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Le 10 Downing Street

Europe, frontière de l'infini

6 min
À retrouver dans l'émission

La sortie du Royaume Uni de l'Union Européenne pose les questions des frontières : frontières nationales et frontières européennes ; l'avènement du temps des craquements.

Le 10 Downing Street
Le 10 Downing Street Crédits : Stefan Wermuth - Reuters

Un infini qui vient de trouver ses limites ce matin… avec le vote des britanniques en faveur du Brexit… alors évidemment vos journaux papier ne sont pas à la page, l’information étant tombée tôt ce matin… néanmoins, on trouve quelques articles, quelques éditos éclairants sur ce résultat… comme Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre qui écrivait dès hier soir : « La crise d’identité que vit l’Angleterre porte en elle toutes les questions que les Européens se posent. Le référendum voulu par CAMERON aura simplement servi de révélateur à tout le continent, ce qui le rend exemplaire. (…) La violence des débats et des fractures que cette question provoque font partout le jeu des populistes et de l’extrême droite. Il faudra tordre le cou à d’autres chimères pour sauver l’exception européenne dans un monde de violences. Le rétablissement des frontières en est une. L’Europe ne peut se transformer en forteresse. Elle ne peut davantage sacrifier les plus précaires sur l’autel du libre marché. »

De même, Denis DAUMIN propose cette réflexion, que l’on peut rééclairer par les résultats de ce matin : « On ne redessine pas la géographie, on s’en accommode. On ne réécrit pas l’Histoire mais on peut l’infléchir. »

Et si je plaçais cette revue de presse sous le signe des frontières… c’est parce que ce Brexit pose précisément la question des frontières de l’Europe qu’il redessine… « Après le vote britannique, quelles frontières pour l’Europe » s’interroge dans ses colonnes La Croix ce matin… avec le géographe Michel FOUCHER… Selon lui, « la question anglaise n’est pas seulement « Union Européenne ou pas » mais « Que voulons-nous être dans le monde tel qu’il est ? Ouverts ou fermés ? Acteurs ou repliés dans un cottage très agréable ? ». C’est au fond une question de projet national. »

Pour Daniel COHN-BENDIT et Sylvie GOULARD, interviewés dans Libération, ce référendum britannique est le signe que l’Europe a besoin d’une « Nouvelle Frontière ». Selon la députée européenne, « Jusqu’à présent, le processus d’élargissement et d’approfondissement de l’Union, quoi que chaotique, a été continu. Personne ne l’a jamais remis en cause au point de vouloir quitter l’Union. Si c’est un non clair, ce sera la première dislocation de l’Union. » Sylvie GOULARD poursuit : « C’est la faillite des Etats, pas de l’Europe. C’est tout le problème : le projet européen est pris en tenaille entre les niveaux nationaux et le niveau mondial. (…) Il pourrait y avoir dans le référendum britannique un aspect positif : inciter à mettre au clair le projet européen – Personne n’est satisfait, mais aucun Etat ne propose des changements. (…) Nous avons besoin d’une « Nouvelle Frontière », d’un nouveau rêve comme en son temps le défi américain d’aller sur la Lune. L’UE mérite mieux que d’être vendue par la peur ou le coût de la dislocation. »

Pour le reste, il faut se tourner vers internet

Oui, tous vos journaux sont en édition spéciale depuis tôt ce matin…

On relira par exemple, sur libération.fr ce reportage prémonitoire, posté hier soir dans les rues de Londres et titré « Le problème d’un référendum, c’est que les tripes l’emportent toujours sur la tête »… et les tripes ont parlé ce matin… pas seulement en Grande Bretagne… le leader populiste néerlandais Geert WILDERS a d’ores et déjà réclamé l’organisation d’un référendum dans son pays… Vous pourrez lire sur le Figaro.fr un article intitulé « Brexit, le risque d’un effet domino »… : « Le risque est grand, en effet, que d'autres pays ne s'engouffrent dans la brèche ouverte par le Royaume-Uni, «soit en organisant à leur tour un référendum, soit en usant de chantage, en brandissant cette menace si Bruxelles ne cédait pas à leurs exigences »

Alors, après le Brexit… le Czexit ? « En République tchèque, c'est le premier ministre lui-même qui a averti ses pairs dès le mois de février: en cas de Brexit, «un débat sur le retrait de la République tchèque sera à attendre dans quelques années ».

Libération veut croire l’inverse… dans son article « Cinq raisons pour que Londres parte »… la raison numéro 2 est « pour décourager les europhobes »… En effet, « le départ du Royaume-Uni donnera une leçon grandeur nature à tous ceux qui pensent qu’une fin de l’Union serait sans douleur. (…) le Royaume-Uni sera désormais traité comme un simple pays tiers ne bénéficiant d’aucun accès privilégié au marché unique, ce qui incitera de nombreuses compagnies à délocaliser sièges et productions sur le continent. Pire, Londres perdra les chambres de compensation en euros, la City cessant ipso facto d’être la place financière de la monnaie unique. (…) Bref, la sortie de l’Union va s’avérer douloureuse pour l’économie et la souveraineté britannique, dont on va s’apercevoir qu’elle n’est finalement pas si souveraine que ça. »

Enfin, pour l’Opinion.fr… ce n’est pas tant la dislocation de l’Europe qui pointe, mais avant toute chose la dislocation de la Grande Bretagne… « L’avenir du Royaume-Uni en tant que tel est en péril. L’Angleterre et le Pays de Galles ont voté en faveur de la sortie alors que l’Irlande du Nord et l’Ecosse se sont prononcés pour un maintien dans l’UE. L’Ecosse « a clairement démontré qu’elle voyait son avenir au sein de l’Union européenne », a déclaré la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon. » Le Sinn Fein a lui dès ce matin envisagé la réunification de l’Irlande…

Ce qui fait écrire à Laurent JOFFRIN dans son édito en ligne… « Un vote négatif ? Non, Majesté, une révolte populaire. Par un score sans appel, contre les avertissements de la grande majorité des élites économiques, intellectuelles, politiques ou syndicales, le peuple britannique a choisi de rompre avec l’Union européenne. La Manche était une mer. C’est maintenant une douve. »

C’est l’avènement du temps des craquements

Ce sont les termes de Roger-Pol DROIT dans les Echos… « Entendez-vous ? A Londres, à Paris, à Berlin, à New York, de tous côté se perçoivent des craquements. (…) Du Royaume-Uni à la Grèce, de la Hongrie à l’Allemagne, ce ne sont que risques croissants de dislocation, référendums et manifestations qu’il s’agisse de sortir de l’Europe, d’y accueillir les migrants ou d’en définir la politique et sa feuille de route – et les ébranlements qui s’ensuivent sont encore plus sonores. »

« Dans ces grincements multiples, chacun connaît les causes enchevêtrées : stagnation économique, mutation du travail, montée des populismes, résurgence du fanatisme… Sans oublier les pannes de grands idéaux, l’éclipse des horizons collectifs, les récits politiques qui bégaient. »

Des horizons bien sombres… néanmoins, Roger-Pol DROIT conclut que « le temps des craquements n’est pas nécessairement prélude aux catastrophes. Il est aussi prologue aux renaissances, préambule aux reconstructions. Peut-être. Car pencher d’un côté ou de l’autre dépend d’une multitude de facteurs – parmi lesquels notre responsabilité. Qui n’est jamais totale, ni jamais nulle. »

Chroniques

8H55
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La Séquence des partenaires : Vendredi 24 juin 2016
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