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Humanisme 2.0 par Laurent BINET

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans ces matins des écrivains, c'est Laurent BINET qui prend la place de Nicolas MARTIN pour la revue de presse. Et ce matin : Humanisme 2.0
Parce que c’est vous, Guillaume et parce que, aujourd’hui, c’est moi, comme disait Montaigne au sujet de la Boétie, je vous propose, en un miroir tendu à notre 16e siècle, une revue de presse sous le signe de l’Humanisme 2.0, et en l’occurrence, du transhumanisme, qui inquiète La Croix puisque le journal catholique titre « Faut-il avoir peur du transhumanisme ? ».

évolution humain poussée jusqu'au transhumanisme
évolution humain poussée jusqu'au transhumanisme

Dans son édito, Dominique Greiner, constatant les avancées « des biosciences, des sciences cognitives, des nanotechnologies et de l’informatique » s’interroge sur les implications philosophiques et, disons-le, ontologiques, qui en découlent : « la compréhension même de ce qui fait l’humain, dit-il, subit un bouleversement majeur : ce qui caractérise l’homme, ce n’est plus une nature commune et immuable, c’est le changement et la singularité. »

Or, là où le 16e et le siècle des Lumières pensaient en termes de soustraction vous savez, ce qui sera plus tard reformulé par Merleau Ponty : si on me coupe une jambe, suis-je encore moi-même ? Et si on me coupe deux jambes ? Jusqu’à quand reste-on un homme ou une femme ? Cervantes ne reste-il pas Cervantes une fois devenu le manchot de Lépante ? Eh bien aujourd’hui on se pose les mêmes questions en termes d’addition et d’augmentation. Vous avez peut-être lu, cher Guillaume, Réparez les vivants , le roman de Maylis de Keyrangal paru l’an dernier ?

L’histoire d’un cœur greffé, c’est bien ça ?

C’est ça, et donc, dans le dossier de la Croix, Jean-Guillaume Xerri, biologiste chargé par l’épiscopat français d’étudier ces questions se demande : « Si demain on me greffe un cœur, une vessie, une prostate, une cornée artificiel, s’agira-t-il toujours d’une réparation ? Ou aura-t-on basculé dans l’augmentation ? »

Alors je ne sais pas si Jean-Claude Juncker s’est augmenté mais son cas qui fait la une de Libé avec le scandale du Luxleaks, vous savez, quand l’Europe s’est soudainement rendu compte qu’elle avait peut-être réchauffé un paradis fiscale en son sein, me fait pensait à une phrase de Thomas More, dans Utopia : « Que faites-vous si ce n’est créer des voleurs pour les punir ensuite ? »

Eh bien, si on y réflechit, le scandale du Luxleaks , c’est un peu ça, mais à l’envers : Le président de la commission Juncker chargé de punir, avec la sévérité qu’on imagine, l’ex-premier ministre luxembourgeois Juncker. Sauf que, comme le titre Libé, curieusement, « un an plus tard, l’évasion fiscale continue ».

Alain Lamassoure, président de la commission sur les rescrits fiscaux, constate dans un savoureux renversement de la formule sartrienne, que « chaque pays est le paradis fiscal des autres » et Libé pointe, avec la malice qui caractérise ses titreurs « les réponses évasives de l’UE ». Apparemment, « malgré qq petites avancées, les mêmes mécanismes opaques continuent. »

Ce qui a le don d’irriter L’Humanité qui s’indigne de « l’hypocrisie des politiques des pays les plus riches » et notamment de la France en train de reculer dans la lutte contre l’évasion fiscale.

« Au lieu de continuer à défendre davantage de transparence et de justice fiscale, nous dit le rapport des ONG Oxfam et le CCFD Terre solidaire qui sort aujourd’hui, le gouvernement adopte désormais une approche de plus en plus favorable aux entreprises : explosion des crédits d’impôts et promotion d’accords fiscaux confidentiels. »

A en croire ce rapport, le grand dessein de la France serait donc de devenir un mélange de la Suisse et des îles Caïman. Je me demande ce qu’en aurait pensé le Général de Gaulle.

Question purement rhétorique, vous vous en doutez, cher Guillaume, qui me permet de glisser un mot sur le parti des Républicains.

Alors quel rapport entre les Républicains et l’Humanisme ?

Eh bien, je vous remercie de me poser la question, c’est à leur approche des questions judiciaires et pénales, et tout spécialement à leurs positions sur les questions d’incarcération, dans le droit fil d’un Jeremy Bentham ou d’un Michel Foucault, que l’on reconnaît la fibre humaniste qui sommeille dans chaque Républicain. Position qui, d’après la une du Figaro , se résume comme ceci : « Justice, la droite veut en finir avec les lois Taubira »

Selon l’édito d’Yves Thréard, originalement intitulé « Tolérance zéro », il faut donc d’urgence supprimer « la contrainte pénale qui exonère de prison les individus condamnés à moins de 5 ans de détention. (…) Les peines planchers pour les récidivistes doivent être réintroduites, et les libérations conditionnelles ou réductions de peines accordées de façon automatique, reconsidérées » etc.

Bref les Républicains ont l’air bien décidés à tout faire pour se confondre avec leurs homologues américains, un pays, rappelons-le, où plus de deux millions d’individus sont en prison, et où par voie de conséquence et comme chacun sait, la délinquance a été totalement éradiquée.

Quant à moi, je repense à Thomas More : « Que faites-vous encore ? Des voleurs, pour les punir ensuite ? »

Je ne sais pas si Yves Thréard comprendrait la question.

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