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Deux poids, deux mesures

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À retrouver dans l'émission

Deux poids, deux mesures : les droits de l'homme et la "real-économie", la police et la justice, la jeunesse et la vieillesse.
D’un côté les grands discours, les idéaux politiques, les utopies philosophiques dont il est bon de se gargariser tant que tout cela relève du domaine de l’abstraction.

De l’autre, la realpolitik - ou plutôt la "real-économie" - des sous qui rentrent dans les caisses avec l’espoir que cela aura, in fine , un effet sur la croissance et sur l’emploi.

Manuel VALLS à Riyad
Manuel VALLS à Riyad Crédits : Reuters

Voilà le clivage aussi récurrent qu’insoluble qui agite ce matin une large partie de la presse, après l’annonce hier par Manuel VALLS des 10 milliards de contrats conclus ou engagés avec l’Arabie Saoudite.

Une « pluie de milliards qui peine à faire disparaître les tâches sur le contrat moral » écrit Michel KLEKOWICKI dans le Républicain Lorrain. « Dans la balance, il y a certes des centaines d’emploi et une manne inespérée pour le commerce extérieur. Mais pour ce qui est de notre commerce intérieur, ce commerce avec nos convictions et nos valeurs, là, c’est une autre affaire. »

« François HOLLANDE, comme ses prédécesseurs, se dit peut-être que l’Arabie mérite qu’on se bouche, un peu, les yeux sur une conception des droits de l’homme réduite a minima. La France des Lumières ne sert à rien si on n’a pas l’électricité pour l’allumer », écrit quant à lui Raymond COURAUD dans L’Alsace.

Des réserves largement anticipées, et reléguées au second plan tant par la Croix que par les Echos ce matin… qui préfèrent rappeler, l’un comme l’autre, que sur ces 10 milliards… il y a surtout beaucoup de « projets » et encore peu de « contrats ». Deux poids, deux mesures donc… à tel point que certains membres de la délégation française ne cachaient pas hier leur déception, relate Anne BAUER dans les Echos. Ryad n’a notamment rien officialisé pour une commande évoquée d’hélicoptère militaires H-145 à Airbus, ni pour l’achat de corvettes ou de frégates militaires.

Constat amer, qui vaut ces lignes à Sébastien LACROIX dans l’Union : « Après avoir vendu des Rafales à l’Egypte et au Qatar, de l’armement à la plupart des pays qui bombardent dans la région, après avoir fait assaut de politesse en Azerbaïdjan, en Angola, en Chine et en Algérie, notre Président et ses principaux ministres peuvent afficher un bilan exemplaire. Pendant ce temps là, l’Arabie Saoudite bombarde le Yémen, tue des civils et détruit une partie de Sanaa, la capitale, dont les édifices font partie du patrimoine mondial… tout autant que les temples de Palmyre » détruits par DAESH en Syrie.

Deux poids… deux mesures.

En France également, police justice, c’est là aussi deux poids… et deux mesures

Si on veut tirer un peu sur la ficelle allégorique, ce serait même trois poids, trois mesure, un ménage à trois si vous préférez… et un ménage tumultueux, dont les problèmes sont aussi récurrents qu’insolubles encore une fois.

« Un triangle conflictuel vieux comme l’Etat régalien, écrit Cécile CORNUDET dans les Echos. La police, la justice et le ministre de l’Intérieur. Les deux premières sont nées pour théoriquement fonctionner ensemble, et concrètement considérer que l’une sape le travail de l’autre. La troisième est censée trouver la parole qui apaise. »

Sauf qu’à l’aune de la manifestation des policiers aujourd’hui sous les fenêtres du ministère de la Justice… « un événement aussi rare que symboliquement fort » note Yves THREARD dans le Figaro… face à l’union de tous les syndicats de policier pour protester contre la politique pénale de Christiane TAUBIRA… la dernière fois que cela s’est produit, c’était il y a plus de 30 ans, en 1983 rappelle Cécile CORNUDET… eh bien le ménage à trois – dont on sait bien que c’est une formule qui par essence ne trouve jamais d’équilibre – est profondément grippé.

Alors on revient à la dualité, plus simple à analyser… Avec la droite qui sonne la charge contre Christiane TAUBIRA, « La justice piégée par l’idéologie » pourrez vous lire ce matin dans le Figaro… son « dogmatisme anticarcéral, son incohérence dangereuse et criminelle que les policiers ne veulent plus assumer aujourd’hui » écrit encore Yves THREARD… lorsque Laurent JOFFRIN et Libération volent au secours de la Garde des Seaux, désignée comme bouc émissaire pour avoir cherché à limiter la récidive. Un décryptage d’Ondine MILLOT essaye de prouver qu’à l’inverse de la colère policière contre les aménagements de peine… les chiffres montrent au contraire que c’est la méthode la plus efficace contre la récidive. A profil comparable, les délinquants qui sortent de prison sont plus souvent condamnés une nouvelle fois dans les six ans qui suivent leur libération, que ceux qui ont purgé une peine hors de prison.

GUILLAUME :

Quelles solutions pour la réconciliation ?

NICOLAS :

Difficile à dire Guillaume… parce qu’outre la police et la justice, les droits de l’homme et l’économie… une autre fracture profonde traverse notre société, fracture qui est relevée ce matin par Gaspard KOENIG dans les Echos… la fracture générationnelle…

« Depuis Œdipe chanté par Eschyle jusqu’à Pierre RIVIERE immortalisé par FOUCAULT, le parricide n’a rien d’original mais il semble que la lutte entre les générations prenne aujourd’hui une tournure plus économique » pourrez-vous lire… « pour la première fois de l’histoire en période de paix, il n’existerait plus de transfert net de richesses entre parents et enfants ».

Pour la première fois, un rapport exhaustif et international a été publié sur ce qu’on appelle désormais les « Youthonomics » c’est-à-dire l’économie des jeunes… rapport qui mesure la façon donc chaque pays traite sa jeunesse, en matière d’emploi, d’accès à l’éducation ou de représentation politique…

Et selon ce rapport, la France arrive à la 19ème place au classement général… mais à la 41ème place pour ce qui est des perspectives d’avenir, derrière l’Ouganda, le Mali ou la Colombie… on notera dans le désordre notre Parlement, l’un des plus vieux d’Europe… ou la répartition des revenus, qui a basculé au profit des plus de 55 ans depuis… 1999 !! « En dépit de l’obsession médiatique pour les petites retraites, jamais les vieux n’ont été aussi riches en France » écrit Gaspard KOENIG qui conclut… « En Mai 68, les étudiants de 20 ans disaient à leur parents : « Laissez-nous jouir ». Aujourd’hui, leurs enfants leur répliquent « Laissez-nous vivre ».

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