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Et maintenant ?

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Maintenant que les trois jours de deuil national sont terminés, maintenant que le Président de la République a parlé devant les représentants de la nation maintenant que la vie est contrainte, bon an mal an, malgré la tristesse, malgré la peur aussi, de reprendre son cours… que fait-on ? que va-t-il se passer ?
Il faut « Penser l’après » nous enjoint Guillaume GOUBERT dans son édito dans la Croix… Le journal titre « Comment éliminer DAECH » et pour la majeure partie de la presse ce matin… Après… c’est la guerre. Penser l’après, c’est penser la guerre de l’après…

La Tour Eiffel aux couleurs tricolores, lundi soir
La Tour Eiffel aux couleurs tricolores, lundi soir Crédits : Reuters

« Le plus important, écrit Guillaume GOUBERT, est de se demander ce qu’on fera demain. Ces dernières décennies, les puissances occidentales ont mené des opérations armées en Irak et en Lybie sans se poser suffisamment la question de ce qui se passerait une fois la victoire acquise. Il en a résulté un chaos durable. »

« Quel combat ? » s’interroge également Jean-Emmanuel DUCOIN dans son édito dans l’Humanité. « François HOLLANDE comme la plupart des « grands » dirigeants du monde, refusent pour l’instant de répondre à la seule question qui devrait les hanter et dicter leurs actes comme leurs commandements : convient-il de gagner « la guerre » ou de contribuer à y mettre fin ? »

Cette guerre, à en lire les journaux de ce matin, pose plus de questions qu’elle n’engage de certitudes… « La diplomatie française est-elle prête à sortir, vraiment, de ses ambiguïtés ? demande encore Jean-Emmanuel DUCOIN. La principale est connue de tous : elle tient dans ce faux parallèle établi en toutes circonstances entre DAECH (…) et le régime de Bachar AL ASSAD, dont nous sommes les premiers à souhaiter l’éradication, un jour ou l’autre, dans un second temps, pour dire les choses clairement. »

« Face à l’expansionnisme criminel de DAECH, Vladimir POUTINE est devenu présentable, ajoute Patrice CHABANET dans le Journal de la Haute Marne. Plus question d’exclure la Russie de la coalition chargée de briser les reins du pseudo-Etat Islamique. C’est une incontestable victoire de Vladimir POUTINE. »

« Vladimir POUTINE jubile, relève le correspondant en Russie de la Croix, Benjamin QUENELLE. Pour le moment, le président russe se voit plus que jamais en faiseur de paix et en donneur de leçon. « La France faisait partie des pays qui ont adopté une position très dure envers le sort personnel du président AL ASSAD. Nous avons entendu tout le temps de nos amis français que le règlement de la question de son départ devait être une condition préalable pour des changements politiques. Est-ce que cela a protégé Paris contre l’attentat terroriste ? Non, a asséné Vladimir POUTINE. »

Les lignes bougent mais les questions demeurent…

Et il faut peut-être revenir à la toute première de ces questions… si l’après, c’est la guerre… Quelle guerre, s’interroge FAVILLA dans son billet dans les Echos.

Il n’y a pas qu’une seule guerre… il y a celle contre DAECH dont on vient de parler, mais il y a « une seconde guerre, plus insidieuse, et regardons-la en face, plus française, écrit FAVILLA. Il s’agit de la guerre des valeurs entre la théocratie fondamentaliste et la démocratie occidentale dont l’expression la plus emblématique est ce qu’il est coutume d’appeler la laïcité à la française. (…) Il va falloir mener un combat sans merci contre la propagande menée sur Internet, dans les mosquées, dans les quartiers par les islamo-fascistes tout en veillant ardemment à ce que la grande masse des citoyens musulmans modérés demeure dans le camp démocrate, selon l’éditorialiste »

Sans compter la guerre contre nos propres pulsions obscurantistes et discriminatoires, une guerre bien mal engagée si on en croit cet article de l’Humanité, intitulé « les agression se multiplient depuis samedi », article qui recense la cohorte d’actes et d’agressions racistes et islamophobes, qui vont du tag d’incitation à la haine, à la tentative de meurtre. « A Cambrai, un homme d’origine turque, dont les jours ne sont pas en danger, a été la victime d’un tireur qui s’est ensuite suicidé. Le blessé « semble avoir été choisi au hasard, parce qu’il avait une couleur de peau qui ne convenait pas au tireur », a indiqué le procureur de la République. »

Et maintenant… si on commençait aussi à faire un peu plus attention aux mots.

Evidemment, c’est notre responsabilité, en tant que journalistes, en tant que notre parole est publique, de prendre la pleine mesure de la portée de notre discours dans l’image et le sens que nous transmettons du réel à nos concitoyens qui nous écoutent.

Et maintenant, il est plus que jamais temps de faire preuve de vigilance, de précision dans le choix des mots que nous employons… d’éviter les facilités, les raccourcis, les expressions tristement polysémiques… (je pourrais faire ici par exemple un sort à "se faire sauter"... si vous prenez l'expression hors contexte, comme dans "vendredi soir, il/elle est allé se faire sauter au Bataclan", on mesure toute la bêtise et la vulgarité de la locution)… Alors rassurez vous, je ne me remets pas tout de suite à mes petites anecdotes étymologiques… mais je vous enjoins à lire en ce sens la passionnante tribune de Pierre ZAOUI dans les colonnes de Libération… sur « le triple embarras du mot barbare »…

1er embarras : dans l’Antiquité, le mot barbare désigne avant tout celui qui ne parle par la langue grecque, pendant les Croisades, c’est le non-catholique, le sarrasin. Bref, barbare, c’est le mot de l’amalgame par excellence. 2ème embarras : le barbare, c’est d’abord celui qui croit en la barbarie de l’autre le pire des aveuglements est de croire le monde par nature divisé entre barbares et civilisés. Enfin, 3ème embarras ce sont les superlatifs qui sont accolés au mot : on parle des terrioristes du 13 novembre comme de « barbares absolus ». Comment qualifier alors ce que subissent les peuples de Syrie, de Lybie, du Yemen ou du Soudan.

Pierre ZAOUI conclut : « Tant qu’on ne sait pas comment éradiquer DAECH et gagner cette guerre qui frappe sur notre propre territoire, contrevenir de toutes nos forces à l’introduction, au cœur de la société française, du sentiment de barbarie, est notre devoir le plus urgent. En particulier, en arrêtant de parler au plus vite de barbares, et de barbarie. »

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