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Reflet du cercueil d'une victime des attentats de l'aéroport d'Istanbul

Attentat en Turquie : une question de ratio

6 min
À retrouver dans l'émission

Pas une seule une de la presse quotidienne nationale du matin sur l'attentat en Turquie - hormis Libération. Pourquoi une telle différence de traitement dans les attaques terroristes ?

Reflet du cercueil d'une victime des attentats de l'aéroport d'Istanbul
Reflet du cercueil d'une victime des attentats de l'aéroport d'Istanbul Crédits : Osman Orsal - Reuters

Je vais encore me faire des amis ce matin parmi mes collègues de la presse écrite… (c’est pas grave, c’est l’avant-dernière)… mais je dois vous avouer qu’une fois de plus, j’ai été un peu surpris en découvrant les Unes de vos quotidiens nationaux tout à l’heure…

La Croix titre « Adieu au pochon » pour la fin du sac plastique jetable qui entre en vigueur demain… le Parisien, une double Une : « Pourquoi les Chinois achètent nos champs », pourquoi pas… sans oublier le reportage à Clairefontaine dans l’intimité des bleus. Vous serez heureux d’y apprendre au premier coup d’œil qu’Olivier GIROUD lit « Un moment avec Jésus », voilà voilà… pour le Figaro, c’est l’aubaine… le meilleur ami de la droite, le président de La Cour des Comptes, l’ex-socialiste Didier MIGAUD étrille les dépenses du gouvernement… ce qui nous vaut un gros titre sur « Déficit, dettes, la Cour des comptes éreinte la politique de HOLLANDE »… quant à l’Humanité, c’est inévitablement, comme presque tous les jours depuis 2 mois, une Une sur la loi travail avec une photo de Philippe MARTINEZ qui a de quoi se constituer un book bien fourni avec toutes les Une de l’Huma. N’oublions pas les Echos qui titrent, bien évidemment, sur leur interview exclusive du chef de l’Etat, François HOLLANDE, qui ne fait presque plus l’effort de dissimuler sa candidature à sa réélection…

Voilà… il ne vous manque rien ? Eh bien oui, dans cette liste quasi-exhaustive de la presse quotidienne nationale, pas une seule Une sur l’attentat en Turquie… attentat qui a fait, je vous le rappelle, 41 morts et près de 250 blessés. Quasi-exhaustive, parce qu’il manque Libé… il n’y a en effet que Libération qui titre sur cette attaque terroriste ce matin…

Mon premier réflexe a été de me dire : l’attentat a eu lieu mardi soir, tout était dans la presse hier matin… eh bien non, j’ai vérifié, l’attentat a eu lieu trop tard compte tenu des délais de bouclage… pas une seule Une ne le mentionne hier matin. Pour rendre à César ce qui est à César, le Monde daté d’aujourd’hui y consacre également sa Une… avec ce titre « L’attentat à l’aéroport d’Istanbul aggrave le climat de violence en Turquie ».

Alors vous allez me dire… c’est un grand classique du traitement de la violence terroriste et des catastrophes en général… ce que l’on nomme, non sans une pointe de cynisme, le ratio nombre de morts, nombre de kilomètres… ratio journalistique qui voudrait qu’un mort à 1 kilomètre soit plus important que 100 morts à 1000 kilomètres… sauf que ce ratio, si on le prend au pied de la lettre ne tient pas quand on regarde par exemple le traitement de l’attentat d’Orlando, qui a fait 50 morts… et qui a occupé la Une de tous vos journaux (même s’il n’y était pas fait mention de la nature homophobe de la tuerie, certes)… et il suffit pour confirmer cette différence de traitement, et donc de perception, de voir en parallèle, les réactions sur les réseaux sociaux, nettement moins en empathie avec la population turque que lors de l’élan de solidarité et de soutien post-Orlando.

