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Passagers sortant de la rame après l'explosion dans le métro bruxellois

Des(...)espoirs

6 min
À retrouver dans l'émission

Au lendemain des attaques terroristes à Bruxelles, la presse oscille entre désespoirs et des espoirs.

Passagers sortant de la rame après l'explosion dans le métro bruxellois
Passagers sortant de la rame après l'explosion dans le métro bruxellois Crédits : Reuters

Désespoir… en un mot, un seul… comment ne pas y céder au lendemain de cette nouvelle attaque terroriste qui a frappé Bruxelles hier… un désespoir tenace, collant… presque un abandon face à la barbarie aveugle qui nous touche une fois de plus en plein cœur… mais des espoirs, ça peut également s’entendre en deux mots… des espoirs à venir, des espoirs à conserver à tout prix pour ne pas céder au désespoir…

En tout cas, ce matin, noir, c’est noir à la Une de la plupart de vos quotidiens… Bruxelles, 22 mars 2016 sur une photo obscure des couloirs du métro évacués suite à l’explosion, en Une de Libé dont le losange rouge est ce matin aux couleurs du drapeau belge… Ce même noir des couloirs du métro qui s’affiche en Une de l’Humanité, des Echos… fond noir également pour le Parisien et Le Monde…

Et on lira d’ailleurs avec une attention toute particulière l’édito spécial de Libération ce matin… un édito rédigé par Francis VAN DE WOESTYNE, de la Libre Belgique… que je vous livre :

« Un geste, tout d’abord. S’incliner devant les victimes. Partager la douleur des familles. Une nécessité. Rendre hommage à ceux qui ont porté secours aux blessés. Un sentiment. La colère, le dégoût. La rage. Un cri. Non. Une attitude : faire face. »

Francis VAN DE WOESTYNE qui conclut par ces mots : « Nous devons rester optimistes. Faire face, debout. Car sombrer dans le désespoir, la haine, la violence à l’égard de quiconque serait, précisément, donner raison à ces fanatiques. »

Voilà, ce double mouvement… désespoir, des espoirs… qu’on retrouve en parcourant tous les journaux ce matin…

Et c’est un désespoir collectif qui assaille la presse

Oui, avec ce titre, qui revient comme un mantra… « L’Europe attaquée » en Une des Echos… « La guerre en Europe » pour le Parisien… « L’Europe frappée au cœur » dans le Figaro… parce que frapper Bruxelles, c’est non seulement frapper la Belgique, mais c’est également frapper le centre névralgique de l’Union Européenne… tous vous journaux sans exception le rappellent ce matin… « L’Europe existe, elle a un ennemi, écrit ainsi Philippe GELIE dans son édito du Figaro. En frappant à Bruxelles, les terroristes ont élargi un plan d’attaque inauguré en France en 2015. Mardi, ils n’ont pas seulement visé un pays impliqué à nos côtés dans la traque des groupes djihadistes. Ils ont en même temps ciblé l’Union Européenne, son centre névralgique et le symbole de ses institutions. »

« Les attentats de Bruxelles constituent un coup de boutoir contre l’Union, estime pour sa part Jean-Marc VITTORI dans les Echos. Un coup de plus, qui s’ajoute au risque du Brexit, à l’impéritie face aux migrants, à une union monétaire bancale, à une croissance trop molle, à la montée des replis nationaux. (…) Les fanatiques se réjouiraient de voir l’Europe exploser. Ne leur donnons pas cette victoire. »

Et ce sont là que naissent des espoirs… cette barbarie aveugle permettra-t-elle à l’Europe de se ressaisir ? De faire face, debout comme l’écrit Francis VAN DE WOESTYNE. Beaucoup d’éditorialistes l’espèrent ce matin, comme Guillaume GOUBERT dans la Croix : « C’est l’Europe qui a été frappée. C’est à l’Europe de répondre. Il est extrêmement urgent de renforcer la coopération entre les services de renseignement de l’Union Européenne. »

« Que faire lorsque la menace se confirme à nos portes ? se demande Cécile CORNUDET dans les Echos. Surtout, en appeler à l’Europe. (…) La France moins seule face au terrorisme. L’Europe susceptible de se relancer face à la menace… est-ce utopique ? » Des espoirs partagés par Denis DAUMIN, dans la Nouvelle République : « Touchée au cœur, l’Europe n’est pas anéantie, c’est peut être même le contraire. Une fois encore, c’est Angela MERKEL qui, en peu de mots, aura dit l’essentiel : « L’effroi est aussi illimité que notre détermination à vaincre ».

Cet élan d’espoir reste bien fragile malgré tout

Oui c’est l’aller-retour cyclique entre des espoirs et désespoir… un peu comme au lendemain des attentats de novembre, lorsque tout le monde voulait croire à cet élan d’unité nationale qui se sera finalement lamentablement embourbé dans une sinistre cuisine politicienne… faut-il placer des espoirs dans un sursaut européen pour lutter contre le terrorisme de DAESH ?

« DAESH, qui enregistre des reculs sur les terrains irakiens et syriens, veut exporter sa guerre afin de tétaniser les peuples du monde, écrit ce matin Patrick APEL-MULLER dans L’Humanité, susciter des réflexes primitifs de repli et de peur qui diviseraient, feraient abandonner l’idéal démocratique pour l’ordre sécuritaire. »

« Petit à petit, ce cauchemar devient réalité, pour Nicolas BEYTOUT dans l’Opinion : c’est bien d’une guerre qu’il s’agit. Elle est mondiale, et tous les pays sont frappés. (…) Petit à petit, il va donc falloir l’admettre : d’autres attentats se produiront, et probablement sont-ils déjà en préparation. »

Et on lira avec attention toujours dans l’Opinion ce papier de Jean-Dominique MERCHET… intitulé « Bruxelles, un jour dans la guerre »… « Ce qui s’est passé mardi à Bruxelles n’est – chacun le sent bien – qu’un épisode d’une guerre longue et globale dont personne n’entrevoit la fin. Ce conflit est global, en ceci que tous les continents sont touchés. Depuis le 13 novembre, pas moins d’une cinquantaine d’attaques terroristes ont été recensées hors d’Europe, la quasi-totalité commises par des groupes djihadistes, dont DAESH. Au niveau mondial, c’est plus d’un attentat tous les trois jours. Durant les douze derniers mois, une trentaine de pays ont ainsi été frappés. »

Il suffit de regarder la carte publiée par le Parisien… carte qui recense les principaux attentats djihadistes depuis 2015… on voit bien que c’est le continent Africain qui paye le plus lourd tribut… le dessin en Une de l’Opinion ne dit pas autre chose… on y voit les personnages Quick et Flupke portant un t-shirt « Je suis Bruxelles » tandis que derrière, une femme suspend à une corde à linge des dizaines d’autres t-shirts noirs : Je suis Bardo, Bamako, Kaboul, Istanbul, Mogadiscio, Beyrouth et ainsi de suite…

Difficile dans ces conditions de conclure sur une lueur d’espoir… dans ces cas là, il vaut mieux conclure par les mots d’un autre, une utopie lumineuse dont on peut chérir, au fond de nos cœur, le rayonnement pour repousser les ténèbres qui nous envahissent, ces mots d’Aimé CESAIRE cités par l’Huma : « nous ne livrerons pas le monde aux assassins de l’aube »

Chroniques
8H55
3 min
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La Séquence des partenaires : Mercredi 23 mars 2016
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