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François HOLLANDE et Manuel VALLS

Comment fâcher tout le monde

7 min
À retrouver dans l'émission

La loi travail laisse deviner un systématisme dans la méthode gouvernementale : la meilleure façon de fâcher tout le monde.

François HOLLANDE et Manuel VALLS
François HOLLANDE et Manuel VALLS Crédits : Philippe Wojazer

Il faut dire que ça demande un certain talent… être en mesure pas seulement de ne contenter personne … mais de se mettre tout le monde à dos. De fâcher tout le monde. Vous savez un peu comme ces amis – on en a tous – chez qui vous allez diner en trainant des pieds parce que vous savez que, comme à chaque fois, ça va se terminer en foire d’empoigne et que tout le monde va se mettre à crier et que Jean-Claude, un peu bourré, va finir par taper sur la table et partir en claquant la porte… et ça ne manque pas, c’est à chaque fois la pareil… Alors ça a l’air simple de fâcher tout le monde mais en fait, ça demande une certaine expertise… un certain raffinement… et il faut dire que François HOLLANDE et ses gouvernements successifs prouvent jour après jour qu’en quatre ans… ils sont devenus experts en la matière…

Le mariage pour tous a fâché tout le monde… la déchéance de nationalité a fâché tout le monde… et rebelote avec la loi travail, qui une nouvelle fois fâche tout le monde… il suffit de lire la presse ce matin pour s’en rendre compte : « La méthode utilisée pour rédiger et pour présenter la loi travail restera sans doute dans les annales de gaffologie politique, écrit Laurent JOFFRIN dans Libération. Un projet provoquant, déséquilibré et présenté à l’envers… »

« Après avoir lancé sa réforme du travail dans les pires conditions, en accumulant les erreurs psychologiques et les faux pas publics (…) le résultat [final] est malgré tout pitoyable et illustre l’état désastreux de la politique française, pour Jean LEVALLOIS de la Presse de la Manche. A droite, on parle de reculade, ce qui permet de ne pas voter pour le texte. A gauche, les frondeurs, et bien d’autres parlementaires, ne sont pas prêts à s’aligner derrière le président de la République et son gouvernement. »

Dont acte : les journaux de droite fulminent : « Le grand bond en arrière » titre l’Opinion, « marche arrière toute » titre le Figaro. « Comme dirait M. de la Palice, le problème d’un compromis bancal est qu’il est bancal, écrit Gaëtan de CAPELE dans son édito. Rien, dans ce texte, ne vient révolutionner le droit du travail au point d’inciter les chefs d’entreprise à recruter en masse, bien au contraire. Rien, non plus, n’est susceptible de calmer les esprits à gauche. »

Dont acte : l’Humanité se fend même d’une page à découper, à afficher sur son frigo, un peu à la manière de la carte annuelle avec les étapes du Tour de France vous savez… (il y a même les petits pointillés avec les ciseaux là vous voyez) un pense bête intitulé : « Loi El KHOMRI, pourquoi il faut encore et toujours dire non », avec 8 cartes-argumentaires à mémoriser : « Licenciement économique : objectif maintenu ! », « des accords pour travailler plus en gagnant moins », « la surveillance médicale des salariés réduites à peau de chagrin » ou encore « le référendum contre les syndicats mis en place par étapes ». Bref… des antisèches idéales à réviser avant sa prochaine manif.

En vrai, tout le monde n’est pas complètement fâché…

Oui, bon évidemment… il y en a surtout un qui lui, est satisfait… regardez, le Parisien s’est fendu aussi d’un petit tableau pour nous montrer qui est content qui est pas content avec un petit visage rouge avec la bouche en bas pour pas content, et un petit visage vert qui sourit pour content… Vous voyez beaucoup plus de pas content quand même… Philippe MARTINEZ… pas content… Jean-Claude MAILLY… pas content… Pierre GATTAZ… pas content… François ASSELIN de la CGPME… pas content non plus…

En revanche, Philippe LOUIS de la CFTC et surtout Laurent BERGER de la CFDT… ils sont contents, eux, de cette réécriture – petit visage vert… ce qui amène Cécile CORNUDET dans les Echos à estimer que c’est « l’avènement du gouvernement CFDT ». « La CFDT sourit, le gouvernement peut sourire aussi. Rarement exécutif n’aura autant indexé son action sur les humeurs d’une centrale syndicale. (…) En quatre ans, le dialogue social, dont François HOLLANDE voulait faire sa marque, s’est mué en un partenariat privilégié avec la CFDT avant de devenir ces derniers dix jours une reddition quasi désespérée aux conditions et aux idées de la centrale. »

Mais à ma grande surprise, il n’y a pas que la CFDT qui se réjouit ce matin… j’ai trouvé les lignes suivantes qui m’ont presque fait tomber de mon siège de surprise, dans le concert de bronca dont je venais de m’abreuver. Ecoutez plutôt : « La loi EL KHOMRI, aussi modeste soit-elle, mérite d’être défendue par tous ceux qui croient à la liberté comme vecteur de croissance économique et de justice sociale. »

Et non, ce n’est pas une tribune de Manuel VALLS ou un édito de la Dépêche du Midi… c’est le point de vue co-signé dans les Echos par six personnes, dont Gaspard KOENIG, Robin RIVATON ou Agnès VERDIER MOLINIE, et qui explique, en somme que « s’il est certain que la loi EL KHOMRI reste un impair démocratique (…) et que les militants socialistes ont raison de se sentir trahis, il n’en reste pas moins qu’il existe une majorité réformatrice dans le pays, qui transcende les clivages politiques archaïques » selon les auteurs, qui appellent donc à une majorité de centre gauche centre droit pour voter le texte. Et oui Guillaume, parce que, dans les dîners où tout le monde s’engueule, même quand Jean-Claude a claqué la porte, il y a toujours une petite voix pour demander à tout le monde de se rassoir et de terminer son dessert.

Pour finir, et pour mettre tout le monde d’accord, vous voulez nous parler de la ville du futur.

Oui, c’est un article passionnant signé Paul MOLGA à lire (encore) dans les Echos ce matin… intitulé « Comment prédire la ville du futur »… article qui explique comment des scientifiques comparent la structure des villes à celle des atomes… voire des galaxies… Ces chercheurs ont constaté par exemple que la structure de Chicago ressemble à la configuration d’un cristal d’argon… tandis que Seattle est plus proche de la structure gazeuse de cette molécule…

En résumé : « les lois de la physique moléculaire peuvent s’appliquer à la texture des villes ». Ce qui conduit les scientifiques à chercher à mettre en équation l’organisation urbaine, de façon à aboutir à la matrice d’une nouvelle « physique urbaine » et d’imaginer la ville du futur.

Ces chercheurs ont étudiés un grand nombre de villes aussi distinctes que Paris, Boston ou Toulouse, pour essayer d’en dégager des paramètres universels. Une ville, « ce n’est pas qu’une agglomération de personnes, mais une agglomération de connexions entre les gens (…) une forme complexe dont il n’existe aucun autre équivalent dans la nature. »

A quoi tout cela va-t-il pouvoir bien servir allez vous me demander… eh bien à imaginer et à dessiner les quelques 200 villes de la taille de New York… 200 villes qui seront nécessaires pour répondre à l’explosion de la démographie urbaine d’ici 2050.

Chroniques

8H55
3 min

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La Séquence des partenaires : Mardi 15 mars 2016
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