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L'esprit des Noëls passés

6 min
À retrouver dans l'émission

Par quel stratagème François HOLLANDE a-t-il fait taire son esprit des Noëls passés, comme dans le "Conte de Noël" de DICKENS, au moment de son revirement sur la déchéance de nationalité ? Un revirement condamné à peu près unanimement par la presse ce matin. Un cadeau de Noël empoisonné.
Vous vous souvenez, l’esprit des Noëls passés, c’est le premier des trois esprits qui visite le vieux Ebenezzer SCROOGE dans le Conte de Noël de DICKENS. C’est celui qui lui rappelle comment, au cours de sa vie, par égoïsme, ou pingrerie, il a passé tant de temps seul, isolé, malheureux… comment, en somme, il a perdu l’affection des gens qui lui étaient proches… un esprit que le vieux SCROOGE, ne supportant plus d’être rappelé à ces souvenirs cruels, fera taire en l’étouffant dans son chapeau.

SCROOGE et l'esprit des Noëls passés
SCROOGE et l'esprit des Noëls passés

On ne sait pas bien par quel stratagème François HOLLANDE a fait taire son propre esprit des Noëls passés concernant son revirement sur la déchéance de nationalité… en tout cas, plusieurs journalistes ou éditorialistes nous rappellent ce matin aux souvenirs cruels de l’histoire… comme Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité, qui écrit dans son édito, intitulé « Le choix de l’indignité », qu’en « choisissant d’inscrire la déchéance de la nationalité pour les binationaux au cœur de la Constitution, le chef de l'Etat a renié deux siècles de combats de la gauche pour une nation fondée sur l’égalité républicaine. (…) La dernière fois que ce fut tenté en France, ce fut par Pétain dont le régime procéda à 15 000 dénaturalisations et 500 déchéances de nationalité, tandis que 110 000 juifs d’Algérie étaient réduits de l’état de citoyens à celui de sujets. Le précédent dit assez la nuisance du ver introduit dans le fruit, estime l’éditorialiste. »

Et à la lecture de la presse ce matin, il faut dire qu’il n’y a guère que le Figaro pour se réjouir ouvertement de cette décision du chef de l’Etat. On mettra en regard l’édito de Paul-Henri du LIMBERT, intitulé « Cohérence », qui estime qu’il s’agit là d’une bonne surprise, et que le chef de l’Etat a fait le choix de la cohérence, notamment « vis-à-vis de l’adversaire que l’on combat et qui connaît les faiblesses des démocraties, vite hésitantes lorsqu’il s’agit de remettre en cause les libertés individuelles et de dynamiter quelques vieux tabous réputés inébranlables. Le droit du sol en était un, il ne l’est plus. »

Tandis que pour Laurent JOFFRIN, dont l’édito est lui aussi titré d’un seul mot, « Malsain », « comme on sait, on ne choisit pas de venir au monde à tel ou tel endroit et les exemples abondent de Français aux origines familiales étrangères tout aussi patriotes, sinon plus… Aux yeux de la République, ceux-là étaient des Français comme les autres, soumis aux mêmes devoirs, encourant les mêmes peines. C’est ce principe d’égalité entre tous les Français nés en France, seraient-ils d’origines différentes, qui la déchéance de nationalité étendue vient écorner. (…) Proposée à l’origine par le Front National, l’extension de la déchéance déclenche un débat malsain, fort éloigné des impératifs réels de la lutte antiterroriste. »

Parce que tout le monde, à droite comme à gauche, pour ou contre, partage l’idée selon laquelle ce n’est pas cette déchéance de nationalité qui empêchera le moindre attentat terroriste… et qu’il s’agit donc d’une mesure principalement symbolique… même Nicolas BEYTOUT, dans le journal l’Opinion, estime qu’elle est « donc un symbole, elle n’est même que cela. Mais dans la panoplie des mesures liées à l’identité et à la sécurité, cela la place très haut dans l’échelle de la répression. C’est aussi cela, le but du terrorisme : nous entraîner vers le toujours plus et finir par nous diviser face à la menace. » Nicolas BEYTOUT qui conclut par cette interrogation : « La déchéance pour tous, un pas trop loin ? »

Un symbole avant tout politique

Oui, tout le monde s’accorde à dire ce matin qu’il s’agit d’une habile manœuvre du chef de l’Etat, que ce revirement et le désaveu de Christiane TAUBIRA, qui évoquait l’abandon de cette mesure pas plus tard qu’avant-hier, est un fin calcul politique…

« Avec la déchéance de la nationalité, le futur candidat socialiste a plus à gagner dans l’électorat du centre et de la droite modérée qu’à perdre du côté de la gauche radicale et des Verts, sortis affaiblis des régionales, estime Pierre FREHEL dans le Républicain Lorrain. En fin tacticien, François HOLLANDE a fait le choix qui lui ouvre un espace en privant la droite de l’un de ses meilleurs arguments électoraux. » « On avait pu penser qu’il préférait l’union de la gauche à l’union nationale, analyse également Bruno DIVE dans Sud Ouest. Il fait finalement le choix inverse, quitte à mécontenter un peu plus une partie de sa majorité. Et il valorise le Front National, en pointe sur cette affaire de déchéance qui lui servait de « marqueur », ce qui n’est pas fait pour lui déplaire. Au contraire, puisque cela installe l’idée d’un duel entre Marine LE PEN et le président sortant en 2017. »

Or c’est ce précisément ce calcul politicien que Jean-Philippe DEROSIER et Pascal JAN, qui signent une tribune dans Libération, jugent totalement irresponsable… Les deux enseignants en droit écrivent : « Elle est irresponsable pour son instigateur, d’abord, car le président de la République se doit d’être le garant de l’Etat et de sa Constitution, qu’il ne saurait utiliser à des fins purement politiques. Pourtant, par cette révision constitutionnelle, il fait de notre norme fondamentale, soit le socle de notre démocratie et de notre Etat de droit, un recours politique, en la transformant en code pénal. »

Bref, en résumé, pour la gauche, pour la droite, pour les bi-nationaux, et pour les autres, comme le résume Christophe BONNEFOY dans le Journal de la Haute Marne : « En cette vieille de Noël, le cadeau est empoisonné ».

Alors pour conclure, un cadeau mais sans arsenic…

Oui, depuis tout à l’heure, minuit et une seconde très précisément, vous pouvez écouter les Beatles sur votre plateforme de streaming préférée… « Les plateformes de streaming s’offrent les Beatles pour Noël » titrent Les Echos… l’ensemble du catalogue est enfin disponible, après avoir réglé un vieux différend juridique… « Difficile d’aller contre le sens de l’histoire, et surtout la tendance du marché, écrit Nicolas RICHAUD. Sur le premier semestre, le streaming a généré plus d’un milliard de dollars de revenus, soit une hausse de près de 25% sur un an, quand le téléchargement baisse et le CD s’effondre. »

Mais pour conclure cette revue de presse, et dans le mouvement que vous connaissez désormais bien de « un caresse, une mandale », je voudrais vous parler d’un autre groupe…

Vous n’avez pas pu ne pas entendre ce morceau ces derniers jours, c’est tous les Noëls la même chose… Last Christmas, des Wham… eh bien figurez-vous qu’en Autriche, un DJ a séquestré l’antenne d’une radio pour diffuser en boucle ce morceau, comme le rapporte 20 minutes. Il a fini par cesser au bout de 2h, après un appel de sa fille qui l’a supplié d’arrêter. Voilà. Deux informations pour finir. Je n’ai pas de fille. Et j’ai fermé la porte du studio à clé. Joyeux Noël.

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