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De l'autorité

5 min
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L'autorité de l'Etat est-elle défaillante ? L'Europe manque-t-elle d'autorité dans la gestion de la crise migratoire ? Et quelle influence la question de l'autorité, centrale depuis plusieurs années, a-t-elle dans le débat public ? Quelles en sont les conséquences électorales ?
Vaste question que celle de l’autorité… individuelle et collective… en l’occurrence, celle de l’Etat… pour une fois, je ne vais pas recourir à mes petits tour de passe-passe étymologiques… tout juste vous rappeler que faire acte d’autorité, implique les notions de légitimité, de commandement et d’obéissance…

C’est à cette aune qu’on peut lire la grande interview accordée ce matin par le ministre de l’intérieur Bernard CAZENEUVE au journal Libération… Libération qui a choisi de titrer par cette citation « L’intérieur ne se résume pas au ministère de la testostérone ».

Le ministre de l'intérieur Bernard CAZENEUVE
Le ministre de l'intérieur Bernard CAZENEUVE Crédits : Reuters

L’autorité, serait donc une vertu strictement masculine ? Ne tranchons pas dans cette assertion au pourtour idéologique douteux… tout juste peut-on relever qu’une seule femme a occupé ce poste dans l’histoire de la France, c’était Michèle ALLIOT-MARIE… mais revenons à nos moutons et à la question de ce qui définit, ou non, l’autorité… « L’autorité de l’Etat s’étiole, dit l’opposition et la politique de sécurité souffre d’un dangereux laxisme », c’est ce qu’écrit Laurent JOFFRIN dans son édito… « Voilà une antienne propagandiste qu’il est difficile d’entonner quand on examine l’action et le discours de Bernard CAZENEUVE, premier flic de France au verbe onctueux mais au caractère bien trempé ».

Il faut croire que Laurent JOFFRIN n’a pas d’informateurs au Figaro, parce que c’est précisément l’angle d’attaque de l’édito d’Yves THREARD ce matin… édito titre « Aveuglement », à propos des incidents entre des militants, certains migrants et les forces de police depuis quelques jours à Calais. « Les violences constatées à Calais ces dernières nuits sont le fait d’anarchistes du réseau NoBorder qui instrumentalisent la crise migratoire au service de leur cause : l’abolition des frontières, écrit Yves THREARD. Combien d’entre eux sont interpellés : aucun. Pas plus à Calais qu’à Sivens, sur l’autoroute A1 et à Moirans… Mais où est l’autorité de l’Etat ? »

Voilà… où est l’autorité, qui en est dépositaire, comment la restaurer… c’est toute la question qui structure le débat public… notamment autour de cette crise des réfugiés… alors que les dirigeants européens se réunissent aujourd’hui à Malte avec trente-cinq représentants des pays Africains pour tenter d’endiguer le flot migratoire…

« Pour contenir les flux, la Commission Européenne met 1 milliard 8 sur la table, précise Laurent MARCHAND dans Ouest France. A l’échelle d’autant de pays, ce type d’enveloppe a plus de chance de servir la logistique policière de régimes autoritaires que de traiter à la source la grande question du développement. Mot ringard. Mot tabou. Mot pourtant crucial si l’on veut raisonner sur ce qui peut réellement, à terme, modérer les flux migratoires ».

En l’absence d’autorité européenne, c’est donc indirectement un soutien aux régimes autoritaires africains… premier glissement sémantique d’autorité à autoritaire… et ce ne sera pas le seul ce matin…

Parce qu’en matière électorale, là aussi c’est la notion d’autorité qui structure le débat.

Oui, à 24 jours du premier tour des élections régionales… et alors que le Front National mobilise toute l’attention politique et médiatique… Manuel VALLS a essayé de faire acte d’autorité, donc… en relançant l’idée de la fusion des listes de droite et de gauche entre les deux tours pour faire barrage au FN.

Sauf que cette proposition de fusion laisse le Premier Ministre bien seul. « Contre le FN, VALLS en mode solo » titre le Parisien. Selon Guillaume TABARD dans le Figaro, « Une fusion mettrait à la fois en évidence une faiblesse arithmétique – on ne peut gagner qu’à deux contre un – et une confusion politique. Une fusion de la gauche et de la droite au sein d’une même liste exposerait au reproche autrefois formulé par François BAYROU à la création de l’UMP : « Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien ».

La victoire du FN aux élections régionales serait-elle donc inévitable. Aux régionales, d’abord… et ensuite… à la présidentielle… aux législatives… ? Après la conquête des esprits, la conquête du pouvoir par le parti d’extrême droite est-elle inéluctable ?

Il semblerait qu’à force d’avoir fait de la question de l’autorité la colonne vertébrale du débat public depuis de nombreuses années… « La France est mûre pour un régime autoritaire »…

Ne me regardez pas comme ça, c’est ce que déclare Chantal DELSOL, professeur en philosophie politique, dans les pages Débats du Figaro… Suite à un sondage, certes commandé par Atlantico, qui pose le paradigme suivant : « chacun sait que des réformes sont nécessaires, mais que des gouvernants élus au suffrage universel manquent de courage pour les mettre en œuvre, et cela quelle que soit leur origine partisane… d’où la question : accepteriez-vous de renoncer en partie à la démocratie pour que ces réformes soient enfin menées ? Les réponses sont éloquentes. 67% des personnes interrogées accepteraient un gouvernement technocratique non élu. 40% - 2 personnes sur 5 – accepteraient un gouvernement autoritaire. »

« Lorsque toute une société a cessé de croire en quoi que ce soit, écrit Chantal DELSOL, elle ne s’attache plus qu’au confort et à l’argent. On n’a plus à discuter puisque la diversité des visions du monde a disparu. Il faut seulement maintenir le niveau de vie, et si possible, l’augmenter. Il suffit d’un despote, ou d’un comptable. »

Voilà, bon réveil, bonne matinée à tous… Ah, et si vous vous dites que c’est un point de vue isolé… je vous renvoie à l’interview de Bernard CAZENEUVE dans Libération… à la dernière question, sur l’analogie entre notre époque et les années 30, le ministre de l’Intérieur répond : « Dans un contexte de tension extrême, l’abaissement de la parole publique, l’absence de rigueur intellectuelle ou d’exigence éthique rendent possible le basculement de notre pays dans une période funeste comme il a déjà pu en connaître. »

Alors pour ne pas vous quitter sur ce tableau noir… je conclurai par cette étude commandée par le Journal La Croix… étude qui remet un peu de baume au cœur en montrant que les jeunes français, les 16-25 ans sont, dans leur grande majorité, optimistes sur leur propre avenir… malgré une très grande défiance envers les institutions, qu’il s’agisse de l’entreprise ou du pouvoir politique.

Mais confiants. Très confiants. Les 16-25 ans.

Voilà. C’est chez les 18-24 ans que le Front National fait ses meilleurs scores… 30% aux dernières élections européennes, soit 5 points de plus que la moyenne nationale.

Sur ce, je vous souhaite une excellente journée.

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