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Boris JOHNSON, le chef de campagne du "Leave"

Des vessies et des lanternes

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Alors qu'une partie de la presse rêve de refondation de l'UE post-Brexit, l'autre partie constate que les dirigeants de l'Union tentent de louvoyer pour que la Grande Bretagne reste...

Boris JOHNSON, le chef de campagne du "Leave"
Boris JOHNSON, le chef de campagne du "Leave" Crédits : Neil Hall - Reuters

Figurez-vous qu’il y a – et c’est assez rare pour les expressions idiomatiques – une traduction littérale de cette expression en anglais… to take bladders for lanterns… mais on lui préfèrera une autre expression synonyme et tellement plus poétique... to think the moon is made of green cheese… penser que la lune est faite de fromage frais… bref, se tromper lourdement dans ses appréciations… une expression qui convient ce matin assez bien à la façon dont le Brexit est traité dans vos journaux… et ce pour deux raisons…

La première, c’est une sorte de péché par naïveté… cinq jour après le vote britannique en faveur d’une sortie de l’union… un certain nombre d’éditorialistes se prêtent à rêver… rêver d’un électrochoc salvateur, promesse d’un avenir meilleur, et d’une Europe restaurée de fond en comble… « Et si le Brexit était finalement une chance pour renforcer l’Union Européenne, écrit par exemple Jean-Michel SERVANT dans le Midi Libre. Un mal pour un bien qui ferait enfin prendre conscience aux dirigeants français, allemands, italiens ou néerlandais des lourdeurs de la technocratie bruxelloise. Des dangers du libéralisme sauvage et de la finance. Une opportunité aussi pour les peuples de réfléchir sur leur destin commun. » Et de réaliser enfin que les licornes arc-en-ciel existent – non, pardon cette dernière phrase est de moi.

C’est cet idéalisme à marche forcée s’incarne dans un mot magique, ce n’est pas le mot licorne, ni vessie ou lanterne… c’est le mot « refondation ». « Après le Brexit écrit ainsi Laurent MARCHAND dans Ouest France, il n’y a plus de neutralité possible. Il serait urgent de refonder. Dès aujourd’hui. » Dans l’Humanité, un collectif d’économistes communistes signe une tribune intitulée « Une refondation de l’Union européenne pour une souveraineté populaire sur l’argent » : « Le vote d’une majorité de Britanniques pour sortir de l’UE souligne le besoin urgent d’une refondation de la construction européenne, écrivent-ils. Il résulte pour une large part de la souffrance de ce peuple face aux politiques de la baisse du coût du travail et de privatisations. (…) Ce sont ces politiques qu’il faut maintenant vraiment rejeter et changer. »

Dans un autre registre politique, une tribune similaire dans les Echos, du Cercle de Belém, propose de « refonder les institutions européennes pour permettre une vraie subsidiarité » - c’est-à-dire laisser faire les Etats sans leur imposer de directives trop contraignantes sur des problèmes qu’ils peuvent régler seuls… ainsi qu’assumer la vocation de l’UE à « promouvoir le commerce, le libre mouvement des personnes, la coopération, l’éducation et la science ». Et des licornes arc-en-ciel… mais ça c’est moi qui l’ajoute.

Qu’est-ce que c’est que ces histoires de licorne ?

Eh bien Guillaume, c’est une petite touche d’ironie, d’aucuns diraient de cynisme face à ces élans refondateurs… parce que lorsqu’on lit le reste de la presse ce matin… ce n’est de toute évidence pas la refondation qui semble être la priorité des dirigeants européens… bien au contraire…

A la question : faut-il pousser les britanniques hors d’Europe… c'est-à-dire accélérer leur départ, le rendre effectif le plus rapidement possible… Philippe GELIE dans le Figaro pense tout l’inverse : « Manifestement, l’objectif est que le moins de choses possible ne changent. On ne serait pas surpris que le Royaume-Uni, après un délai de décence, annonce la tenue de législatives à l’automne, faisant office de « second tour » du Brexit. (…) Sur une question aussi claire, importante et radicale que la sortie de l’Union Européenne, on pouvait espérer en finir avec cette habitude détestable des lendemains de référendum, qui consiste à ignorer la décision des électeurs. »

« Il faut respecter la volonté du peuple britannique, enjoint pour sa part Guillaume GOUBERT dans la Croix. Au sein de l’UE, on a déjà fait plusieurs fois l’expérience de ruser face à des référendums hostiles. L’Europe n’y a pas gagné grand-chose d’autre qu’un renforcement des courants extrémistes. » Ce qui vaut au Figaro cet article, intitulé « Et si le Royaume Uni ne quittait jamais l’Union Européenne ? », article dans lequel on apprend, par exemple, qu’un confident d’Angela MERKEL a déclaré que « la classe politique londonienne devrait avoir la possibilité de réfléchir une nouvelle fois aux conséquences d’un retrait ». Gloups. Libé ne dit pas autre chose lorsqu’il titre son article de Une « Londres parti pour rester ». Ce qui vaut cette autre tribune, cette fois à Etienne BALIBAR, sous le titre « Le Brexit, cet anti-Grexit »… Le philosophe y explique pourquoi, entre la Grèce et la Grande-Bretagne, il y a deux poids deux mesures, et comment la « géométrie du système européen s’adaptera pour réintégrer les Britanniques par la bande. »

A ce titre, je vous propose un petit jeu si vous le voulez bien. Qui a déclaré : « La Grande Bretagne fait partie de l’Europe, et le fera toujours » ? C’est Boris JOHNSON, ex-maire de Londres et figure du proue du vote « Leave ». Autant dire que tout a changé mais rien ne va changer…

Et puis il y a ceux qui quittent l’Europe, mais par la contrainte…

Oui c’est le Parisien qui révèle ce matin dans ses colonnes « le vrai visage des expulsés ». Ce qu’on appelle la « ventilation par nationalité des étrangers expulsés de France » est normalement confidentielle mais le journal y a eu accès… On y apprend donc que « les plus expulsés sont les Roumains… suivis des Albanais, puis des Algériens, des Tunisiens et des Marocains. A elles cinq, ces nationalités totalisent 63% de l’ensemble des expulsions. »

« Plus étonnant, poursuit l’article, certains étrangers sont également « éloignés » alors même qu’ils sont originaires de pays en guerre ou dans lesquels ils risquent leur vie. On dénombre ainsi 19 Afghans, 11 Gambiens, 4 Syriens, 8 Iraniens, 10 Soudanais ou 4 Erythréens. (…) « S’ils ont bien été remis aux autorités de leur pays, ces quatre Erythréens ont été condamnés à mort » dénonce la Cimade. »

Il en va de la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne comme de l’expulsion des étrangers hors de l’Europe. « Continuer comme si de rien n’était, conclut François SUREAU dans sa chronique dans la Croix. C’est un art dans lequel nos gouvernants sont passés maîtres. Il serait temps d’en changer. »

Chroniques

8H55
3 min

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La Séquence des partenaires : Mardi 28 juin 2016
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