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Jesus, Tony Parker, Bertrand Burgalat, et Bernard Stiegler

5 min
À retrouver dans l'émission

par Thomas Baumgartner
Vous me dites qu’il est arrivé… Mais de qui parlez-vous ?

De Jésus ! C’est Noël, Guillaume, et il est bel et bien arrivé : Jésus, numéro 1. Un nouveau bimestriel, sous-titré « La Grande aventure de la nourriture ».

Un premier numéro qui met en couverture Jacques Chirac… qui a les mêmes initiales que Jésus, d’ailleurs. Et qui mange sur cette couverture des gambas sur une nappe à carreaux, et en pages intérieures, de la charcuterie debout, une pomme dans la foule… etc…

Très étonnant ce numéro 1, qui propose une approche à la fois people et vintage de la gastronomie. Par exemple, je n’ai pas compté combien de fois le nom de Pompidou était imprimé, mais de nombreuses fois ! ce qui reste quand même étonnant pour un journal de 2015…

Pompidou, le premier président croisé par Bernard Vaussion, ancien chef des cuisines de l’Elysées, dont Jésus propose le portrait. Bernard Vaussion y passe en revue quelques souvenirs, comme Giscard en 74, se reposant dans une villa à St Jean Cap Ferrat

et lui demandant des « Petits LU »… Il se rappelle aussi un François Mitterrand manifestement glacial… Un Chirac à l’opposé, chaleureux, le félicitant pour ses nems de langoustines. Un Sarkozy qui le convoque, parce que Vaussion avait oublié d’emporter de la glace au café lors d’un vol officiel. Et François Hollande qui lui demande de ralentir le rythme du service. « Avec lui, on peut ralentir la cadence. Il prend le temps de respirer », dit l’ancien chef des cuisines.

Dans Jésus, on trouve aussi Arnaud Montebourg. (Cette phrase pourrait ressembler à une erreur de copié-collé, mais c’est bien le cas : dans Jésus on trouve aussi Arnaud Montebourg). A qui on demande de nous donner son dernier repas idéal.

La table qu’il aimerait trouver avant de mourir.

C’est la question posée, et il répond :. « Mettez-moi d’abord des œufs mayonnaise, un pied de porc en gelée », commence l’ancien ministre du Redressement productif.

« Derrière, vous m’apporterez un petit morceau de lard bien frais, bien cuit, s’il vous plaît ». « Vous ajoutez un plateau de fromage avec un comté, un chèvre charolais et du roquefort. Et en dessert, vous me ferez un Ispahan de Pierre Hermé ». Il n’est pas impossible qu’il compte trépasser après un repas de Noël, apparemment… Et à boire : le Bourguignon fait tout une liste de grand crus. Il insiste particulièrement sur le Chassagne-Montrachet…

Tout ça entre autres c’est donc à lire dans Jésus ce mois-ci…

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Il a 33 ans et ce n’est pas facile… Ah oui, non il ne s’agit plus de JC mais de TiPi… Je devrais dire : lui aussi, il a 33 ans ! TiPi, c’est Tony Parker. Le basketteur fait la Une d’un des seuls quotidiens à paraître aujourd’hui : L’Equipe. Une Une en rouge et blanc, couleur Père Noël.

Mais le ballon est bien orange. Sur 3 pages d’interview, il est bien question de l’âge

et des déjà 15 ans de carrière du meneur de l’équipe de France de basket et des Spurs de San Antonio…

Moins dominant qu’avant chez les Spurs, il dit avoir « zéro problème avec ça », il dit « passer la main » du rôle de leader dans l’équipe, et affirme faire « l’une de ses meilleures saisons en NBA. » Ce qui, ajoute-t-il, « demande beaucoup de boulot. Quand tu as 20 ans, tu ne fais rien, tu peux faire la fête et jouer quarante minutes le lendemain. Là , c’est beaucoup plus dur pour être au meilleur niveau. » Tu l’as dit Tony !

Tony Parker, qui compte, dit-il, jouer en NBA encore 5 ans, jusqu’à ses 38 ans. « Ça fera 20 saisons, c’est un bon compte »…

Le poids des ans qui vous tombe dessus, c’est encore plus désagréable quand ça ne prévient pas…

Très bonne interview du producteur Bertrand Burgalat, patron du label Tricatel par Benoît Sabatier dans Rock et Folk. Tricatel fête ses 20 ans, mais ce n’est pas ça qui surprend Burgalat… C’est plutôt une remarque au cours d’un concert. Burgalat se rappelle avoir vu un groupe de baby rockers les Shades, qu’il fera entrer sur son label.

« Ils avaient 16 ans à l’époque », raconte-t-il. « J’ai été ébloui par leurs textes. Ils revivaient des choses qui avaient déjà été vécues mais sans le savoir. C’était très gracieux. Une de leurs copines m’avait dit : ‘Ça va monsieur, vous avez aimé ?’.

J’ai pris un coup de vieux ».

Rock et Folk met en couverture Bono de U2, la main sur l’épaule de Jesse Hughes, le leader des Eagles of death metal, le groupe qui était sur la scène du Bataclan le 13 novembre. Bono et Hughes, réunis sur la scène de Bercy, le 7 décembre, marquant ainsi la « fin du cycle de mort » ouvert le 13 novembre, c’est ce qu’écrivent dans leur éditorial

Philippe Manœuvre et Paul Rambali… Et au-dessus de cette photo de Une, un mot : Résistance.

