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Identités

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Des identités troubles, des photos d'identité floues, des terroristes qui cherchent à nous blesser dans notre identité, individuelle et collective, à nous faire douter de nous, collectivement, au moment où le chef de l'Etat devant le Congrès cherche, lui, à incarner une identité nationale, transpartisane.
Qui sont-ils ? Qui sont ces hommes… ces hommes jeunes qui ont ouvert le feu contre d’autres hommes, d’autres femmes, jeunes ou moins jeunes, pour la plupart leur compatriotes… Quelle est l’identité de ces personnes qui, en tuant aveuglément ont nous ont visé précisément dans notre identité collective… ou tout du moins notre identité symbolique d’occidentaux, européens, français… quand bien même de nombreuses de leurs victimes s’appelaient Mohammed, Djamila ou Kheireddine… Ce massacre, ils le voulaient de tout ce qui n’est pas eux, tout ce qu’ils imaginent être l’inverse d’eux… avec pour objectif de nous atteindre au plus profond, dans notre chair, dans notre identité donc, individuelle et collective… de nous retourner les uns contre les autres, de nous faire douter de qui nous sommes…

photo d'identité de Samy Amimour
photo d'identité de Samy Amimour

Et ce qui m’a marqué ce matin, comme au lendemain des attentats de janvier… c’est dans cette quête de l’identité des bourreaux, dans le travail d’enquête pour mettre un nom et un visage sur les huit terroristes… et bien ce sont des identités floues qui apparaissent… floues au propre comme au figuré…

Prenez par exemple Samy AMIMOUR, ce « jeune de Drancy qui s’est radicalisé », titre le Parisien, et qui selon les enquêteurs fait partie du commando du Bataclan. On n’a de lui, comme de la plupart des autres kamikazes, qu’une photo d’identité grossie, aux contours pixelisés… qui renvoient à tous ces autres visages de terroristes… de Mohammed MERAH aux frères KOUACHI… à ces clichés trop agrandis, à cette « armée des clones », comme l’appelle Frédéric VEZARD dans son édito. « Il est frappant de constater à quel point tous ces tueurs se ressemblent. Ils ont le même âge, ont grandi dans les mêmes quartiers, sont tous des petits délinquants en rupture avec leur entourage familial qui basculent brutalement dans le fanatisme. »

Il y a un autre avatar de ces mauvais clichés d’identité… c’est la photo de propagande… celle d’Abdelhamid ABBAOUD, le commanditaire présumé des attaques de Paris… ce belge de 27 ans qui pose avec le drapeau de DAESH et un Coran en main, visage mangé par la barbe, devant un véhicule militaire… cette photo que vous retrouverez dupliquée dans à peu près tous vous journaux ce matin… Dans le Figaro, cette photo figure sous une mosaïque des clichés d’identité des autres terroristes, identifiés à ce jour… mosaïque de visages inexpressifs et froids, qui s’est substituée à ces autres mosaïques hier dans la presse, diverses, personnelles, colorées des victimes des attentats…

« Les Français constatent, horrifiés, que la barbarie islamiste ne vient pas d’un ailleurs lointain, écrit Alexandre DEVECCHIO dans le Figaro, mais a le visage de jeunes gens qui ont grandi en France. (…) Déshérités, déracinés, désintégrés, ils se cherchent une identité de substitution dans l’islam ou dans un ailleurs fantasmé. Certains se contentent de siffler la Marseillaise ou de brandir « JesuisKouachi » comme un étendard. Les plus fanatiques partent grossir les rangs de DAESH. »

« J’ai pu regarder l’un des assaillants, il m’a semblé très jeune, c’est ce qui m’a frappé. Ce visage juvénile, extrêmement déterminé », rapporte Julien PEARCE, journaliste à Europe 1 qui était au Bataclan pendant la fusillade vendredi soir.

Et c’est ce regard miroir, cette identité miroir qui aujourd’hui nous met si mal à l’aise… « Tous ces enfants du siècle sont le miroir d’une France fracturée par un profond malaise culturel et social », écrit encore Alexandre DEVECCHIO. Frédéric VIZARD conclut : « Il faudra juste comprendre, un jour, comment autant de garçons de 20 ans ont pu sortir de l’humanité juste là, sous nos yeux. »

Il est également question d’identité politique ce matin…

Oui, identité nationale et politique… c’est ce qui ressort des analyses du discours et des annonces de François HOLLANDE hier devant le Congrès réuni à Versailles. Et c’est l’identité du chef de l’Etat qui est en jeu… ou son incarnation en tout cas de l’identité nationale, de la fonction présidentielle…

« Si le discours du Bourget avait en janvier 2012 installé François HOLLANDE en maître de la sinuosité politique, ménageant les multiples courants du PS et de la gauche, celui de Versailles se situe à l’exact opposé (…) et présente un ensemble de propositions qui le situe sans ambiguïté du côté de la gauche sécuritaire. » écrit Cécile CORNUDET dans les Echos. Une identité redéfinie, selon l’éditorialiste : « Il bouge, il tranche, deux verbes qui ne lui étaient jusqu’ici jamais accolés. »

Analyse partagée par Guillaume TABARD dans le Figaro : « Le cap est clair : il est sécuritaire. l’heure n’est plus à la fameuse synthèse hollandaise. Des deux lignes incarnées au sein du gouvernement, il n’en retient plus qu’une. Sur le plan diplomatique et militaire, entre Laurent FABIUS et Jean-Yves LE DRIAN, il choisit LE DRIAN. (…) Sur le terrain de la sécurité, entre Bernard CAZENEUVE et Christiane TAUBIRA, il choisit CAZENEUVE. »

« Un arsenal antiterroriste très à droite » estime encore Le Parisien. Sur ce terrain là, personne n’est dupe, et surtout pas Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité, qui, sans tout à fait critiquer le « déblocage de moyens supplémentaires en faveur du renseignement, de l’armée, de la justice et des douanes », regrette que l’effort ne soit pas élargi : « Et la santé, dont on a vu combien elle était sollicitée par les carnages de Paris ? Et l’éducation ? Et la jeunesse ? L’hôte de l’Elysée est resté au milieu du gué. »

« La gauche perplexe, la droite coincée » résume Libération qui explique comment la fermeté du discours du Président a mis l’opposition au pied du mur, et gêne les écologistes et les communistes. Analyse partagée par Nathalie SCHUSK dans le Parisien, sous le titre « Le jour où HOLLANDE a piégé SARKOZY »… illustré par une photo où l’on voit le chef de l’Etat sur le perron de l’Elysée, saluer le chef de l’opposition, mais avec un petit sourire presque chafouin, voire sournois.

« Diabolique, le Président ? se demande la journaliste. Sous couvert d’unité nationale, il a tendu hier un redoutable piège à la droite, à commencer par son ennemi juré : Nicolas SARKOZY. (…) Le chef de l’Etat a même souligné que les 5000 nouveaux postes de policiers et gendarmes combleront les réductions d’effectifs… décidés par son prédécesseur. « Il a coupé l’herbe sous le pied de Sarko, c’est d’une habileté redoutable. Il est diabolique, murmure un ministre pourtant pas toujours tendre, précise l’article. »

Et c’est peut-être ça qui caractérise l’identité politique. Quelles que soient les circonstances, quel que soit le cap, quels que soient les atours. La capacité à se soustraire à la précision de l’instantané, une identité aux contours mouvants où personne ne peut tout à fait jamais prédire qui vous serez au moment où vous l’êtes.

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