LE DIRECT

Décomposition, recomposition

7 min
À retrouver dans l'émission

Un seul mot à la une de la presse : "recomposition". Il faut recomposer ce qui s'est décomposer, mais tout ce qui est décomposé est-il recomposable ? Quel est le visage de ce nouveau corps recomposé ? Celui de Xavier BERTRAND, nouveau président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie ?
En politique, tout est question du juste équilibre… comment bien composer… c'est-à-dire, étymologiquement, « placer ensemble », « mettre côte à côte »… componere en latin… ou plus exactement ce matin, comment recomposer… c’est-à-dire remettre ensemble ce qui, a priori , a été précédemment séparé… décomposé donc…

Comment face à la décomposition du paysage électoral, économique, social et j’en passe du pays… faut-il, ou non, recomposer le paysage politique…

Xavier Bertrand le soir du 2ème tour des régionales
Xavier Bertrand le soir du 2ème tour des régionales Crédits : Reuters

Il est intéressant à cet égard, et j’en aurai fini de mes considérations linguistiques, de noter que la décomposition est également le sort inéluctable qui guette tout organisme privé de vie… un corps mort se décompose… et pourtant, une fois qu’il est mort, on a beau essayer de le recomposer, ça marche rarement dans le sens inverse… je vous déconseille en tout cas d’essayer l’expérience chez vous avec feu votre regrettée tante Bernadette, ça ne fonctionne absolument pas, à moins que vous soyez le descendant direct d’un certain docteur Frankenstein.

Bref… la recomposition… il n’est question que de ça dans la presse ce matin… avec, une fois n’est pas coutume, une Une quasi similaire de la part du Parisien et du Figaro, sous cette même photo de Manuel VALLS chuchotant à l’oreille de François HOLLANDE, le visage décomposé…

Sous le titre « Leur plan pour dynamiter la droite » dans le Parisien, et « HOLLANDE et VALLS cherchent leur salut à droite » dans le Figaro, l’analyse est à peu près la même. « L’actuel président pourrait nous refaire le coup de la « France Unie » de MITTERRAND en 1988 ou celui de « la France en grand, la France ensemble » de CHIRAC en 2002 », écrit Jean-Marie MONTALI dans son édito du Parisien… il s’agirait en tout cas d’un plan « diabolique », à l’instar de celui du bon vieux docteur Frankenstein… « Jamais la droite n’avait été aussi proche de l’implosion ! Pourquoi François HOLLANDE se priverait-il de mettre du sel sur les plaies ? »

Jugement tout aussi sévère dans Le Figaro sous la plume de Paul-Henri du LIMBERT : « François HOLLANDE n’en a donc pas terminé avec ses sinuosités idéologiques. Sa cible ? Le centre droit, qui de longue date rêve régulièrement de « socialistes raisonnables » avec qui faire affaire. (…) Mais ceux qui observent sur l’autre rive ce que l’éditorialiste appelle « cette danse du centre » doivent comprendre qu’il s’agit ni plus ni moins de monter sur le radeau de la Méduse » (après Frankenstein, allons y pour le cannibalisme pour surfer sur le champ lexical de la décomposition, et bon appétit si vous en êtes à votre deuxième tartine).

François HOLLANDE qui se livre, selon Cécile CORNUDET dans les Echos, à « ce dialogue républicain avec d’autant plus de délice que Nicolas SARKOZY a, lui, donné ces derniers jours l’image d’un chef de parti empressé de couper les têtes qui dépassaient en interne. » Et on arrive donc à la décapitation.

Décomposition, diabolique, réanimation, cannibalisme, décapitation… voilà le spectacle sanguinolent du petit théâtre politique français… vous le savez, dans l’histoire littéraire, ce théâtre grotesque et macabre a un nom : ça s’appelle le Grand-Guignol

Et ce théâtre s’est trouvé un nouveau héros

Oui, dans le rôle titre, de celui qui a tourné la page, qui a entendu la colère, et qui a tiré les leçons… « le petit picard qui assure », titre Libération qui lui consacre un portrait en double page. Il s’agit bien sûr de Xavier BERTRAND, nouveau président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie…

« Les premiers propos dignes et rassembleurs de Xavier BERTRAND au soir du deuxième tour, l’annonce de ses abandons de mandats de maire et de député, mais aussi son retrait de la primaire à droite sont autant de signes incarnant ce changement dans la manière de faire de la politique », écrit Daniel MURAZ dans le Courrier Picard.

« On se l’arrache, affirme Alain AUFRAY. Après la défaite pour tous aux élections régionales, Xavier BERTRAND croule sous les sollicitations. Sur le champ de ruines, beaucoup lui savent gré, à droite comme à gauche, d’avoir su allumer une fragile lueur d’espoir en assumant sans barguigner son statut d’élu d’un front anti-FN. Cela n’a pas échappé au chef de l’Etat, François HOLLANDE, qui a ajouté à son agenda une petite cérémonie officielle. Elle lui permettra de se montrer ce jeudi au côté du nouveau président de la région ».

« Dira-t-on en 2017 que la recomposition politique a commencé à Neuville-Saint-Vaast, s’interroge même Guillaume TABARD dans le Figaro. François HOLLANDE et Xavier BERTRAND côte à côte pour inaugurer un Monument des fraternisations. L’image et le symbole – la trêve transgressive des soldats de pays en guerre – parleront d’eux-mêmes. »

Xavier BERTRAND serait donc le visage de cette créature de Frankenstein nouvelle mouture, l’incarnation de cette politique recomposée… Mais « faut-il croire à la métamorphose de ce vieux routier de la politique, touché par la grâce après plus de 30 ans de militantisme », se demande Alain AUFRAY dans Libération. Il faut reconnaître que Xavier BERTRAND n’est pas exactement un poulet de l’année, sa première candidature à Saint-Quentin remonte à 1989… député, deux fois ministre, secrétaire général de l’UMP… « Il y a une dizaine d’années, il confiait lui-même que sa fulgurante promotion au rang de ministre était le signe d’une baisse de niveau de l’élite politique. Depuis, les choses ne se sont manifestement pas arrangées, conclut Alain AUFRAY.

Et cette recomposition politique Nicolas vous a fait penser à… une infusion.

C’est Alain REMOND qui évoque dans sa chronique dans la Croix son addiction récente au rooibos… vous savez, cette infusion à base de feuilles d’une plante venue d’Afrique du Sud, « qui a le goût et la couleur du thé, sauf qu’elle ne contient ni théine, ni caféine ». Or Alain REMOND explique « qu’en bon citoyen éco-responsable, j’achète du rooibos estampillé bio, commerce équitable et même « compensé carbone », ce qui me donne, quand je sirote mon rooibos, d’être une COP21 à moi tout seul. »

Or, récemment, un changement est survenu sur son paquet de rooibos. L’inscription : « Nouveau. Sachets non chlorés. Le goût reste le même ». Ce qui signifie d’une part, qu’avant, les sachets l’étaient et donc qu’il buvait du chlore sans le savoir. Et deuxièmement, « si le goût reste le même, que le rooibos sans chlore a toujours un goût de chlore ». Je laisse à Alain REMOND sa conclusion, et je vous laisse, à vous, le soin d’en tirer une allégorie tout à fait édifiante sur la recomposition politique en cours.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......