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L'Huma, l'Huma, l'Huma

8 min
À retrouver dans l'émission

Revue de presse spéciale l'Humanité, écrite dans les locaux de l'Huma, pendant une matinale spéciale l'Huma, et qui ne parle... que de l'Huma (ou presque)

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Une revue de presse entièrement consacrée à l'Huma dans les locaux de l'Huma, devant la quasi intégralité de la rédaction de l'Huma... voilà un exercice intéressant... je tiens à préciser à mes proches et à ma famille que je parle sans aucune contrainte et que mon intégrité physique n'est pas menacée...

Ceci étant dit... il faut bien reconnaître que l'Humanité est un journal à part dans le paysage de la PQN... la Presse Quotidienne Nationale... pour un certain nombre de raisons que je vais tenter tant bien que mal de vous détailler.... pour commencer, il y a un point commun majeur entre l'Huma et France Culture... et j'entends déjà certains esprits chagrins hurler "la couleur politique"... eh bien pas du tout, ou pas que... c'est selon... non, c'est l'absence de publicité... voilà un point commun qui ne va pas durer bien longtemps si on en croit les déclarations de la ministre de la culture hier dans les colonnes du Parisien... mais c'est un autre débat.

Mais outre cette absence d'annonceurs d'une part, et le lien avec le Parti Communiste d'autre part... je me suis demandé comment je pourrais qualifier ce qui fait la spécificité de l'Huma en tant qu'organe de presse... et il y a une formule qui m'est venue à l'esprit... c'est "de la suite dans les idées"...

Pourquoi de la suite dans les idées ? Parce qu'il y a quelque chose de têtu dans l'Huma, parfois même de buté... dans l'engagement, dans ce qu'on appelle en langage de presse le "follow up"... Bon déjà, si on remonte jusqu'au début de la semaine, trois UNES sur quatre sont consacrées à la loi travail... on peut parler d'une certaine insistance... il y avait même dans le numéro de mardi cette fiche détachable à afficher sur son frigo, comme la carte du Tour de France vous savez... avec des petits pense-bête à réviser tous les jours contre la loi travail...

Autre manifestation de cette "suite dans les idées"... dans le numéro du jour... titré "Colère sociale : le coup de jeune"... L'Huma a donné la parole à 5 jeunes de moins de 25 ans... dans un entretien croisé sur trois pages... deux filles, trois garçons... qui expriment, in extenso, dans leurs mots, leurs condition de vie, leur rapport à la précarité, leurs doutes et les raisons pour lesquelles ils ne croient pas à cette loi travail...

Alors vous allez me dire, le panel de lecteurs ou de personnes "issues de la société civile"... l'Huma n'a rien inventé... certes. Mais il suffit de remonter le fil des éditions de la semaine pour se rendre compte que cette parole donnée à la jeunesse, à la "société civile", ce n'est pas un gadget ou un "vox pop" (comme dans d'autres journaux) mais un leitmotiv du rapport du journal à la citoyenneté.

Ainsi, chaque jour, dans la double page centrale intitulée "Débats et Controverses", l'Huma invite dans ses colonnes des enseignants, des syndicalistes, des écrivains, ou des travailleurs à s'exprimer sur un sujet "fil rouge"... ce que je veux dire, c'est qu'à l'inverse des pages débats et opinion de la plupart des quotidiens, on n'est pas ici face à une compilation de paroles d'experts... mais bien plus dans une sorte de bouillon de culture politique - de gauche, bien entendu... dans un espace de pensée ouvert, comme à la tribune d'une AG, ou chacun à droit à son temps de parole égal...

Et dans ces pages, la parole est souvent donnée à la jeunesse

Oui, dans l'édition de mardi par exemple... 14ème épisode de la série "Et maintenant, comment réinventer la gauche" ... 14ème épisode... on peut parler de suite dans les idées... dans ce 14ème épisode donc... Laura SLIMANI, la présidente des jeunes socialistes européens, prend la plume pour expliquer notamment que "sa première idée pour reconstruire la gauche : écrire moins de tribunes sur notre passé, et davantage sur l'avenir que nous voulons. La gauche est belle et forte quand, comme au Portugal, elle laisse de côté ses débats historiques pour se rassembler sur un projet commun. (...) Après trois mois d'exercice, le gouvernement a augmenté le SMIC, est revenu sur l'augmentation du temps de travail voté par la droite, a ouvert l'adoption aux couples de même sexe. Sa recette ? Un va-et-vient permanent avec ses partenaires. L'assise du gouvernement n'en est que plus forte vis-à-vis des Portugais et de la Commission Européenne", estime Laura SLIMANI.

