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Forces de l'ordre devant le domicile des victimes à Magnanville

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Avènement du terrorisme de proximité d'Orlando à Magnanville, et comment la philosophie peut-elle nous aider à appréhender les évolutions du djihadisme

Forces de l'ordre devant le domicile des victimes à Magnanville
Forces de l'ordre devant le domicile des victimes à Magnanville Crédits : Christian Hartmann - Reuters

L’horreur au pas de la porte, le massacre en bas de chez soi… c’est ce que Libération appelle ce matin le « terrorisme de proximité », après le meurtre de deux policiers à Magnanville dans les Yvelines par un fanatique islamiste. Parce qu’il y a un point commun entre la tuerie dans le club gay d’Orlando aux Etats-Unis dimanche, et celle d’hier. Toutes deux ont été perpétrées par ce que Laurent JOFFRIN dans son édito désigne comme des « individus seuls, mais reliés à l’EI par des contacts épisodiques ou bien par Internet, qui passent à l’acte sous l’influence de ces porte-paroles criminels. Une forme de terrorisme de proximité, donc, difficile à prévenir et à combattre, qui se développe sous nos yeux. »

Une situation inquiétante qui se nourrit de ce paradoxe, que plusieurs journaux relèvent ce matin… comme le Parisien sous le titre : « Et pourtant, DAECH recule sur tous les fronts » : « On n’a jamais autant parlé du groupe Etat islamique. Or, paradoxalement, il n’a jamais été aussi affaibli militairement, au point que certains stratèges américains estiment que DAECH pourrait perdre toutes les grandes villes qu’il administre dans les mois qui viennent. (…) Au total, les experts considèrent que l’EI a perdu entre 30 et 50% de son territoire par rapport à 2014. »

Or, « les revers successifs essuyés par les islamistes en Irak, en Syrie ou en Lybie accentuent encore la virulence et la fréquence des objurgations diffusées sur les réseaux par les responsables terroristes, explique Laurent JOFFRIN. (…) La stratégie globale des assassins, consiste encore et toujours à creuser autant que possible le fossé entre les nations ciblées et leur minorité musulmane, dans l’espoir fou de déclencher une guerre civile plus ou moins larvée entre les communautés. »

Et on retrouve en lisant les différents portraits consacrés ce matin aux deux tueurs, celui de Magnanville et celui d’Orlando, une sorte de profil type, de silhouette commune qui dessine ce visage des « nouveaux soldats de l’Etat Islamique ». « Tous deux avaient des contacts avec les djihadistes. Le Français ABBALLA avait été arrêté et incarcéré en 2011 pour avoir tenté de rejoindre le Pakistan. MATEEN connaissait lui un djihadiste américain, le premier à avoir choisi de mourir en kamikaze en Syrie. Aucun des deux n’avait toutefois rejointe les territoires du « califat » irako-syrien. (…) A Orlando, MATEEN n’avait déclaré son allégeance à l’Etat islamique qu’après avoir ouvert le feu. ABBALLA l’a fait il y a seulement trois semaines. » rappelle Libération.

Et on apprend par ailleurs que les motivations de MATEEN sont plus troubles qu’il n’y parait selon deux portraits du tueur dans le Parisien et l’Humanité… il aurait non seulement été un client régulier du club gay dans lequel il a ouvert le feu, et « des hommes utilisateurs d’applications de rencontres gays ont affirmé avoir vu Omar MATEEN sur ces sites, où il aurait été très actif. (…) Si la thèse de l’homosexualité refoulée devait devenir un mobile, elle pourrait profiter au FBI qui, malgré plusieurs alertes, n’a pas su anticiper son passage à l’acte. »

Un passage à l’acte qui n’a pas été anticipé non plus pour la tuerie de Magnanville

Larossi ABBALLA était pourtant « dans le viseurs des services antiterroristes depuis six ans ». Et sa folie meurtrière a coûté la vie à deux personnes, un couple, Jean-Baptiste SALVAING et Jessica SCHNEIDER, lâchement assassinés devant leur enfant de 3 ans… Un couple travaillant tout deux pour la police nationale… « des symboles de la République, les protecteurs de la population et les garants de leurs libertés » écrit Stéphane ALBOUY dans le Parisien. « Un couple dévoué au sein d’un quartier « sans histoire », nous raconte encore Libération, « appréciés de tous » pour le Parisien dans le portrait qui leur est consacré, sur une photo du couple, leur enfant dans les bras, sourire aux lèvres.

Yves THREARD dans son édito dans le Figaro a une pensée pour les « 150 000 policiers qui, chaque jour, avec les gendarmes et les militaires de l’opération Sentinelle, tentent de protéger notre territoire de la menace terroriste et assurent notre sécurité. (…) ces hommes et ces femmes qui sont appelé sur tous les fronts. Sans répit, jusqu’à l’épuisement. »

« Ce matin, des collègues ont passé l’arme à la ceinture devant leurs conjoints, leurs enfants terrorisés, pour aller encadrer une manifestation avec des personnes portant des autocollants « tout le monde déteste les flics », résume dans Libération Céline BERTHON, secrétaire générale adjointe du Syndicat des Commissaires de police. Pas de haine, pas de colère chez les policiers affirment, unanimes, les représentants de toutes les catégories de la profession, reçus mardi en fin d’après-midi Place Beauvau, mais de la douleur et beaucoup de lassitude. »

Un peu de colère, tout de même chez Yves THREARD lorsqu’il écrit « honte à ces ennemis de la police qui, par leurs propos et leurs actes, alimentent la haine de ceux qui veulent frapper la France. La haine barbare de ces islamistes (…) qui ont tous, sans exception, été un jour arrêtés par la police [qui les a] repérés, fichés, livrés à la justice avant qu’à la faveur d’une faille de notre système pénal, ils se retrouvent en liberté pour commettre le pire. » Les magistrats, eux, apprécieront.

Mais « Quand tout va mal, c’est le moment d’espérer »

C’est en tout cas le moment de transpirer un peu sur sa copie pour les bacheliers qui vont plancher dans quelques minutes sur l’épreuve de philo. Ce qui a conduit le journal L’Opinion à interroger le professeur de philo François-Xavier BELLAMY sur les liens entre la philosophie et cette terrifiante actualité. « La philosophie peut-elle nous aider à comprendre le terrorisme ? lui demande la journaliste. » Réponse : « il y a toujours dans le mal un mystère inexplicable, et qui doit le rester. Quand un homme choisit librement de mettre à mort un innocent, le scandale serait de trouver une raison. Le mal absolu, c’est la déraison qui peut s’emparer des hommes. »

François-Xavier BELLAMY qui répond également à cette question épineuse : « Les religions sont-elles la source de tous les maux des hommes »… je vous renvoie au journal faute de temps… mais si l’on devait avoir un dernier mot concernant la philosophie, ce serait celui de Nicolas FRANCK, président de l’Association des professeurs de philosophie qui publie une tribune dans Libération. Sous le titre, « soyons réalistes, exigeons plus de philo » : « Après les attentats de 2015 qui ont révélé la prégnance de la « pensée confuse », cette épreuve du bac souligne l’enjeu démocratique et républicain de l’enseignement de la philosophie. (…) Elle seule ne fera évidemment pas disparaître les replis identitaires, les simplismes et les fanatismes. Mais les professeurs de philosophie veulent plus que jamais tenir leur rôle pour que les lycéens forment leur libre arbitre et approfondissent leur culture critique, à travers ce que Gaston BACHELARD appelait « la philosophie dialoguée ». A vos copies.

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Mercredi 15 juin 2016
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