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Hommages

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À retrouver dans l'émission

Hommage national, union nationale, symboles nationaux : un temps de concorde nécessaire, où le deuil collectif rejoint le deuil privé, où l'on se recueille pour les morts, mais aussi pour les blessés.
Pour tout vous dire, ce matin, j’aurais pu peu ou prou reprendre ma revue de presse d’hier… vous vous souvenez, sur les symboles nationaux, le drapeau français, l’hymne… le mot « pavoiser », le patriotisme, le nationalisme, tout ça… D’ailleurs, vous ne vous en seriez certainement pas rendu compte Guillaume… mais par respect et amitié pour les auditeurs, qui EUX sont attentifs, ce n’aurait pas été très correct. Et puis pour ma conscience non plus.

Hommages aux victimes des attentats place de la République à Paris
Hommages aux victimes des attentats place de la République à Paris Crédits : Reuters

Mais il faut bien avouer que ça n’était pas évident ce matin, tant les thèmes de tous les éditos recoupent ceux d’hier… A ceci près qu’aux querelles partisanes encore vives hier, s’est substitué un moment suspendu, de pause, de concorde… d’union nationale, jusque dans la guéguerre quotidienne des éditorialistes… Tenez, pour vous le prouver et pour illustrer cette union nationale, je vous propose un petit jeu, un peu de légèreté en ces moments de gravité nécessaire – c’est la seule façon que j’ai trouvé par ailleurs pour vous stimuler en cette fin de semaine... La règle est simple : Libération, ou Le Figaro… A vous de retrouver d’où provient la citation…

« Les drapeaux tricolores que l’on voit fleurir, les Marseillaises qui retentissent n’appartiennent pas à ce registre passéiste et fermé »

ou « Ces drapeaux tricolores à nos fenêtres qui hier encore n’étaient bons que pour les stades de foot. Ces Marseillaises partout entonnés à gorge déployées, qu’avant on osait à peine fredonner. »

Voilà, vous voyez, cette union nationale, ce sentiment d’appartenance, il est partout et indépendant, aujourd’hui au moins, des logiques partisanes…

D’ailleurs, Libération comme Le Parisien affichent en une les noms des 130 victimes des attentats, blanc sur noir ou noir sur blanc. Libération, rappelons-le, qui publie chaque jour depuis le lendemain du 13 novembre des portraits émouvants de chaque victime des attentats. C’est également ce que fait le Figaro aujourd’hui sur trois pages, trois interminables pages, bouleversantes, en hommage aux victimes.

Et c’est sur cette notion d’hommage que vous voulez revenir ce matin Nicolas

Oui, comme souvent interroger les mots permet de mieux comprendre la portée de l’élan collectif qui nous anime tous, individuellement et collectivement. C’est le titre du Parisien… « L’hommage »… c’est également le mot que retient aujourd’hui Etienne de MONTETY dans sa chronique dans le Figaro.

Il est intéressant de noter qu’étymologiquement, hommage vient tout simplement d’homme… c’est avec l’ajout du suffixe –age la marque de soumission que le vassal devait à son suzerain… et par extension, un témoignage de respect, de dévouement.

« Ce matin, l’hommage aux Invalides, c’est celui d’un pays à ses morts, écrit Etienne de MONTETY. Celui plein d’humilité et de recueillement que l’homme, qu’il soit politique ou de la rue, rend à ses frères assassinés. » De l’individuel, au collectif. Des victimes, à leur famille, à leurs proches, à la nation entière… c’est le titre très juste qu’a trouvé Libération « Deuil national, drame intime »… L’importance de cet hommage, pour tous ceux qui n’ont pas été directement touché par les attentats, c’est de prendre part, collectivement, à la souffrance individuelle… de prendre part, et d’en prendre une part… « Les familles des victimes entre deuil privé et deuil collectif », pourrez-vous lire dans La Croix, qui explique comment ces instants de recueillement collectif sont souvent une aide pour les familles, mais peuvent aussi être vécues comme une « intrusion » dans la sphère intime et privée…

Et c’est d’ailleurs le point de vue de l’historien Nicolas OFFENSTADT, qui explique toujours dans Libération comment selon lui, le sursaut lié aux symboles de la nation, le drapeau, l’hymne… comment ce sursaut relève davantage d’un sentiment de deuil collectif que d’un retour du patriotisme. « Il est important de rappeler que ces symboles ne disent jamais un discours unique sur la nation et sur la patrie. Ils ont toujours été polysémiques. (…) On dispose d’un nombre de symboles limités et donc en temps de crise on se saisit de ceux qui sont les plus disponibles, les plus évidents, sans pour autant les charger d’une surinterprétation. On peut s’en saisir de mille manières possibles et les acteurs chargent ces symboles de différents discours et de différents sentiments. C’est donc prématuré de parler d’un renouveau du patriotisme. »

Pour conclure Nicolas, vous vouliez rendre également hommage à d’autres victimes, souvent oubliées.

Oui, quand on dit victimes, on pense aux morts. Mais n’oublions pas, grâce à au Figaro et au Parisien notamment ce matin, les blessés. 17 vies encore en suspens, rappelle le Parisien dans un entrefilet. 94 personnes sont encore hospitalisées… dont 17 toujours en réanimation, à lutter entre la vie et la mort.

On lira le très beau papier d’Anne JOUAN dans le Figaro, titré « Les blessés, ces victimes oubliées »… Anne JOUAN qui donne la parole aux victimes d’attentats précédents, dont Pauline, 60 ans aujourd’hui, qui était dans le RER B le 3 décembre 1996. Touchée à la colonne vertébrale et aux cervicales, elle a été opérée quatre fois. « Quand le 13 novembre, elle a entendu que Paris était encore touchée, elle a appelé une amie victime de l’attentat de Saint-Michel en 1995. A chaque nouvelle attaque, les survivants s’appellent ».

Pauline qui dit aujourd’hui « Sur le moment, juste après les attentats, les journalistes et les hommes politiques parlent de nous. Pendant 15 jours, trois semaines à la limite. Puis les mois suivants, terminé, nous nous retrouvons seuls. La société abandonne ses blessés. »

Anne JOUAN qui cite également Philippe LANCON, chroniqueur à Charlie Hebdo, touché par une balle à la mâchoire, qui après 13 interventions chirurgicales, a dû réapprendre à manger, à parler, à sourire. Philippe LANCON qui de l’avis des blessés du terrorisme, a le mieux décrit cette vie. Je vous cite sa tribune publiée le 22 avril. « Je me sens coupable de mes cicatrices, car il arrive toujours un moment où je me sens seul avec elles. Seul, donc coupable, puisqu’il arrive toujours un moment où le solitaire se sent coupable de l’être, solitaire, face au groupe, aux conseils, aux injonctions quelque fois contradictoires, à l’institution qui mouline et dégurgite, au poids qu’il représente pour sa famille, ses amis, solitaire face au monde qui ne l’attend pas, face à tout. »

Pauline conclut « Et quand on revient, on nous dit « tu as de la chance, tu n’es pas morte ». Alors si en cette journée d’hommage national, nos pensées vont naturellement vers les morts… n’oublions pas un seul instant de les adresser aussi aux blessés.

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