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Les périodiques, à savoir les journaux qui ne sont ni quotidiens ni hebdo, font forcément écho aux attentats de Paris et de St Denis, depuis le promontoire de leur spécialité. La musique pour Rock et Folk. Le cinéma pour « La septième obsession », nouveau bimestriel de cinéma, qui titre : « Deuil et mélancolie ».

« A l’image du dernier film de Steven Spielberg, qui joue constamment sur le double, la dualité est constamment à l’œuvre dans le deuil, entre la douleur lancinante et les forces de vie, l’inertie et le mouvement », écrit Giovanni Ségantini dans son éditorial de la Septième obsession. Et il rappelle : « Nous plantions en couverture du premier numéro : ‘A quoi rêvent les cinéphiles ?’. Peut-être, aussi, au dépassement du deuil par la voie de la grâce, de la beauté, soit l’art et le cinéma comme possible antidotes à tous les méfaits existentiels ».

Spielberg et son nouveau film Le Pont des espions, il en est question très positivement,

quelques pages plus loin. Mais on apprend aussi dans l’article qu’un autre projet annoncé de Spielberg est un film futuriste intitulé Robopocalypse . Et ça nous permet deux choses :

  • d’une part d’espérer qu’il trouvera un autre titre pour ce projet…

  • et d’autre part de faire un pont avec une des interviews les plus intéressantes de ces derniers temps. L’interview du philosophe Bernard Stiegler par l’essayiste Ariel Kyrou. C’est à lire dans le quinzomadaire Society.

Et il y est question de robots ?

C’est même par ça que ça commence. « L’automatisation va profondément déstabiliser le marché de l’emploi », ainsi démarre Bernard Stiegler. « Et les postes créés par les nouvelles activités ne compenseront pas ceux qui seront détruits. On parle de 30 à 50% d’emplois perdus dans les 10 à 20 ans », annonce-t-il. Mais il concède : « Les robots, ce n’est vraiment nouveau »

« Ici l’automatisation passe par les algorithmes d’une part et les réseaux d’autre part. C’est la combinaison de la robotisation et de la nouvelle ‘économies des données’ qui aboutit à ces chiffres, à ces anticipations » qui sortent notamment d’Oxford et du MIT.

Ariel Kyrou pose alors la question suivante : « Si, comme vous l’affirmez, l’emploi est mort et que des machines et des logiciels nous remplacent, cela signifie-t-il que demain, ce sera tous les jours dimanche ? ». Réponse du philosophe : « Si c’est au sens où demain nous ferons tous les jours ce que nous voulons, comme nous pouvons le faire aujourd’hui le dimanche, et plus généralement le week-end, je vous réponds oui. Cette perspective est essentielle : la société de demain devra tirer de chacun le meilleur aussi souvent que possible. Or ce meilleur, c’est ce que nous faisons de bonne volonté. Lorsque je suis libre de mon temps et que je m’adonne à ce que j’aime, je donne le meilleur de moi-même. »

Mais Bernard Stiegler nuance : « Il faut cependant comprendre ici que le plus souvent

aujourd’hui nous gaspillons le temps dont nous disposons : nous sommes incités de toute part à adopter des comportements de consommateurs, qui sont tout sauf libres.

Les 35 heures ont été un échec non pas parce qu’elles ont pénalisé l’économie

mais parce qu’elles ont renforcé le consumérisme au lieu de cultiver un nouveau rapport au temps ».

Stiegler explique que si c’est la fin de l’emploi qu’il annonce, qu’il pressent, ce n’est pas la fin du travail, « bien au contraire ! », dit-il. « Le travail, c’est ce qui fait que l’on se développe en accomplissant une activité qui nous tient à cœur ».

« La pratique du temps qui va peu à peu se libérer grâce à l’automatisation généralisée

est au cœur de ce ‘nouveau contrat social’ que nous devons concevoir et expérimenter. Le temps que nous allons gagner doit être redistribué, de façon à ce que chacun puisse demain en profiter pour se cultiver, développer ses capacités – et pour que les marchandises produites par l’automatisation trouvent des acquéreurs : c’est une pure question de rationalité économique, et en aucun cas une utopie ».

Son intervieweur Ariel Kyrou demande à Stiegler quelques précisions. Celui-ci propose de « mettre en place une organisation du travail qui repose sur des logiques de libre contribution proches de celles du logiciel libre, et par ailleurs de généraliser progressivement à toute la population un régime proche de celui des intermittents du spectacle. »

Le philosophe reconnaît des défauts à ce régime, mais, dit-il « c’est une régime d’avenir. Il repose sur deux principes différents et absolument complémentaires : laisser la liberté aux individus de développer leurs capacités comme ils l’entendent. Et deuxièmement : la nécessité de transmission des savoirs ».

« Il faut expérimenter », termine Bernard Stiegler. « Il y aura des réussites, il y aura des échecs qui nous permettront d’avancer. Mais cette aventures, qui est collective, est belle et bien lancée ».

Voilà donc une interview à lire dans Society en ce moment. Avec des idées, du concret, de l’élan et du débat en germe. Et c’est déjà, c’est un beau cadeau de Noël.

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