LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Guerres et paix

6 min
À retrouver dans l'émission

Plusieurs guerres sont en cours : une guerre extérieure contre DAECH, une guerre intérieure contre la radicalisation, une guerre médiatique pour conquérir l'opinion et une guerre secrète, malheureusement sous-financée. Dans toutes ces guerres, y a-t-il encore une place pour l'idée de paix ?
Guerres au pluriel… parce qu’il n’est question que de cela, je vous en parlais déjà hier… un peu plus de 10 jours après les attentats… les éditorialistes s’improvisent un peu plus stratèges militaires chaque jour… et inévitablement, la presse bégaye… que dire encore, que dire de plus, comment continuer à abonder jour après jour en analyses stratégiques, diplomatiques et politiques sur ces guerres… la guerre intérieure et la guerre extérieure…

fillette blessée à Damas, en Syrie
fillette blessée à Damas, en Syrie Crédits : Reuters

Alors on lira une fois de plus dans les journaux ce matin ces points de vue redondants qui nous expliquent que les bombardements aériens ne suffiront pas, qu’il faudrait une opération au sol pour vaincre DAECH et qu’il ne faut surtout pas réitérer les erreurs des scénarios irakiens et libyens qui ont conduit, in fine , a l’émergence de DAECH…

On lira également de nombreux commentaires sur cette guerre, intérieure, contre le djihadisme… « Le terreau salafiste » c’est la Une du Libé du jour, qui consacre plusieurs pages à cette question de la lutte contre la radicalisation… avec cette interview notamment du philosophe Raphaël LIOGIER, titrée, sous forme d’assertion paradoxale : « plus on est fondamentaliste, moins on glisse dans l’action terroriste ».

Raphaël LIOGIER y explique en substance que depuis les années 2006, 2007, il s’est produit un basculement. Dans les années 90, « Al Qaeda recrutait sur un processus lent, en partant de la théologie et d’une lecture littérale du Coran. Les jeunes recrutés aujourd’hui ne le lisent pas. (…) Ces jeunes basculent directement dans le djihad, comme s’ils devenaient musulmans a posteriori . » Raphaël LIOGIER explique ainsi que la politique intérieure française est inadaptée, parce qu’elle confond la radicalisation d’une part… et le néofondamentalisme d’autre part. Ce néofondamentalisme, comme celui que prêche l’imam de Brest, méprise l’action violente, parce que trop moderne. Il est également dans le viseur de DAECH qui y voit la concurrence la plus sérieuse à sa propagande. Ce qui fait donc dire au philosophe que « plus on est fondamentaliste, moins on peut glisser dans l’action terroriste ».

DAECH de son côté recrute des petits délinquants et se sert de leur violence et de leur déclassement pour les endoctriner pour des actions terroristes.

« Surveiller les mosquées est certes utile, conclut Raphaël LIOGIER, mais à très court terme. Il faut intervenir avant, analyser les ressorts du passage à la violence. Il faudrait des enquêtes sur les relations de ces jeunes à Internet, à la pornographie, au genre, au religieux, quels sont les impacts de la mondialisation sur cette génération… Le djihadisme ne vient pas du communautarisme, mais de la désocialisation. »

Deux autres guerres sont analysées ce matin dans la presse…

Oui, la guerre médiatique et la guerre secrète… ce sont celles qu’analyse Jean-Christophe NOTIN dans le Figaro… suite aux déclarations de François HOLLANDE le 16 novembre qui promettait d’éradiquer le terrorisme, Jean-Chistophe NOTIN écrit : « Le terrorisme est une arme, une tactique, celle des faibles en général il ne peut pas plus être éradiqué que l’artillerie ou le combat de rue. (…) Les dernières décisions militaires des autorités françaises sont du même bois. Sauf que le départ du porte-avions Charles de Gaulle et la multiplication des frappes aériennes donnent une idée exagérée de la capacité de nuisance de la France : à vrai dire, même en déployant au dessus de la Syrie toutes les armées de l’air de tous les pays de la coalition, l’Etat islamique sévirait toujours ».

Alors que faire ? Selon Jean-Christophe NOTIN, « proclamer urbi et orbi que la France pratique la loi du Talion, avec des « tueurs » à sa solde, c’est la rabaisser et entrer dans le jeu de l’ennemi ». En lieu et place de postures idéologiques et tonitruantes, il faut réhabiliter nos services secrets, aujourd’hui sous-exploités. « Si les armées contribuent à endiguer le mal, une partie du remède se trouve entre les mains de ces services, de la diplomatie au sens large, à qui incombe la mission d’intermédiation qui a longtemps fait la puissance de la France. Sinon, à continuer de proclamer une guerre qui est ingagnable, les autorités françaises se destinent tout droit à une grave défaite. »

Pour conclure Nicolas… face à tant de guerre, que faire quand on aspire à la paix ?

Pas évident en ces temps obscurs de se proclamer pacifiste, au risque de se faire au mieux traiter de gentil idéaliste naïf, souvent de « droit-de-l’hommiste geignard ou de sale post-soixante-huitard pourri par la culture de l’excuse, ou au pire de se faire virtuellement, voire directement pour les plus belliqueux, cracher au visage.

« C’est la paix qu’il faut gagner » titre pourtant Maud VERGNOL dans son édito dans l’Humanité. « L’enjeu aujourd’hui n’est pas de savoir comment gagner la guerre, mais comment contribuer à y mettre fin. (…) L’unité nationale ne consiste pas à siffler « silence dans les rangs » et étouffer les voix de la paix et du progrès. Celles-ci demeurent, plus que jamais, la solution » écrit l’éditorialiste.

Et on lira également en ce sens, non sans un certain soulagement, la chronique de Luc LE VAILLANT dans Libération, intitulée « Splendeurs et misères d’un va-t-en-paix ».

« Je ne suis pas en guerre, écrit Luc LE VAILLANT. Enfin, j’aimerais ne pas l’être. Je suis un nid de contradictions vipérines qui attend que l’anti-venin pacifiste inoculé par Jean JAURES finisse par faire son effet. (…) Parfois, j’ai des remontées d’acide vengeur. Je me sens prêt à appliquer la double loi du Talion. Une baffe ? Mon poing dans la gueule. Un attentat ? Une bombe atomique sur Raqqa. »

« Je suis un va-t-en-paix, mais je ne suis pas totalement simplet et j’admets que parfois, les armes doivent parler. Mes larmes sont celles d’un crocodile quand les drones français abattent les donneurs d’ordre massacreurs. (…) Je suis un va-t-en paix qui se méfie des dopés au tout-sécuritaire qui prolifèrent par les très mauvais temps qui courent. Cela m’angoisse, cette coalition des belliqueux et des identitaires, des vendeurs de mort et des flambeurs de peurs. Cela m’afflige que ce soit la gauche qui prolonge l’état d’urgence, qui assigne à résidence sans procès, qui pense à expulser les binationaux. Cela me terrifie que l’on donne aux policiers le droit de défourailler à leur guise. »

Luc LE VAILLANT conclut : « Je suis un va-t-en-paix. Evitez-moi d’avoir à revêtir l’uniforme de la garde nationale, fantasme de la levée en masse, délire de la nation en armes. Epargnez-moi surtout le retour des cercueils des soldats morts pour la France qui viendraient s’ajouter aux massacrés du vendredi 13, journée d’une gentillesse très particulière. Sauve qui peut la paix, svp ! »

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......