molenbeek le symbole des dérives communautaires et mafieuses liées à l’islamisme radical… « Molenbeek, 50 Ans d’errance politique » pourrez-vous lire dans l’Opinion… dans un article qui explique comment « Philippe MOUREAUX, bourgmestre de 1992 à 2012, surnommé par ses détracteurs « Ben MOUREAUX », aurait fait preuve de laxisme pour obtenir le vote de la communauté musulmane. »

Côté français, vous pourrez lire dans les pages du Figaro un long reportage signé Marie-Amélie LOMABRD, consacré à la ville de Sevran, en Seine-Saint-Denis… « ville sous pression islamiste »… « cinq, peut-être six jeunes Sevranais, partis faire le djihad, sont morts en Syrie ou en Irak. Parmi eux, Quentin ROY, 23 ans. En janvier dernier, ses parents ont reçu un message laconique : « Votre fils est tombé en martyr dans le sentier de Dieu ». Plus tard, ils ont lu son « testament » griffonné sur une page de cahier, entrecoupé d’invocations à Allah ». Les parents de Quentin se sont fendus d’une lettre au maire de Sevran, pour dénoncer son immobilisme face à cette montée de l’intégrisme.

Bon et comme je sens que toutes ces histoires vous affectent un peu, en ce début de semaine ensoleillé, alors que le printemps vient tout juste de poindre et de nous promettre des lendemains plus lumineux… je vais terminer par cette citation de Pablo NERUDA, glanée en dernière page de la Croix, Guillaume : « je veux faire de toi ce que le printemps fait avec les cerisiers ». Excellent début de semaine.

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Lundi 21 mars 2016
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