Ce qui m'amène à un autre marqueur de l'Huma. C'est le dégagement européen... C'était la couv du numéro de lundi : "Allemange, Italie, Espagne, l'intox sur leurs réformes du travail"... avec une double page pour montrer, pays par pays, comment malgré le recul des chiffres du chômage affiché par les gouvernants, chacune de ces réformes a généré "plus de précarité et moins de droits pour les travailleurs".

Et mercredi, Pierre IVORRA dans sa chronique économique enfonce le clou sur le modèle espagnol, intitulée "Code du travail, oui ils ont copié", Pierre IVORRA explique comment "comme de véritables Bouvard et Pécuchet du monde des affaires, [François HOLLANDE, Manuel VALLS, Myriam EL KHOMRI et Pierre GATTAZ] sont allés recopier le manuscrit laissé par le précédent gouvernement espagnol, celui que dirigeait le leader de la droite ibérique, Mariano RAJOY !"

Or, pour Pierre IVORRA, le constat de la réforme espagnole est sans appel. Même si le taux de chômage est passé de 26 à 22% en deux ans... "la baisse du chômage s'explique par le retrait d'une partie de la population active du marché du travail. Le taux d'emploi depuis 2007 a décliné de 70 à 60%. Les emplois à temps partiel ne cessent d'augmenter" la dette publique également, et pour conclure et enfoncer le clou, Pierre IVORRA conclut : "au 3ème trimestre 2015, la proportion de personnes en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale s'élevait à plus de 29%, contre 18 et demi en France."

Et un autre signe distinctif de l'Huma... c'est d'avoir souvent la dent dure...

Oui, L'Huma a ceci de particulier que c'est un journal n'est pas toujours tendre avec ses petits camarades... voire qui les canarde copieusement... tenez, aujourd’hui par exemple... dans l'article intitulé "Quand les médias s'affolent sur la loi EL KHOMRI"... Caroline CONSTANT étrille généreusement à peu près tout le monde... Le Point, et Franz-Olivier GISBERT qui ramène la CGT à "un canard sans tête de l'archéo-corporatisme", Martine AUBRY à une "Attila des 35 heures et générale hiver de la gauche nordiste", [qui plus est] "méchante" ou encore Alain DUHAMEL sur RTL et Jean-Pierre ELKABBACH sur Europe 1 pour avoir critiqué la réécriture de la loi par le gouvernement... "De la part de ceux qui, les fesses bien calées dans leur fauteuil de privilégiés, veulent nous renvoyer à l'ère de la petite fille aux allumettes, ces dérives de vocabulaire seraient presque savoureuses", écrit Caroline CONSTANT. Et je ne cite pas cet article parce que France Culture est épargnée pour avoir invité le premier secrétaire de la CGT dans la matinale...

Mais elle n'est pas la seule... et je peux vous confier maintenant que cette revue de presse arrive presque à son terme, mon petit plaisir coupable, chaque matin, à lire en dernière page le petit billet vachard de Maurice ULRICH... tenez, lundi par exemple... c'est Laurent JOFFRIN qui s'en prend plein les dents... "Grand complot, ce qu'on vous cache" titrait samedi Libération qui consacrait six pages à ces "théories conspirationnistes qui refleurissent dangereusement depuis les attentats", écrit Maurice ULRICH... qui reproche au patron de Libé de dénoncer "un certain discours de gauche sur le capitalisme dont les multinationales tireraient secrètement toutes les ficelles".

"Mais pourquoi cette "certaine gauche" est-elle complotiste, interroge pour conclure Maurice ULRICH, si ce n'est qu'elle complote elle-même contre ce qu'elle dénonce comme des complots. Et si Laurent JOFFRIN paraît un brin parano, c'est la faute à qui, hein ?" Et faites pas le malin Guillaume... ce n'est pas parce que vous avez invité une fois Philippe MARTINEZ que vous êtes sortis d'affaire. Parce que je rappelle, ici même, autour de cette table, que c'est au micro de cette même personne que se sont succédé, il y a quelques semaines, en deux jours, Jean-François COPE et Bernard Henri LEVY... voilà. J'ai dit ça, maintenant je m'en vais.

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