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François HOLLANDE

Ca commence à se voir

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Dans le contexte politique actuel, compliqué pour le chef de l'Etat, l'annonce inattendue de la hausse du point d'indice des fonctionnaires serait-elle une mesure un chouïa électoraliste ?

François HOLLANDE
François HOLLANDE Crédits : Reuters

C'est-à-dire qu’en plein milieu d’une grogne sociale qui monte et qui s’exprime, pas plus tard qu’hier chez les jeunes, dans la rue en attendant l’appel collectif du 31 mars contre la loi travail… alors que le Sénat vient de voter un texte différent sur la déchéance de nationalité que celui adopté par l’Assemblée, ce qui commence à compromettre sévèrement tout vote du Congrès sur le sujet et ouvrir la voie à un enterrement de la mesure en bonne et due forme, via quelques contorsions politiques pour « donner l’impression que »… si vous ajoutez à ça des sondages toujours désastreux, un chômage qui « reculouille » (je n’ai pas trouvé d’autre mot) mais guère plus que ça, pas assez en tout cas pour le brandir en étendard politique d’une future candidature… bref, un bilan qui à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, devient de plus en plus facile de qualifier de « calamiteux »… « calamiteux » au sens propre, qui accumule les « calamités », « calamité » étant entendu comme « malheur public qui se répand sur une contrée »…

Eh bien lorsque le gouvernement, sous l’impulsion présidentielle, dégaine du jour au lendemain une hausse d’1,2% du point d’indice des fonctionnaires, gelé depuis 6 ans… moi je dis, comme une large partie de la presse ce matin : « ça commence à se voir ».

« La visée électoraliste du geste est si grossière, écrit Rémi GODEAU dans l’Opinion, que la facture laissée aux contribuables – 2 milliards et demi d’euros en année pleine – devrait être intégrée aux comptes de campagne du président candidat ! »

« On comprend facilement les raisons tactiques qui ont amené le gouvernement à annoncer hier une revalorisation du point d’indice, écrit pour sa part Guillaume GOUBERT dans la Croix. Il s’agit, à très court terme, d’éviter que la grogne des agents de la fonction publique ne vienne grossir la mobilisation sociale provoquée par une réforme qui ne les concerne pas, celle du code du travail. »

« Si l’on veut justifier cette hausse, ajoute-t-il, on peut rappeler que le point d’indice a été bloqué depuis près de 6 ans. (…) Mais il est regrettable que cette mesure salariale ne s’inscrive pas dans le cadre d’une démarche de modernisation de la fonction publique. (…) Trop d’occasions ont été manquées d’engager une véritable réflexion sur les missions et les statuts du service public. »

Yann MAREC ne dit pas autre chose dans le Midi Libre « Comment une société au XXIème siècle peut-elle confier la transmission du savoir à des enseignants en se moquant de leur fiche de paie ? Six ans d’études, dix ans de pratique et un petit 2000 euros à la fin du mois, voilà l’indécence de l’Etat français vis-à-vis d’un corps de métier maltraité et non considéré. »

Cette augmentation du point d’indice, serait, en ce sens, un moyen de remédier à cette injustice…

Eh bien même pas Guillaume… non seulement « ça commence à se voir » mais en plus « ça ne sert à rien »… c’est en gros ce qu’en dit la majeure partie de vos journaux ce matin.

Le Parisien titre même « Le coup de pouce n’évitera pas le coup de pied dans la rue »… « Ce premier geste est jugé insuffisant par la plupart des syndicats, y compris la CFDT », explique l’article, qui propose une petite infographie pour mieux comprendre : ainsi un enseignant en poste depuis 10 ans gagnera, à terme, après la 2ème augmentation de 0,6% en février 2017… 26 euros par mois. Une ambulancière, 18 euros 50, ou un policier en poste depuis 10 ans 19 euros 50.

« Une misère. Une tête d’épingle dans son porte-monnaie ajoute Yann MAREC, mais un trou béant pour l’Etat puisque la facture nous coûtera plus de 2 milliards. »

Et les différents témoignages égrenés dans vos différents journaux disent à peu près tous la même chose : « 1,2% ce sont des miettes qui ne rattraperont pas la perte de notre pouvoir d’achat depuis 6 ans », estime Cindy ALLARD, agent de la fonction publique territoriale dans les colonnes de l’Humanité. « Des miettes de pain, voilà ce qu’on nous donne après avoir gelé nos traitements » estime également Fabienne, prof d’histoire géo, agrégée et titulaire d’un doctorat, dans le Parisien.

Lui n’est pas titulaire de la fonction publique, mais ce sont ses mots qui résument le mieux cette situation… et c’est Rémi GODEAU qui les cite dans l’Opinion : « le clientélisme est plus efficace que la loi [le vote étant devenu un rituel spectaculaire] » - des mots d’un certain Baruch SPINOZA.

Pour conclure, une tribune dans le Monde qui a suscité pas mal de réactions.

Oui, 130 médecins et biologistes, menés par le gynécologue René FRYDMAN, papa du premier « bébé éprouvette » en 1982, qui avouent, publiquement, « avoir aidé et accompagné des couples et des femmes célibataires dans leur projet d’enfant dont la réalisation n’était pas possible en France ». Ils s’exposent, comme le rappelle l’article qui accompagne cette tribune, à des poursuites judiciaires.

Une tribune qui a pour objectif de placer la France devant ses responsabilités et ses « incohérences » en matière de procréation assistée.

Dans leur texte, les médecins signataires réclament un « plan contre l’infertilité » émancipateur et soucieux d’éviter la marchandisation du corps… il y est question de l’assouplissement du don d’ovocytes, d’un renforcement de l’analyse génétique de l’embryon avant l’implantation (aujourd’hui la trisomie 21 par exemple n’est pas dépistée en cas de FIV), de l’extension de l’autoconservation ovocytaire… c’est-à-dire le fait de pouvoir à tout moment congeler ses ovocytes pour prévoir une grossesse plus tardive, même si une femme ne présente pas de pathologie à risque… et enfin, et c’est peut être ce qui fera parler le plus… l’ouverture de la PMA et du don de sperme pour toutes les femmes célibataires, indépendamment de leur sexualité – ce qui était, rappelons le, une promesse du candidat HOLLANDE, avant qu’elle ne soit abandonnée en rase campagne après la promulgation de la loi sur le mariage pour tous.

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