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symbole de la francophonie

Éloge de la richesse

6 min
À retrouver dans l'émission

A travers les petits travers (sic) de la presse et des éditorialistes, le billet du romancier Jérôme FERRARI ou l'article d'une enseignante championne de France de Slam : éloge(s) panégyrique(s) de la langue française.

symbole de la francophonie
symbole de la francophonie

En cette semaine de célébration de la langue française et de la francophonie, et donc de la diversité et de la richesse de notre belle langue à travers les continents… j’ai voulu faire œuvre d’exemplarité… vous connaissez par cœur maintenant mes vieux tropismes collants d’ancien prof de français… je vais donc m’atteler à faire, grâce à la presse du jour, un éloge panégyrique de la richesse de notre patrimoine linguistique commun déployé chaque matin dans toute sa richesse et sa diversité dans les rayons de votre kiosquier préféré.

Ainsi apprendrez-vous à la lecture des Echos et du Parisien que nos dirigeants sont d’indécrottables tapeurs de carton… « Loi travail, HOLLANDE abat sa dernière carte » en Une des Echos, là où le Parisien titre : « Loi travail, Manuel VALLS abat sa dernière carte ». Bataille, aurait-on envie de dire… mais pas du tout.

« Abattre ses cartes », expression lexicalisée, devenue un topos journalistique, un lieu commun que vous avez l’habitude de lire jour après jour… c’est d’ailleurs un topos assez récent, qui remonte au 19ème siècle et qui ne voulait à l’origine pas tant signifier « jouer le tout pour le tout » mais « jouer franc jeu », « ne plus cacher sa main »… Il eut été plus précis dans ce cas d’utiliser « jouer son dernier atout »… sa dernière carte forte…

On trouve également sous la plus de Raymond COURAUD dans l’Alsace une variante : « Ce lundi, Manuel VALLS joue gros (toujours le jeu) car il tire la dernière cartouche d’un gouvernement assiégé », le registre devient plus martial mais le topos est exactement le même.

« C’est que nous sommes, aujourd’hui, à l’instant décisif où il faut « déminer le terrain » de la loi de la réforme du code du travail, qu’ils ont si malencontreusement réussi à rendre « explosive » écrit Jean LEVALLOIS dans la Presse de la Manche.

Dernière carte, dernière cartouche, bombe à désamorcer... à chaque éditorialiste son petit topos chéri… il y en a un qu’affectionne tout particulièrement Yves THREARD dans le Figaro, qui suit les flux et reflux de l’actualité des commentaires sur cette loi EL KHOMRI… topos qui ressurgit des flots une fois de plus ce matin… je vous le livre : « Que restera-t-il de la réforme du droit du travail ?(…) D’une manifestation à l’autre et d’un amendement à l’autre, il est à redouter que… la montagne n’accouche d’une souris »… et le voilà… Yves THREARD, grand lecteur de La Fontaine…

Mais mon favori à moi ce matin, ce n’est pas le signal d’alarme qu’il faut tirer, ce n’est pas le pied du mur ou les manches retroussées… c’est cette belle double formule de Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre : « HOLLANDE et VALLS n’ont plus beaucoup d’arguments à mettre dans la balance pour espérer renverser la vapeur ». Des arguments dans la balance – et d’un – pour renverser la vapeur – et de deux. En anglais dans le langage des jeux vidéo, on appelle ça un combo breaker.

 Jérôme FERRARI s’attaque lui au langage politique dans les colonnes de la Croix.

Oui, sous le titre « Synonymes inattendus », l’écrivain postule ceci : « S’il est une réforme que Manuel VALLS est en train de mener avec succès, c’est celle de la langue française. Il est particulièrement injuste que nul n’ait songé à l’en féliciter ; car, grâce à lui, notre lexique sera bientôt débarrassé de termes redondants qui l’encombrent inutilement. (…) Ainsi, après nous avoir révélé que « comprendre » ou « expliquer » signifiait tout bonnement (…) « excuser », voilà qu’il nous apprend qu’ « antisémitisme » et « antisionisme », dont on pouvait croire naïvement qu’ils désignaient deux réalités différentes, sont en fait rigoureusement synonymes. »

Jérôme FERRARI détaille dans son billet comment le Premier Ministre au lendemain des attentats a ainsi estimé que « chercher à comprendre, c’était commencer à excuser » les actes terroristes – « position qui peut fort bien s’expliquer par des motifs bassement démagogiques, mais il n’y a là rien qui puisse l’excuser » écrit l’auteur. De la même façon Manuel VALLS a assimilé au dîner du CRIF critique d’Israël et antisémitisme. FERRARI conclut : « Comme la presque totalité du personnel politique, il se contente d’accompagner servilement les mouvements d’opinion et d’asséner, l’œil noir et l’air viril, des lieux communs d’une absolue platitude (on y revient). Le conformisme se fait transgressif ; la médiocrité, décomplexée : une refonte complète du dictionnaire des synonymes devient décidément urgente. »

 Heureusement, la langue française est riche, et surtout riche de la francophonie

Oui, c’est la Croix qui le rapporte dans un article intitulé « Les pérégrinations planétaires du français ». On y apprend qu’on pourra vous souhaiter une « bonne ziboulation » en Afrique Centrale, que vous pourrez aller faire vos courses tardives au « dépanneur » du coin de la rue au Canada, commander un « ristrette » au comptoir en Suisse, pour vous protéger de la « drache » qui vient de vous tomber dessus en Belgique et dans le Nord de la France. Et mon petit favori : le « clavardage » au Québec, ou le bavardage sur clavier avec vos amis, pour remplacer le bon vieux « chat » qu’on laissera désormais faire miaou.

Et je vous suggère vivement le numéro spécial du journal le 1, qui sortira mercredi, consacré à la francophonie… et notamment l’article de Gabrielle TULOUP, enseignante et championne de France de Slam.

« Franco-QUOI ? Encore une histoire de dictature madame ? » commence l’article… Gabrielle TULOUP rappelle que « l’année dernière, 52500 élèves ont intégré notre système scolaire sans avoir le français pour langue maternelle. (…) Ce que la France représente pour ces enfants-là, souvent si volontaires, c’est avant tout une langue qui résiste mais pour laquelle on se bat. (…)Nos élèves, à force de ne plus savoir d’où ils ont envie d’être, déparlent-ils la langue ? Défont-ils le lien d’appartenance le plus fort qui les rattache à une identité ? Ou se permettent-ils simplement d’ajouter des maillons à la chaîne ? »

Gabrielle TULOUP conclut : « J’étudie le génocide du Rwanda avec mes élèves de troisième. (…) je projette un documentaire dans lequel un rescapé s’exprime en français. Stupeur : « Mais, madame, il parle français ?! » J’acquiesce. J’attends. Ca ne tarde pas : « Mais alors, pourquoi on ne les a pas sauvés ? » Puissance salvatrice de la langue, illustration parfaite non pas de l’Institution majuscule, mais de la communauté, minuscule et énorme à la fois. Tu as mes mots, tu es ma voix, tu parles franc. Je te reconnais, mon frère. »

Chroniques

8H55
4 min

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La Séquence des partenaires : Lundi 14 mars 2016
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