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Un casseur place de la Nation en marge de la manifestation du 28 avril

Gnagnagna

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Violences dans les manifestations, Nuit Debout, intermittents : mauvaise humeur générale dans la presse ce matin

Un casseur place de la Nation en marge de la manifestation du 28 avril
Un casseur place de la Nation en marge de la manifestation du 28 avril Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

ça râle ce matin dans vos journaux… ça râle à tout bout de champ, ça râle à juste titre contre les violences qui ont émaillé les manifestations d’hier, mais ça râle aussi contre Nuit Debout, ça râle contre les intermittents, bref… l’humeur du jour de la presse est assez « gnagnagna » pour paraphraser un célèbre penseur contemporain…

Premier motif de mauvaise humeur je vous le disais… les violences en marge des cortèges hier un peu partout en France… le Parisien a même choisi d’en faire sa Une… « la loi de la violence », voyez, sur une photo d’un jeune, le visage masqué, dans la fumée des lacrymogènes, en train de lancer un projectile, on ne distingue pas bien quoi… Le Parisien a donc choisi de consacrer trois pleines pages à ces débordements… « De la manifestation à la bataille rangée », « Trois heures de guérilla à Paris », « des débordements dans toute la France »… bref, le tableau est complet… ce que résume Frédéric VEZARD dans son édito, quitte à faire des liens un peu hasardeux : « Le mouvement Nuit Debout s’est installé, sans que personne ne sache ce qu’il réclame exactement. Dans cette situation figée, les impatiences se sont muées en tensions, les tensions en affrontements physiques. » Fermez le ban.

Nicolas BEYTOUT lui aussi est remonté comme un coucou, contre Nuit Debout… « tout près de ce que l’histoire a produit de pire » écrit-il, rien de moins… un dangereux groupuscule d’ultra gauche qui rappelle – je résume – les plus sombres heures du stalinisme selon l’éditorialiste, qui parle d’un « danger absolu »… « Maintenant que des syndicalistes pensent faire jonction avec ces militants d’un autre siècle, il serait temps d’y mettre fin avant que le doux rêve de quelques-uns ne tourne au cauchemar pour tous », conclut-il… juste au-dessus de la Une du jour – on appréciera – et du visage souriant de Marine LE PEN, titré « Un an pour ne plus faire peur ». Cherchez l’erreur.

Cette mauvaise humeur générale, elle est partagée par plusieurs éditorialistes, comme Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre : « Quand elle ne donne pas lieu à des batailles rangées comme à Paris, Nantes, Rennes ou Marseille, cette quatrième mobilisation en deux mois tourne en boucle. (…) Depuis hier et les graves blessures d’un policier, le risque d’un incident majeur plane sur un mouvement débordé par les violences. »

Bref, vous le voyez, l’heure n’est pas vraiment à la clémence avec le mouvement social… loin s’en faut. « La violence ne sert jamais un mouvement social, résume Bernard STEPHAN dans la Montagne. Qu’il s’agisse de la violence policière quand les images du coup de poing au visage d’un jeune manifestant font le tour de la toile, qu’il s’agisse aussi de trois policiers blessés par des lanceurs de pavés. La violence a toujours été utilisée par ceux qui d’un côté ou de l’autre veulent dévoyer les mouvements, briser les solidarités, faire éclater les unités d’action, détourner les mobilisations ou les récupérer. »

Mauvaise humeur à propos des intermittents également

Et oui, pourtant un accord a été trouvé entre le gouvernement et les syndicats… on pourrait trouver ça bien, un accord… mais non, cet accord fait râler dans les colonnes de vos journaux ce matin…

Dans son édito intitulé « La prime à la rue », Jacques-Olivier MARTIN dans le Figaro estime que « Une fois de plus, les intermittents du spectacle auront réussi à sauver leur statut exorbitant qui coûte un milliard d’euros par an à l’assurance chômage. » De mauvais poil aussi Etienne LEFEBVRE dans les Echos, pour qui « l’accord sur les intermittents n’est pas à la hauteur des besoins ». « Est-il légitime que les seuls salariés du privé financent, via le régime des intermittents, une politique culturelle qui bénéficie à tous les Français ? La réponse est non », écrit-il.

« Certes, le régime de l’intermittence est d’une nébulosité remarquable, tempère Didier ROSE dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Mais ce n’est pas une raison pour exagérer. Quand le patronat veut la peau d’un système trop gourmand, il omet un détail. Le supprimer ne gommera pas le chômage des artistes et techniciens. Que l’on retrouvera dans le régime général… ou au RSA. Les pertes de l’Unedic sur les CDD classiques coûtent cinq fois plus. Cette forme de contrats ne gêne pas le MEDEF, elle. »

Ce mouvement d’humeur qui est annonciateur de l’apocalypse

Ne riez pas… c’est une thèse tout à fait vraisemblable, défendue ce matin par Roger-Pol DROIT dans les Echos… Le philosophe théorise sur les forces de dissociation et sur la zizanie idéologique qui règne dans le pays… : « un président parvenu à diviser les siens sans rassembler les autres. Une opposition dispersée en une gerbe de candidats rivaux. Des électeurs qui, pour les trois quarts, considèrent la classe politique comme corrompue (…). Une économie poussive, des conflits sociaux endémiques, une déprime chronique. Somme toute, un pays qui ne paraît plus gouverné ni gouvernable. »

Roger POL DROIT qui n’est pas très tendre non plus à l’égard de Nuit Debout, jugez-en plutôt : « On peut même se demander parfois si le pays est encore pourvu de simple bon sens, quand on y voit s’assembler la nuit, çà et là, des groupes infimes de rêveurs autistes pour raconter des histoires à dormir debout, et la presse en frémir pendant que le pouvoir regarde ailleurs. » Bref, pour Roger-Pol DROIT, « cette cacophonie stérile signale que la France s’effrite. » On n’est pas loin de l’apocalypse…

Alors pour remettre un peu de liant, pour lutter contre l’humeur gnagnagna du jour… allez donc vous réfugier ce matin dans La Croix… qui vous propose de « cultiver le bonheur ». « Qu’est-ce que le bonheur, écrit Isabelle de GAULMYN dans son édito ? (…) Faute de pouvoir le définir, la Fabrique SPINOZA a contourné la difficulté en mesurant la perception qu’en ont les Français. Entreprise téméraire, alors que notre pays voit son sol quadrillé par les soldats, ses rues envahies par des manifestants, ses trains arrêtés par des grévistes, ses journaux empêchés de sortir et ses places occupées nuitamment par des contestataires… » On y revient.

Et malgré tout cela… eh bien la Fabrique SPINOZA a calculé que les Français sont heureux… et oui… quand on nous demande de noter notre bonheur individuel sur 10… la note moyenne que nous nous attribuons est de 5,9. Certes, ce n’est pas une note mirobolante mais tout de même… c’est plus que la moyenne… c’est presque 6, soyons optimistes ! Et si on entre dans le détail de ces chiffres… on retrouve un peu de bonne humeur… notamment quand on voit que 3 personnes sur quatre apprécient le lien social de proximité… le lien social ! Les gens sont heureux, avec leur famille et leurs amis… tiens donc… et puis, pour conclure… l’étude montre que les sympathisants du FN sont plus malheureux que ceux des autres formations politiques. Alors, et ce sera mon dernier mot… un peu d’amour de l’autre, bordel !

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La Séquence des partenaires : Vendredi 29 avril 2016
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