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Expériences concrètes

6 min
À retrouver dans l'émission

On commence par un débat ?

par Thomas Baumgartner

Un débat à multiples voix dans le journal L’Humanité ce matin. L’Huma qui revient sur le scandale des abattoirs, et ces images en caméra cachée qui avaient dévoilé des actes de cruauté à l’égard des animaux. Le philosophe Francis Wolff parle à ce sujet d’une « réprobation salutaire », mais dit-il « rien n’est simple au pays de l’indignation facile ». « Les animaux sont écrasés par ce système qui marchandise le vivant, mais ils ne sont pas victimes de ‘l’homme’ en général, comme le répètent ceux qui opposent l’Homme, éternel bourreau, à l’animal, éternelle victime ». « Ce qui existe, c’est une immense variété de formes de vie. C’est aussi mille histoires entre hommes et animaux, des récits d’apprivoisement, d’amitié, de coexistence ou de combat – qu’on ne saurait réduire à cette pathologie qu’est l’élevage industriel ». « Ces animaux de rente, qui nous donnent depuis plus de 10 000 ans leur miel, leur lait, leur cuir ou leur viande, nous avons le devoir de les élever dans des conditions qui les préservent des prédateurs et respectent les exigences biologiques de leur espèce », écrit le philosophe. « L’oubli du contrat moral que nous avons vis-à-vis des autres espèces n’est qu’un aspect de la folie du productivisme contemporain et il est la cause profonde des scènes horribles des abattoirs. » L’écrivain Vincent Message, sur la même double page de L’Humanité, considère lui qu’en la matière un changement viendra et « se fera par le bas ». Il dit : « Il est assez illusoire de penser qu’on peut abattre chaque année en France 747 millions de poulets, 23 millions de cochons, 4 millions de bovins en leur garantissant les conditions d’une vie décente ». Et il ajoute : « Le changement réel est entre nos mains ». « En France, la première étape pourrait être, très simplement, de créer du choix là où l’alimentation omnivore est pour l’instant posée comme comportement par défaut. » « Il reste très difficile dans l’espace public de manger végétarien », dit-il. « Il n’est pas normal que s’alimenter sans tuer soit encore un parcours d’obstacle ». Voilà donc deux contributions à lire dans l’Humanité ce matin…

Il y a manifestement du concret dans la presse ce matin ?

« Qu’est-ce qu’on fait, là, maintenant, tout de suite » ?, c’est effectivement une question qu’on trouve en filigrane ici où là. Par exemple dans Le Monde daté d’aujourd’hui. Avec le reportage de Maud Dugrand à Saillans, ce village de la Drôme de 1200 habitants, qui expérimente la municipalité participative, très concrètement depuis les élections de mars 2014. L’histoire commence par une mobilisation contre l’implantation d’un supermarché en 2013. Manifestations, pétitions… La mobilisation est réussie et donne lieu à une liste intitulée Autrement pour Saillans. Qui l’emporte au premier tour avec 56,8% des voix. Résultats : « La nouvelle équipe décide aussitôt d’ouvrir les portes de la mairie », nous raconte la reporter. « 250 volontaires » s’inscrivent à 7 groupes de travail, sur des sujets comme « l’école, la rivière, la circulation, les parkings, le lien social, la santé, la salle des fêtes »… « Un ‘conseil des sages’ veille au respect de l’éthique du projet : transparence, collégialité et participation, le nouveau tryptyque des Saillansons ». « Une équipe locale a émergé autour d’une mobilisation. Un programme a ensuite été élaboré collectivement, sans leader. L’expérience de Saillans n’a rien de révolutionnaire », répond le sociologue Loïc Blondiaux dans l’article. « C’est l’essence même de ce que devrait être la politique locale. Reste à savoir si le défi que Saillans lance à la démocratie peut s’étendre ». « Le défi de Saillans, pour l’heure, est la maturation de l’exercice démocratique », confirme Maud Dugrand dans son article. « Nous ne sommes pas très bons sur le budget », explique l’adjointe aux finances. « Cette matière n’attire pas les foules. Nous cherchons des outils pour faire venir les citoyens. » Il reste encore des « rétifs » au village, mais l’expérience suscite enthousiasme et curiosité aux alentours. C’est de la « politique en circuit court », et c’est le titre de cet article à retrouver dans Le Monde daté d’aujourd’hui…

