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Philippe BARBARIN au synode du Vatican en 2013

Coup de projecteur

6 min
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Les affaires de pédophilie qui ressurgissent autour du cardinal Philippe BARBARIN mettent un coup de projecteur sur les pratiques coupables de l’Église catholique, coup de projecteur qui gêne autant l’Église que certains journaux.

Philippe BARBARIN au synode du Vatican en 2013
Philippe BARBARIN au synode du Vatican en 2013 Crédits : Alessandro Bianchi

Le projecteur et sa lumière crue. Celle qui supprime les coins obscurs, qui révèle au grand jour les contours de ce qu’on ne faisait alors que discerner… c’est ce qui est en train d’arriver à l’Eglise catholique française. Un violent coup de projecteur – ça se dit « spotlight » en anglais – sur des pratiques qui ont permis de laisser, volontairement, pendant des années, dans l’ombre des prêtres pédophiles… qui ont pu, malgré les faits, parfois même malgré des condamnations par la justice laïque, continuer à exercer leur ministère auprès de la population, et donc auprès d’enfants et d’adolescents… auprès de leurs proies.

Et l’Eglise catholique n’aime pas trop ces coups de projecteur. Sur les affaires de pédophilie notamment, elle a longtemps préféré l’ombre à la lumière… le silence au vacarme. Guillaume GOUBERT dans la Croix ne dit pas autre chose : « S’agissant de tels faits, les catholiques – et pas seulement la hiérarchie ecclésiale – ont trop longtemps cherché la protection du silence, y compris lorsqu’ils s’employaient à faire le nécessaire. Un silence non pour protéger les criminels – certains en ont pourtant profité – mais pour protéger la réputation de l’Eglise. (…) Un tel silence se paie très cher. Surtout pour les victimes condamnées à intérioriser une douleur qui les ronge », conclut Guillaume GOUBERT.

« L’Eglise n’en a pas fini avec ses coupables errements passés, écrit pour sa part Xavier BROUET dans le Républicain Lorrain. Extraire le poison disséminé par ceux-là mêmes qui se posent en directeur de conscience nécessitera davantage qu’un simple mea culpa. »

Et si la condamnation est à peu près unanime… si l’ensemble de la presse rappelle comme Raymond COURAUD dans l’Alsace, que « depuis Benoit XVI, l’Eglise s’est, enfin, décidée à sévir contre ceux qui abusent de leur ministère pour détruire des enfants » ou comme Xavier BROUET dans le Républicain Lorrain, que « la tolérance zéro prêchée en matière de pédophilie par le pape François ne pourra souffrir bien longtemps d’une exception. Fût-elle incarnée par ce cardinal bien en cours auprès de l’autorité vaticane et jouissant de surcroît du soutien des évêques »… si Guillaume GOUBERT rappelle encore qu’on « a longtemps pensé que l’Eglise catholique en France avait fait face mieux que d’autres aux cas de pédophilie dans le clergé. [Qu’]elle a, paradoxalement été préservée des pires errements par sa séparation d’avec l’Etat. Le régime de laïcité a encadré strictement son rôle dans le domaine éducatif »… malgré tout cela, il reste dans plusieurs de vos journaux cette vieille réticence atavique à la violence du coup de projecteur… comme une tentation instinctive de voler au secours de l’institution.

Parce que voilà, « le curé est un homme »

Absolument Guillaume. Comme Socrate. Et ce n’est ni vous ni moi qui le disons, mais Jean-Marc CHEVAUCHE dans le Courrier Picard : « Les curés sont des hommes » écrit-il. « cette formule ne sert pas à absoudre [– précision importante], mais à remettre en place les idées d’un peuple prompt à attendre du prêtre qu’il se situe au dessus de la fange habituelle dans laquelle barbarinent les hommes. Le curé est comme les autres, poursuit l’éditorialiste. (…) Dans l’histoire, on trouve des prêtres brisant les liens du mariage, on trouve des assassins, on trouve des violeurs, on trouve des pédophiles. On trouve des hommes. Des hommes de Dieu certes, mais des hommes. » Voilà. Donc le curé est un homme. Comme Socrate. Ou comme Emile Louis. Mais passons.

On trouve aussi, de façon diffuse, une idée d’acharnement médiatique contre Philippe BARBARIN. Ainsi Sébastien LACROIX dans l’Union rappelle que « Monseigneur BARBARIN est surtout resté dans les mémoires comme l’un des adversaires farouches de la loi sur le mariage pour tous, ce qui explique en partie l’ampleur du lynchage dont il fait les frais. »

C’est à peu près le même son de cloche dans le Figaro, sous la plume de Jean-Marie GUENOIS, qui à la question « Pourquoi viser l’archevêque de Lyon et pourquoi maintenant ? », laisse également entendre que l’implication de l’évêque contre la loi TAUBIRA y serait pour quelque chose (il avait déclaré, rappelle l’article, que cette loi pourrait conduire à l’inceste)… des termes malheureux hier, encore plus malheureux aujourd’hui.

« On accuse facilement de « parano » les catholiques, mais ils ne sont pas les seuls qui trouvent étrange la concentration actuelle des accusations qui fusent contre le cardinal BARBARIN cloué au pilori médiatique », écrit donc Jean-Marie GUENOIS, qui met dans sa balance argumentaire l’affaire Jacques GAILLOT, qui lui n’aurait pas été autant inquiété (il n’était tout de fois pas cardinal) « qui avait accueilli un prêtre canadien, le père Denis VADEBONCOEUR (l’onomastique est parfois cruelle), au lourd passé pédophile en 1987 et qui fut condamné à douze ans de réclusion criminelle en 2005. »

Conclusion : « sur ce noyau se greffe une curée anti-BARBARIN menée par le Premier Ministre lui-même, qui affaiblit l’Eglise catholique ».

Du curé à la curée, ce coup de projecteur serait donc malveillant

Voilà, en résumé on pourrait dire ça. Et surtout ne pas dire un mot des victimes, qui, comme on le sait, tissent les fils de leur complot dans l’ombre pour nuire à cette très vénérable institution.

De la parole, du traumatisme, de la souffrance à vie des victimes d’actes pédophiles perpétrés par des prêtres… il n’en est question étonnamment que dans la Croix, à travers l’interview de l’enseignante et théologienne Marie-Jo THIEL. Elle déclare, entre autres, « qu’écouter la parole des victimes est fondamental, le pape l’a redit l’année dernière de manière extrêmement claire. Benoit XVI et le pape François eux-mêmes ont rencontré des victimes, écouté les souffrances de ces personnes affectées dans la profondeur de leur être et marquées à vie. »

Pour Marie-Jo THIEL, cela relève aussi du « problème que l’Eglise a longtemps eu avec la sexualité : elle l’a tellement entourée de murs et de barbelés qu’il ne faut pas s’étonner que, lorsqu’un prêtre est concerné, cela rejaillit dans les médias. Sans doute l’écoute des victimes permettrait-elle aussi de désamorcer les choses : c’est par la reconnaissance qu’on avance ! »

« Les valeurs que défend l’Eglise, notamment la protection des plus faibles et des enfants en particulier, appelle une vigilance permanente de la hiérarchie, conclut Patrice CHABANET dans le Journal de la Haute Marne. Ce qui exclut toute prescription. Sur le plan moral, la pédophilie est un crime imprescriptible. Pour ne l’avoir pas compris, l’Eglise s’est prise dans le piège de la complicité objective ou du mensonge. »

Et c’est aussi à cela que servent les coups de projecteur. A rendre impossible le retour dans l’ombre.

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