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Echos et transparences

5 min
À retrouver dans l'émission

Transparence, échos et parasitage, voilà ce que l'on trouve dans la presse aujourd'hui…

On parle de transparence, pour commencer ?

Et une double page dans Le Monde daté d’aujourd’hui. L’AP-HP, l’Assistance publique hôpitaux de Paris, une institution dont les 38 établissements concentrent près de la moitié de la recherche clinique du pays, l’AP-HP veut clarifier les relations entre les médecins et les laboratoires. Un rapport interne a été publié, rédigé par un groupe de travail de douze personnalités issues du monde hospitalier et universitaire qui ont travaillé pendant près de 6 mois. « La réputation de l’AP-HP a été récemment entachée par l’affaire Michel Aubier », rappellent François Béguin, Emeline Cazi et Chloé Hecketsweiler dans Le Monde.

« Ce pneumologue de l’hôpital Bichat, intervenu devant une commission d’enquête du Sénat sur la pollution atmosphérique, avait omis d’avertir qu’il touchait plusieurs dizaines de milliers d’euros par an de Total ».

« Ce cas regrettable est représentatif de cette absence de conscience de ce qu’est un lien d’intérêt », considère Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, qui a mis en place ce groupe de travail. « Il illustre aussi les risques que cela fait courir à l’institution : elle a été mise en danger dans sa crédibilité », dit-il. Et l’article donne des chiffres : « A lui seul, le financement par les laboratoires des déplacements des médecins de l’AP-HP aux congrès médicaux représente une somme de 30 à 40 millions d’euros ». « Les liens ambivalents entre médecins, autorités sanitaires, laboratoires et industriels, ont longtemps été considérés comme un non-sujet ». « Des écarts ont été tolérés », dit le rapport. « Ils ne doivent plus l’être. Les rémunérations annexes (du privé, versées aux médecins), parfois opaques et élevés, sont des stimulants suffisamment importants pour que des professionnels se placent, de plein gré ou malgré eux, dans des situations à risques ».

« Le lobbying des laboratoires commence dès l’université », nous explique-t-on plus loin.

« L’université, où les visiteurs médicaux, chargés de la promotion des médicaments, ont pratiquement porte ouverte. Chaque étudiant en rencontre en moyenne 7 par mois. » Ainsi, le groupe de travail regrette que « les futurs praticiens soient très insuffisamment informés de l’inefficacité de certains produits dont la France détient le record de prescription ». Et il regrette aussi que les « relations des professeurs d’université avec certains laboratoires soient dissimulés. « Changer d’époque est indispensable », estime la direction de l’AP-HP. Même si, estime-t-on dans l’article du Monde, « elle n’a pas les moyens d’accorder à chacun de ses 10 000 médecins un budget annuel de 2000 à 3000 euros pour participer aux congrès médicaux. »

C’est pourquoi une réflexion porte actuellement sur « une ‘structure neutre’ qui permettrait de conserver l’aide financière des industriels, mais couperait tout lien direct avec les médecins ». De la même manière, il est envisagé de créer une « fondation pour la recherche », qui permettrait de centraliser les financements par les labos des activités de recherches. Aujourd’hui, nous dit-on, « les essais cliniques sont une source de revenus non négligeables pour les médecins, dont l’expertise est rémunérée par des honoraires échappant à tout contrôle ». « Ce n’est pas encore le grand soir de l’éthique et de la transparence à l’hôpital », affirme Martin Hirsch. « Il faut prendre garde à ne pas freiner la recherche et à ne pas bureaucratiser davantage. Il faut imaginer des réponses, pas seulement des interdictions. » Mais ces garde-fous prévus, dit-il, sont aussi « un moyen de ne pas être soupçonné et de ne pas avoir à se justifier tout le temps ». Article et entretien, c’est une double page à lire dans Le Monde daté d’aujourd’hui.

Echos et parasitage, voilà ce qu’on trouve aussi dans la presse…

Dans l’Humanité, dans la colonne signée du romancier Jean Rouaud, il y a une histoire. Jean Rouaud nous rappelle une histoire. Celle du podium olympique du 200 mètres aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968. Tommie Smith finit la course en première place, John Carlos à la troisième. « Nous sommes en pleine lutte pour les droits civils », écrit Rouaud. « Le rêve annoncé par Martin Luther King s’est brisé le 8 avril de cette même année 1968 ». « De retour dans les vestiaires, avant la cérémonie du podium, les deux athlètes Smith et Carlos, avec la complicité de l’Australien Peter Norman, arrivé 2e de la course, improvisent leur acte d’insoumission. Ils n’ont qu’une paire de gant à se partager.

A Tommie Smith le gant de la main droite, à John Carlos celui de la main gauche. En signe de prière ils baissent la tête, et, de lutte, ils dressent leur poing ganté. »

Et Jean Rouaud poursuit : « La magnifique photo des trois hommes est désormais parasitée, polluée par cette autre photo d’un autre trio et de deux gants, noirs aussi, poussant les chariots assassins porteurs de la prière dévastatrice qui va tuer et mutiler les passagers de l’aéroport de Bruxelles ». « Deux gants de mort qui dissimulent le détonateur de la charge et une main droite nue pour en déclencher plus facilement le mécanisme. La pauvreté, le manque de considération, le sentiment d’exclusion, la justice méritent mieux que ces deux gants orphelins restants, qui ne font même pas une paire », conclut-il.