Une autre forme de « concrétude » pour répondre à l’époque, on la trouve dans un article de Vice news, vice.com. Un article signé Clément Genty, intitulé : « Ce que l’on voit quand on fait l’armée en 2016 ». Clément Genty raconte à la première personne (c’est de mise sur Vice news) son engagement dans l’armée, dans un moment où ce geste de l’engagement militaire faits l’objet de campagnes de publicité de la part du ministère de la Défense. Le journaliste s’attache en particulier aux rencontres qu’il fait : « J’écoutais avec intérêt plusieurs de ces candidats à l’engagement me narrer leur vie personnelle », raconte-t-il. « Celle-ci était souvent faite de déboires familiaux, individuels et professionnels. Il était intéressant de considérer leur regard sur l'Armée et leur espoir de l'intégrer afin, somme toute, de s'intégrer à la société elle-même. » Plus loin, il remarque que : « L'origine sociale des apprentis soldats, de même que le type de diplôme qu'ils avaient acquis ou leur profession, n'était jamais mise en avant. Un nombre important de fils et filles de bonnes familles était présents, et ces derniers se mêlaient sans mal aux anciens mauvais élèves. Ici, leur statut n'importait plus. L'énarque, le normalien ou le juriste était ainsi tenu de faire leurs pompes comme tout le monde et de se conformer à la rigueur militaire. » « Aujourd'hui, je revois certains aspirants soldats et nous échangeons ensemble sur tel ou tel sujet. Ils sont devenus des amis. Pour ma part, je suis heureux d'avoir retrouvé la vie civile. Le vin me manquait. » Le récit d’un engagement (temporaire) et la (re)découverte de ce qu’est l’engagement militaire, c’est à lire sur vice news, Vice.com

Se frotter aux institutions, c’est aussi un aspect d’un reportage qu’on trouve dans Libération… Un reportage en immersion dans des « stages de citoyenneté », ces confrontations au tribunal entre des auteurs de délits comme des outrages, des vols… considérés comme sérieux , « mais pas suffisamment pour passer par la case procès », et des représentants de la police et de la justice. Et effectivement, nous dit Sylvain Mouillard dans Libération, c’est parfois l’occasion pour certains protagonistes « d’une première rencontre approfondie avec les institutions françaises ». L’un des intérêts du stage est plutôt trivial, nous dit-on : « désengorger un système judiciaire débordé », bien sûr. « L’autre intérêt est pédagogique : permettre aux justiciables d’entendre différents intervenants censés leur apporter une expertise professionnelle, humaine, culturelle ». Et ces confrontations ne se passent pas sans heurts. Un des justiciables présents dit « avoir l’impression d’être aux alcooliques anonymes », un autre dit « perdre son temps ». Les débats sont tendus. Pour autant, les stagiaires entre eux « font preuve de bienveillance, les plus expérimentés donnent des conseils à ceux qui sont un peu perdus ». Un homme dit « apprendre plein de choses ». « J’ai passé un très bon moment avec les jeunes », dit un commercial de 49 ans qui est là parce que, nous explique-t-on, il a envoyé « une lettre un peu trop fleurie » au sous-préfet de son département. « Si on se croisait dans la rue, peut-être qu’ils nous traiteraient de sale bourge, moi et mon costume. A l’inverse, je me dirais peut-être que ce sont des délinquants. Or, on voit qu’ils sont dynamiques, qu’ils se bougent. » « Ce mélange de gens de tous les niveaux », dit-il, « ça m’a rappelé l’armée ». Décidément…

Pour terminer, un mot sur Ronit Elkabetz, la comédienne et réalisatrice israélienne qui est morte hier d’un cancer à l’âge de 51 ans. Toujours dans Libération, Anne Diatkine revient sur son parcours. Et notamment sur sa première audition, après qu’elle a été repérée dans la rue. Elle pensait que c’était pour une « publicité ». Puis elle a compris qu’il s’agissait d’une fiction et « qu’il s’agissait d’incarner toute une vie ». « C’était fou », disait-elle. « Lorsqu’on m’a rappelée pour m’annoncer que j’étais prise, j’ai compris que jusqu’alors, j’avais été une homeless, une sans domicile fixe, dans ma propre vie et que je venais de trouver mon toit ». « En 2000, star de 36 ans en Israël, elle a quitté son pays pour la France, où elle était inconnue et dont elle ne parlait pas la langue », rappelle Anne Diatkine. « J’aurais très bien pu continuer d’enchaîner les projets en Israël, mais j’avais besoin d’ouvrir une nouvelle porte », disait Ronit Elkabetz. « Impossible d’être actrice dans un pays dont on ne connaît pas le langage. Elle entre chez Ariane Mnouchkine pour un stage, mais se retrouve surtout à faire la vaisselle », nous raconte-t-on. « Pendant qu’elle briquait assiettes et tasses sales, son téléphone sonnait pour lui proposer d’être Lady Macbeth ou Cléopâtre dans son pays. Faut-il partir pour exaucer une vocation cachée même à soi-même ? C’est en France, loin des siens, que le besoin de faire ses films autobiographiques et incandescents a pu émerger. » « Elle travaillait ces derniers temps sur une autre héroïne de la vie réelle », lit-on dans Libé. « Un genre de double, au moins pour l’intensité : Maria Callas ».

Bonne journée !

Chroniques
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3 min
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La Séquence des partenaires : Mercredi 20 avril 2016
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