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Poing levé aux couleurs du Rainbow Flag à un rassemblement à Los Angeles

Histoires de la violence

6 min
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Après la tuerie d'Orlando : violence isolée et meurtrière d'un "loup solitaire", violence et obsession homophobe de Daech et surtout, inexorable résultat de la violence des armes à feu sur fond de record mondial des ventes d'armes.

Poing levé aux couleurs du Rainbow Flag à un rassemblement à Los Angeles
Poing levé aux couleurs du Rainbow Flag à un rassemblement à Los Angeles Crédits : Lucy Nicholson - Reuters

Histoires de la violence au pluriel parce que ce sont plusieurs histoires de la violence qui se déclinent ce matin dans vos journaux… La première, c’est l’histoire de cette violence de l’islam radical… cette occurrence si particulière, si imprévisible que l’on désigne désormais par l’appellation « loup solitaire »… ou, comme le résume le journal Le Monde : « Omar Mateen, le citoyen américain d’origine afghane à l’origine de la tuerie d’Orlando, vient une nouvelle fois d’apporter la preuve qu’un individu isolé bien armé pouvait à tout moment importer le terrorisme islamiste sur le territoire américain », comme sur n’importe quel autre territoire.

Après l’attaque similaire de San Bernardino, en décembre dernier, où un couple radicalisé avait tué 14 personnes, « Barack Obama avait d’ailleurs averti que la menace terroriste avait « évolué vers une nouvelle phase », caractérisée par des actions non sophistiquées », comme le rappelle le Figaro. Des actions isolées, revendiquées a posteriori par Daech qui a donné dès septembre 2014 dans sa revue en langue anglaise Dabiq des consignes claires : « Chaque musulman doit sortir de chez lui, trouver un croisé et le tuer (…) Il est important que la tuerie soit revendiquée au nom de l’Etat islamique pour que les médias croisés n’attribuent pas ces tueries au hasard. Ne demandez la permission à personne avant de passer à l’action » avec une mise à jour le mois dernier, où – comme le relate le Monde – les « loups solitaires » sont encouragés à « profiter du ramadan pour passer à l’action. « Faites-en partout un mois de souffrance pour les infidèles, Allah le permet » selon les mots du porte-parole de Daech.

L’autre histoire de la violence qui s’est écrit à Orlando, c’est une histoire de la violence contre les populations homosexuelles… Le Monde toujours évoque « l’obsession homophobe de l’Etat islamique » et rappelle comment, toujours dans Dabiq, Daech « accorde une place toute particulière à la dénonciation de la « déviance homosexuelle » (…) Le texte est agrémenté de photographies du traitement réservé aux homosexuels sur le territoire du califat : ils sont précipités du haut d’immeubles les yeux bandés. L’ONG Outright Action International a recensé 43 cas d’exécutions publiques à partir des vidéos mises en ligne par les propagandistes de l’EI. »

Or, avec le massacre d’Orlando, « la communauté n’avait jamais dû faire face à une attaque aussi brutale et meurtrière ». Ce qui conduit Joseph CONFAVREUX dans Mediapart à cette analyse… sous le titre « Drapeau arc-en-ciel contre étendard noir » : « Prendre la mesure de ce qui s’est déroulé au Pulse dans la nuit de samedi à dimanche dernier suppose de saisir la façon dont le djihadisme contemporain sait parfaitement comment cliver et miner les sociétés qu’il attaque. Une fois le temps du deuil écoulé, il faudra en effet résister aux tentations d’enrôler les gays et les minorités sexuelles dans un dénigrement des musulmans et de l’islam en général, en dépit de ce terrorisme qui se réclame de la religion et de ce qu’elle peut avoir d’homophobe. »

« L’EI s’accommoderait sans doute parfaitement de l’arrivée au pouvoir dans les pays occidentaux de droites extrêmes ou extrémisées, hostiles à l’islam, qu’elles aient les traits de Donald TRUMP ou de Marine LE PEN poursuit Joseph CONFAVREUX, parce que, si les registres ne sont évidemment pas les mêmes, une vision binaire et identitaire du monde irrigue aussi bien le djihadisme que les droites extrémisées d’Occident »… qui écrivent, de ce fait, d’une plume commune une nouvelle histoire de la violence.

L’autre histoire de la violence que raconte la tuerie d’Orlando, c’est celle des armes à feu…

Comme après chaque tuerie de masse sur le sol américain… une tuerie étant considérée « de masse » dès qu’elle coûte la vie à plus de quatre personnes, revient l’inévitable et impossible débat sur la limitation de la circulation et de la vente des armes à feu aux Etats-Unis… et notamment des armes de guerre, comme l’AR-15 qui a servi à Omar Mateen, « une arme à 1000 dollars » pourrez-vous lire dans le Libé numérique du jour, pour cause de grève. « Un fusil d’assaut déjà utilisé dans la tuerie de San Bernardino (14 morts), d’Aurora (12 morts) et de Newton (26 morts). »

Un débat sur lequel Barack Obama, pourtant partisan d’une restriction de la vente d’armes, a été incapable de peser. Or, la tuerie d’Orlando peut « paradoxalement servir le lobby des armes » expliquent ce matin Les Echos. « La NRA n’est jamais aussi populaire qu’après une tuerie. Basé sur la peur, son argumentaire se nourrit de ce genre d’événement » avec cette punchline, aussi sinistre qu’elle est cynique et simpliste : « la meilleure manière d’arrêter un méchant avec un pistolet, c’est un gentil avec un pistolet ». « La mesure défendue par les démocrates et la Maison-Blanche, qui reviendrait à contrôler systématiquement les acheteurs d’armes n’aurait donc eu aucune utilité concernant Omar Mateen. »

Vous serez donc certainement réjouis d’apprendre qu’en 2015, les ventes mondiales d’armement ont battu tous les records, à 65 milliards de dollars soit 6 milliards et demi de plus qu’un an plus tôt », c’est à lire dans le supplément économie du Figaro. Une tendance qui devrait se confirmer cette année avec quelques 69 milliards de dollars de ventes attendues. »

Quelles sont les raisons de cette soudaine embellie me demanderez-vous (quoi que le mot embellie résonne bien étrangement dans ce contexte)… Eh bien elles sont nombreuses : « Lutte contre le terrorisme, trafics en tout genre, tensions entre la Chine et ses voisins en Asie-Pacifique, modernisation des armées au Moyen-Orient… Les raisons ne manquent pas, dans un monde instable et dangereux » explique l’article. Avec près de 10 milliards à lui seul, « Ryad est le premier importateur d’armement dans le monde, devant l’Inde et l’Australie ». « Du côté des pays exportateurs, les Etats-Unis sont sur la première marche », suivis par la Russie, l’Allemagne, et la France à la 4ème place.

Vous qui vous demandiez Guillaume ce matin si la France va effectivement mieux économiquement, voilà donc un secteur dans lequel « la France est revenue en force en 2015 ». Et ce n’est apparemment pas fini. Selon un analyste cité par le Figaro, nous devrions même « dépasser la Russie d’ici 2018 »… et donc devenir le 2ème marchand d’armes au monde.

Et avoir le privilège de fournir de grandes quantités d’encre pour continuer à écrire, inlassablement, toutes ces histoires de la violence.

Chroniques

8H55
3 min

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La Séquence des partenaires : Mardi 14 juin 2016
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