La confrontation de ces deux images par l’auteur des Champs d’honneur a le mérite de nous faire revenir sur des luttes civiques qui datent d’il y a près de 50 ans. Des luttes qui trouvent une forme écho, pas complet, mais réel, dans ce même numéro de L’Humanité de ce matin. A travers un entretien avec le romancier Alain Mabanckou, qui commence aujourd’hui ses cours au Collège de France, où il s’est vu confier la chair de création artistique. « Vous êtes binational, à la fois congolais et français. Est-ce confortable en ce moment ? », lui demande Muriel Steinmetz. « Je cherche à travers ces deux identités ce qui peut faire de moi un homme plus paisible, plus humain, porteur d’un discours de rassemblement et non de division », répond Mabanckou. Et il ajoute : « Je refuse toujours de me définir par ma couleur de peau. Cependant je suis inquiet car, dans l’histoire qui est la mienne, la part africaine n’a pas été enseignée en Occident. J’ai l’impression que la France ne connaît pas les Noirs qui vivent sur leur territoire. Voilà l’un des plus grands problèmes politiques de ce pays : vivre avec des gens qui vous connaissent sur le bout des doigts et que vous ne connaissez pas. »

Il y aurait finalement des ‘inférieurs’, et des ‘supérieurs’, dit Mabanckou. « Et ces ‘inférieurs’ rigolent entre eux de ces ‘supérieurs’, parce qu’ils savent ce qu’ils sont. Ils sont prêts pour le grand voyage que nous voulons tous. Le monde de l’universel ».

Une jongleuse des apparences et des différences apparaît dans la presse du jour…

Le grand voyage de l’universel dont parle Mabanckou elle le promeut sans doute à sa manière, et elle l’a déjà fait plusieurs fois. C’est Grace Jones, en dernière page de Libération. L’artiste, chanteuse, mannequin, icône des années 70 et 80, est « sans date de naissance ni genre fixe », nous dit Marie Ottavi. « On garde un souvenir limpide de la première fois qu’on l’a vue à la télévision dans les année 80 », se rappelle la journaliste. « Elle était une triple incarnation : la féminité, la bestialité, la virilité ». Se rappelant ses débuts entre New York et Paris, Grace Jones déclare : « Mon corps me servait de langage. Ma performance avait une qualité robotique, un mélange d’humain, d’androïde, d’humanoïde… »

A la fois femme, homme et robot… Grace Jones a déjà tout été. Elle raconte : « Mon seul et unique mari, Attila, un Turc musulman, criait à sa mère au téléphone : ‘Je me suis marié avec un homme !’ » A propos de Rihanna, Miley Cyrus, Beyoncé, Madonna, Lady Gaga, elle dit : « Je ne suis pas comme elles, car elles sont déjà comme moi ». Ces suiveuses, « n’ont pas de vision à long terme ». Et finalement, dit-elle : « L’esprit libre a été crucifié ».

Pour finir on portera notre attention sur l’entretien avec le philosophe Josef Schovanec, dans les pages du Figaro. 

Il parle d’une autre différence. Celle de l’autisme. Schovanec est autiste Asperger, et il dénonce la mise à l’écart des autistes en France. « Trop souvent les enfants autistes se retrouvent dans des hôpitaux psychiatriques qui ressemblent plus à des prisons qu’autre chose », dit-il à Agnès Leclair. « Cela coûte des fortunes, environ 100 000 euros annuels par personne pour les tenir enfermés, alors qu’ils pourraient avoir une place dans la société et que cela coûterait moins cher. » Josef Schovanec est diplômé de Sciences po Paris. « Sur le plan professionnel, cela ne m’a strictement servi à rien », raconte-t-il. « Si vous êtes autiste en France, vous avez beau avoir tous les diplômes du monde, vous serez toujours éliminé lors d’une procédure de recrutement habituel. Pourquoi les entreprises refusent-elles d’embaucher des gens extrêmement gentils qui arrivent à apprendre l’islandais en une semaine ? En Israël, par exemple, les boîtes de high-tech se ruent sur ces profils ».

« Et aux Etats-Unis, au Canada, les universités se battent pour avoir des étudiants autistes. Non par humanisme, mais bien par calcul. Elles misent sur des chercheurs qui auront une production passionnante dans quelques années ». « Les gens autistes ont une autre vision sensorielle », explique-t-il. « Certains ne supportent pas des couleurs. Moi c’est le rouge. C’est la même chose pour les sons, les odeurs, le langage, les interactions sociales. Tout ça est au-delà des apprentissages. »

« La société est obnubilée par la ‘guérison’ des enfants. Mais la question centrale est : comment faire pour que les personnes autistes aient une qualité de vie correcte »

Entre différences, écho, et transparences. Voilà ce qu’on peut trouver dans la presse du jour. Bonne journée !

Thomas Baumgartner

Chroniques

8H55
3 min

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La Séquence des partenaires : Mardi 29 mars 2016
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