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Tim CURRY en Pennywise sur l'affiche "Il est revenu" de Tommy Lee Wallace (1990)

"Il" est revenu

6 min
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La presse du jour est saisie d'une pulsion paradoxale : fascination et rejet pour Donald TRUMP au surlendemain du Super Tuesday. Le probable futur candidat Républicain est-il vraiment un clown maléfique, un agent du chaos ?

Tim CURRY en Pennywise sur l'affiche "Il est revenu" de Tommy Lee Wallace (1990)
Tim CURRY en Pennywise sur l'affiche "Il est revenu" de Tommy Lee Wallace (1990)

Est-ce que vous souffrez de coulrophobie ? La coulrophobie, c’est une peur panique des clowns… et quand vous dites « Il est revenu », vous faites implicitement référence à un clown en particulier… Grippe-Sou… Penny Wise en anglais… le clown maléfique du roman « It » de Stephen KING, « ça » en français… ou « il est revenu », dans la traduction approximative du mauvais téléfilm des années 80 où Grippe Sou était incarné à l’écran par Tim CURRY… vous savez, Tim CURRY, le Franck’n’Furter du Rocky Horror Picture Show…

Mais je m’égare… si je vous parle de coulrophobie ce matin, c’est parce que la presse française semble souffrir d’une forme particulière de coulrophobie collective… une coulrophobie mêlée de fascination… pour le Grippe Sou des temps modernes… un clown maléfique à la peau orange et aux drôles de cheveux jaunes… il s’agit bien sûr de Donald TRUMP…

« Faut-il avoir peur du grand méchant TRUMP ? » se demande Johan HUFNAGEL dans son édito dans Libération… « On le prenait pour un clown et voici que son arrivée éventuelle à la Maison Blanche ressemble de moins en moins à une bonne blague ! (…) Le personnage est cauchemardesque ! », pour Jean-Michel BOUGUEREAU de la République des Pyrénées.

Vous le voyez bien là, le visage cauchemardesque de PennyWise dans les égoûts, avec son fard blanc et ses dents pointues… ce clown à l’origine de la coulrophobie rampante de toute une génération d’enfants traumatisés… je peux vous en parler…

Mais à cette coulrophobie pour Donald TRUMP vient se superposer une sorte de fascination, je vous le disais… on ne croit pas tout à fait qu’il puisse aller jusqu’au bout… comme Dominique MOÏSI qui prédit dans le Figaro que le 8 novembre [jour de l’élection présidentielle], les américains « opteront pour la raison, refusant d’être représentés par un clown dangereux – tout en tempérant – cela dit, la surprise de son succès ces derniers mois nous incite à la prudence. » Libération dans son dossier du jour égrène les « Cinq affaires dans lesquelles Donald trempe »… des « casseroles » comme ses liens supposés avec la mafia, le soutien des suprématistes blancs et j’en passe, qui renforcent son côté « clown maléfique » - même le Joker de Batman, pourtant le plus méchant des clowns méchants, paraît plus sympathique – tout en déréalisant la possibilité de sa victoire finale.

Vos journaux cherchent à comprendre comment celui qu’ils appellent « le fanfaron à la moumoute fauve » comme Olivier BERGER dans la Voix du Nord peut à se point fédérer le vote Républicain… avec 66% d’augmentation de la participation aux primaires du Grand Old Party, là où la participation chez les démocrates est en chute libre, - 68% comme le rapporte Le Parisien…

Et pour comprendre cette ferveur… il faut convoquer Proust.

Absolument… convoquer Proust pour évoquer TRUMP, c’est renforcer encore un peu plus son incarnation d’agent du chaos… et ce n’est pas moi qui le fait ce matin… mais Lauric HENNETON dans le Figaro… dans une tribune intitulée « Le vote TRUMP : à la recherche du temps perdu », Lauric HENNETON explique que « le dénominateur commun des partisans de TRUMP est le sentiment de faire partie d’un monde de plus en plus marginalisé, d’une main d’œuvre vulnérable, d’une Amérique « éternelle » en déclin, inexorablement remplacée par une Amérique moins blanche, moins chrétienne, moins traditionnelle. »

Ajoutez à cela un rejet croissant de la classe politique dans son ensemble, et de l’Etat Fédéral en particulier… « avec 79% de mécontents, l’impopularité du Congrès est stratosphérique et Washington représente un ailleurs lointain, coupé des réalités du pays réel, au même titre que l’évocation de Bruxelles pour de nombreux Européens. Ainsi, qu’un comique aussi talentueux que John OLIVER ou qu’un dignitaire du parti républicain appellent à faire barrage à TRUMP est aussi efficace que le plaidoyer d’un commissaire européen contre Marine LE PEN », résume Lauric HENNETON.

« A la recherche du temps perdu », parce que TRUMP « joue à plein la carte nostalgique en présupposant que la grandeur des Etats-Unis a été éclipsée, et que seul lui pourra la restaurer. En réalité, cette nostalgie de la grandeur passée, (…) de l’Amérique de la série Happy Days quand la vie avait l’air plus simple, quand les classes moyennes prospéraient et quand les valeurs « traditionnelles » étaient la norme, (…) cette nostalgie est très profondément ancrée dans une histoire américaine que l’on dit généralement trop courte pour compter véritablement. »

Ajoutez à cela un soupçon d’une autre analyse, collectée ce matin dans l’Union, sous la plume de Gilles GRANDPIERRE… une lecture plus globale qui postule que « par les temps qui courent, si on veut marquer son territoire dans les joutes politiques, il est préférable de la jouer gros bras, de mouliner du biceps, de présager les pires maux. (…) La Hongrie du charmant ORBAN, la Turquie du délicat ERDOGAN, la Pologne de l’exquis KACZYNSKI. Cela prend aussi les accents du gracieux Donald TRUMP. (…) Las de ces viriles envolées, on comprendrait que les électeurs se laissent séduire par la promesse d’un avenir apaisé. D’un pays apaisé, même, ce serait encore mieux. »

Comment faire alors pour canaliser toute cette débauche d’énergie ?

Eh bien je ne saurai trop vous recommander de lire la chronique de l’ami Etienne KEIN ce matin dans la Croix. Une chronique consacrée à l’énergie, justement.

« Dans le langage courant, le mot « énergie » demeure victime d’une polysémie problématique : il désigne tout aussi bien la force que la puissance, la vigueur que l’élan, le dynamisme que la volonté », écrit Etienne KLEIN avec l’énergie qu’on lui connaît.

Or, « on ne devrait pas parler de consommation d’énergie. Car consommer la totalité d’un kilojoule d’énergie, ce n’est nullement le faire disparaître : c’est le prendre sous une forme de faible entropie (par exemple de l’électricité) et le convertir en quantité exactement égale d’énergie sous une autre forme (l’air chaud ou l’eau chaude par exemple). En bref, consommer de l’énergie, ce n’est pas consommer de l’énergie, c’est créer de l’entropie. »

L’entropie étant la tendance naturelle de tout système à aller ver un état de plus grand désordre… tendre vers un état plus chaotique… vous comprendrez maintenant beaucoup mieux comment, à force de dépenser tant d’énergie, Donald TRUMP est littéralement en train de s’incarner en agent du chaos.

Chroniques

8H55
3 min

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La Séquence des partenaires : Jeudi 3 mars 2016
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