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Evaluation/sanction

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À retrouver dans l'émission

Evaluation/sanction : de la réforme de la notation à l'école et au collège, du rapport de la Cour des Comptes sur les coûts du lycée français, et de la résistance inattendue des médias "traditionnels".
Il est question de notation ce matin et des divers moyens d’opérer une évaluation/sanction ; vous-même le savez, qui avez été évalué et sanctionné il y a peu par nos confrères du FIGARO par la note de 14/20. Où l’on se remémore que la sanction n’est pas nécessairement punition, mais au contraire une validation, positive ou négative, du travail et de l’évolution d’un tiers, conditionné par les normes de la situation sociale dans laquelle cette sanction se situe.

salle de classe
salle de classe Crédits : Clio

Voilà donc que dans ce rapport évaluation/sanction, « L’école tourne le dos aux notes… sans les interdire » pourrez-vous lire dans La Croix. La ministre de l’éducation doit annoncer aujourd’hui une réforme de la notation de la primaire au collège ; selon le journal, il s’agira désormais d’évaluer les connaissances et les compétences sur cinq grands socles : le langage, les méthodes, la formation citoyenne, les systèmes naturels et techniques, et les représentations du monde.

Les enseignants seront donc tenus de « positionner » les élèves sur une échelle non chiffrée, mais qui comportera quatre degrés de maîtrise, explique Denis PEIRON, seul le degré le plus faible signifiera à l’enfant qu’il n’a pas atteint le niveau suffisant, là où aujourd’hui, avec le système de notation « classique », la moitié de l’échelle (en dessous de la moyenne) signifie l’échec… et est donc vécu comme une sanction, dans l’autre acception du terme.

Il faut préciser que, dans ce nouveau système, la notation sur 10 ou sur 20 ne sera pas interdite, « pas question de donner des arguments à ceux qui l’accusent de vouloir casser le thermomètre » ni prendre le risque de déclencher une « bataille de la notation » qui viendrait attiser la grogne contre le nouveau collège. » précise l’article.

Parce que dès qu’il est question de réviser les méthodes de sanction, c’est tout un pan de la société, attaché à la notion d’autorité qui se braque. C’est l’interminable débat français autour de la docimologie… mon hapax du jour qui est généreusement fourni toujours par la Croix : de dokimé , épreuve et logos , raison, un terme utilisé par le français Henri PIERON en 1922 pour désigner la science et la pratique du contrôle des connaissances, largement dédramatisé dans les pays Scandinaves sans que les élèves en pâtissent mais qui, chez nous, soulève encore un vaste théâtre de passions.

Et pendant que le gouvernement veut revoir l’évaluation, la Cour des Comptes, elle, sanctionne

Et la sanction est sans appel : « médiocre, nul, décevant », pour le coup on ne ménage pas la susceptibilité de l’élève sanctionné. C’est le lycée français qui est dans le collimateur des sages de la rue Cambon. Un lycée trop cher et médiocre, titrent Les Echos, aux résultats décevants, pour le Figaro qui rappelle, via l’édito de Laurence de CHARRETTE, que « dans la vraie vie, l’évaluation sanction existe bel et bien. La Cour des Comptes vient de le rappeler à Najat VALLAUD-BELKACEM ».

Rapport qui pointe que la France dépense près de 40% de plus que la moyenne des pays de l’OCDE, 26 milliards d’euros, pour un système où seul un tiers des élèves ayant obtenu leur bac décroche trois ans plus tard une licence. Un système où des enseignants en nombre plus élevé passent moins de temps devant leur classe que leurs homologues européens, note encore le FIGARO.

La Cour plaide également pour une simplification du bac, « ce rite initatique, avatar de l’élitisme républicain » selon Pierre FREHEL du Républicain Lorrain. « Et tant pis si à cause de lui se perpétue un système scolaire structurellement inégalitaire. Le baccalauréat offre seulement une illusion de réussite aux enfants des milieux défavorisés qui parviennent à le décrocher, mais il ne représente qu’une séquence ordinaire dans la fabrication des élites sociales », conclut l’éditorialiste.

D’évaluation à évolution… il n’y a qu’un A

Un A que je n’hésite pas une seconde à gommer, avec ma vraie gomme au bout de mon crayon, et non pas avec une impulsion sur la touche « suppr » de mon clavier - non que je sois foncièrement conservateur et réfractaire au numérique, loin s’en faut - mais parce que les Echos nous apprennent ce matin que « face au tsunami digital, les vieux médias font de la résistance » !

Absolument… alors que la doxa voudrait que le papier soit mort, la télévision has been, la radio agonisante (à tel point qu’il faudrait regrouper tout l’audiovisuel public dans le giron d’une seule et même entité, « France Médias » et fusionner toutes les rédactions sur le modèle de la BBC – voire de l’ORTF, selon un rapport du Sénat cité par Le Figaro et les Echos)… eh bien ces mêmes Echos nous apprennent ce matin que non, nous ne sommes pas encore prêts à être voués aux gémonies de l’oubli.

« Alors que les salariés de l’Express qui accusent leur nouveau propriétaire, Patrick DRAHI, d’être prêt à – ouvrez les guillemets – « anéantir un des fleurons de la presse française » en réduisant ses effectifs », fleuron qui, comme vous l’évoquiez tout à l’heure dans votre billet Guillaume, titre cette semaine « Migrants : pourquoi les français n’en veulent pas ».

Eh bien Nicolas MADELAINE montre dans son article comment, en dépit des apparences, les vieux médias font de la résistance. Dans la presse, le « Wall Street Journal » investit sur ses éditions papier européenne et asiatique, grâce à un retour structurel de la publicité sur le print. En France, les Echos, justement, lancent vendredi un magazine week-end et le Figaro vient de publier un supplément art de vivre. Le Financial Times s’est lui vendu après une longue bataille pour près d’un milliard et demi de dollars, soit 35 fois le coût de ses cash-flows opérationnels.

Même la pub à la télé a rebondi d’un petit 2% au premier semestre.

Donc vous serez gentil Guillaume, la prochaine fois que vous voudrez dans votre billet d’humeur de 7h29 exercer une sanction sur la Une d’un hebdomadaire papier, vous prendrez quelques secondes pour réviser vos méthodes d’évaluation.

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