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De haut en bas

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De haut en bas, déploration du nouveau scandale dans le monde du football professionnel, de ses répercussions dans le milieu amateur, et interrogations éthiques et morales autour de l'intelligence artificielle.
De haut en bas… si on prend l’expression d’un point de vue vectoriel… c’est le sens de la chute, de ce qui tombe… de ce qui naguère était porté aux nues… aux nuages, étymologiquement, en haut… et qui aujourd’hui est voué aux gémonies… Les Gémonies, ces escaliers du Capitole à Rome sur lequel on exposait les cadavres des suppliciés avant de les traîner jusqu’au Tibre… vers le bas donc…

Une belle paire de footballeurs
Une belle paire de footballeurs Crédits : Reuters

C’est ce schéma narratif vieux comme le monde, « rise and fall » comme on dirait aujourd’hui à Hollywood, la destruction des idoles, la damnation de l’ange porteur de lumière, bref… vous m’aurez compris, j’essaye de remettre un peu de lustre à la navrante histoire footballistique qui occupe la presse et les esprits ce matin…

Parce qu’on est loin de la culture antique ou du mythe de l’ange déchu… on est ce matin face à la basse dérive d’un « racket à trois balles », comme l’écrit Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre… l’affaire « sexe, foot, voyous et vidéo » c’est le titre du billet d’Yves THREARD dans le Figaro… la mise en examen de Karim BENZEMA dans une sombre affaire de chantage sur son coéquipier, Mathieu VALBUENA, l'un menaçant l'autre de rendre publique une vidéo de ses ébats avec sa compagne.

« Entre agents pas toujours scrupuleux, amis trop intéressés et relations toxiques, les stars du foot baignent dans un bouillon de fric, de sexe et de mauvaises rencontre, pour Didier ROSE des Dernières Nouvelles d’Alsace. Certains tiennent bon, d’autres se laissent happer par une faune de pousse-mégots et de demi-chaussettes qui les manipulent. » Pousse-mégot et demi-chaussettes… je remercie ici Didier ROSE de m’avoir mis sous les yeux ces deux locutions que je ne connaissais pas…

Alors « pousse-mégot » j’ai trouvé : c’est un traîne cul, un bon à rien. Image argotique d'une personne qui ne sait que fumer des cigarettes en poussant de ses lèvres le mégot pour aspirer la fumée.

Quant à demi-chaussette, j’ai eu beau chercher ce matin, je n’ai trouvé que des sites de vente en ligne qui me proposaient des lots de 5… donc si un auditeur peut éclairer ma lanterne, je lui en saurai fort gré.

Mais revenons à nos moutons… ou plutôt à nos ânes de footballeurs… de haut en bas disiez-vous Guillaume… c’est bien la ligne directionnelle qui structure cette triste affaire… « Le foot, c’est beaucoup d’argent en haut, et plus du tout en bas » titre l’Humanité, qui a donné la parole à Eric THOMAS, président de l’Association française de football amateur, qui redoute les conséquences que pourraient avoir cette sordide affaire sur la pratique sportive et les clubs amateurs… des clubs amateurs déjà bien à la peine, trois mille d’entre eux ont disparu en deux ans, entre 2013 et 2015, faute de bénévoles, d’arbitres et surtout… de licenciés.

« C’est évidemment une injure à tous les bénévoles, les éducateurs qui, dans nos contrées aux terrains souvent balayés par la pluie et le vent, passent des heures à s’occuper des gamins des autres comme si c’étaient les leurs, écrit avec une pointe de lyrisme Philippe MARCACCI dans l’Est Républicain. Mais il faut désormais être diablement accroché pour continuer à voir dans la pratique sportive une bienfaitrice école de la vie. »

Je conclurai sur cette affaire par le Parisien qui titre « L’équipe de France touchée au cœur »… Alors « touchés au cœur »… personnellement, compte tenu du contexte, j’avais plutôt en tête une autre partie de l’anatomie… et du coup, mon sang n’a fait qu’un tour – de haut en bas et de bas en haut – quand, quelques pages plus loin, je tombais sur cet article : « Les internes se font la main sur Cindy »…

Mais qui est donc cette Cindy ?

Alors ce n’est évidemment pas ce que vous avez en tête, espèce de petit polisson… il s’agit d’un article consacré aux robots pédagogiques pour les étudiants en médecine…

Ce robot là s’appelle donc Cindy… Cindy LAUPER, pour être précis, en référence potache à la chanteuse américaine… C’est le nom qui est écrit sur le bracelet d’hôpital qu’elle porte au poignet. « Cindy respire, ouvre les yeux, on peut sentir son pouls, écouter ses poumons et son cœur au stéthoscope, l’échographier, la piquer, la perfuser. Elle parle, elle répond aux questions – quand elle n’est pas évanouie – se plaint parfois car elle peut souffrir de tous les maux : tousser, saigner, vomir, jusqu’à mourir sous les yeux des étudiants qui n’auront plus qu’à passer en revue leurs erreurs. »

C’est la fac de Paris Descartes qui abrite ce mannequin robot simulateur, des robots qui se substituent aux cadavres des salles de dissection et qui sont l’avenir de l’apprentissage.

D’un robot à l’autre, de Cindy à la voiture intelligente, vous pourrez lire ce matin la passionnante tribune du philosophe Guillaume Von DER WEIT dans Libération, tribune intitulée « Une voiture autonome doit-elle se suicider ? » et qui résume parfaitement les débats éthiques qui agitent aujourd’hui la communauté scientifique dans le domaine de l’intelligence artificielle… face au dilemme suivant : « Une voiture intelligente devra-t-elle foncer dans le mur et tuer son passager, ou faucher un groupe de cinq personne », Guillaume Von DER WEIT pose les termes du débat – que certains auteurs de science-fiction comme Isaac ASIMOV ont exploré dès les années 50 – sur la question du progrès scientifique qui contraint désormais à intégrer dans les machines et les programmes des principes moraux.

« Le problème, c’est que si les sondages entrepris par les constructeurs automobiles montrent que les gens sont à peu près tous d’accord sur la validité de la morale utilitaire qui enjoint, entre deux maux, de choisir le moindre (tuer une personne plutôt que cinq), personne n’achèterait une voiture qui, dans certains cas, suiciderait son passager, même pour le plus grand bien de tous. » Guillaume Von DER WEIT qui conclut : « Aussi sophistiquée soit-elle, une machine ne pourra jamais délibérer : elle peut gagner aux échecs (comme Deep Blue), pas à la morale (voir Terminator) ».

Faut-il alors imaginer remplacer les footballeurs par des machines évoluées… quel serait l’intérêt du sport me direz-vous ? Le sport automobile est pourtant déjà un sport de machines… pilotées certes, mais de performance mécanique avant tout. Une chose est sûre… un robot footballeur poserait en tout cas moins de problèmes d’éthique et de morale à ses programmeurs que les guignols qui font ce matin le triste horizon de l’actualité.

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