Une différence de traitement que vous expliquez par un autre axiome…

Oui, un axiome assez simple… « si proche, si loin »… Il va de soi qu’il y a une proximité que l’on pourrait appeler civilisationnelle avec la population américaine, une empathie miroir qui ne se retrouve pas avec la population turque… une population pourtant durement touchée par le terrorisme comme le rappelle, dans ses pages intérieures, le Parisien… « 12 attentats, 290 morts en un an ». « La Turquie dans la nasse », c’est le titre de l’édito de Jean-Christophe PLOQUIN dans la Croix, qui écrit : « Ce pays subit depuis plusieurs mois des actes terroristes perpétrés par les djihadistes de DAECH ou par des groupe sécessionnistes kurdes. (…) Ces attentats ont une signification particulière : l’échec de l’action du président Recep Tayyip ERDOGAN dans la région. »

Libération s’interroge également : « La Turquie paie-t-elle sa politique vis-à-vis de l’Etat Islamique ? » : « Jusqu’en 2014, la frontière turco-syrienne était si facilement franchissable [par les djihadistes] qu’elle avait gagné le nom « d’autoroute du djihad ». En réalité, la Turquie ne considère par l’EI comme la principale menace contre son territoire. Aux yeux du président ERDOGAN, l’ennemi numéro 1 reste le PKK », le parti indépendantiste kurde.

Pour Jean-Emmanuel DUCOIN, dans l’Humanité… cet attentat engage la responsabilité du président ERDOGAN… mais aussi de la communauté internationale et de l’Europe en particulier : « D’un côté, il a entretenu une complicité mortifère avec les organisations djihadistes, et, d’un autre côté, il a usé des pires méthodes pour instaurer une véritable dictature, emprisonnant les journalistes, pourchassant des intellectuels et des militants politiques et syndicaux, activant tous les réseaux ultranationalistes, certains coupables de véritables pogroms. Tout cela sous le regard passif – sinon l’assentiment – des dirigeants européens, à commencer par la France, dont l’attitude fut indigne de bout en bout. »

« Le regard passif » vis-à-vis des attentats en Turquie, ou une certaine forme d’indifférence… ce n’est pas que le fait de la classe politique française. C’est aussi, ce matin, le fait de vos journaux.

Pour se détendre un peu, on va parler vacances…

Mais alors vite fait… c’est en effet bientôt le temps des grandes transhumances estivales… vous serez donc ravis d’apprendre et de lire, dans les colonnes de Libé, que les aéroports sont « hors contrôles ».

« Une fois de plus, un aéroport [est touché par un attentat]. Et encore les mêmes questions. Comment améliorer la sûreté dans ces lieux déjà placés sous haute surveillance mais qui font partie des objectifs privilégiés des terroristes, certains de provoquer un séisme médiatique international [un point sujet à caution, comme on vient de le voir], de plomber l’économie touristique des pays ciblés et de provoquer un traumatisme durable au sein des populations visées ? »

Pourtant, « à Istanbul, les mesures de sûreté sont plus drastiques. Comme c’est déjà le cas dans plusieurs aéroports internationaux, les entrées du terminal sont soumises à un contrôle, avec portiques et présence policière. C’est à l’extérieur du bâtiment, en amont de ces contrôles, que l’assaut a été donné. Et au moins un des assaillants a réussi à pénétrer dans le hall. Ce qui illustre les limites d’un système visant à élargir les zones de sécurité. »

Quelle solution alors ? Eh bien comme toujours en matière de terrorisme, il n’y en pas qui permettent de réduire le risque à zéro. « Aujourd’hui, la sécurité est poussée à son maximum déclare un responsable de la sécurité à Libération. Mais tout système est vulnérable. Si on veut les rendre plus performants, il faudrait faire venir les passagers dix heures avant le vol ! »

Voilà donc le conseil du jour… avant votre départ à Bora Bora… arriver 10 heures avant à l’aéroport. En vous souhaitant un agréable voyage.

Chroniques
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