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L'OPA du FN

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A cinq jours du premier tour des élections régionales, le Front National est en position de force : contexte sécuritaire ultra-favorable, réforme territoriale et scrutin "sanction" à son avantage, et prises de positions publiques qui finissent pas faire son jeu.
"L'OPA intellectuelle du FN est totale" ; cette expression, c’est celle de Nicolas BEYTOUT dans son édito dans l’Opinion ce matin pour décrire la conquête, inexorable des esprits par le Front National. « Celui qui fait l’agenda, celui autour duquel tournent toutes les stratégies, celui qui focalise l’attention des médias et les crispations de ses concurrents devient vite le maître du jeu, écrit Nicolas BEYTOUT. Et celui là, aujourd’hui, c’est le Front National. La vie des idées tourne autour des siennes. »

tribune d'un meeting du Front National, mardi 1er décembre
tribune d'un meeting du Front National, mardi 1er décembre Crédits : Reuters

Et à la lecture des éditos de la presse ce matin, difficile de contredire le patron de l’Opinion. « Le FN est devenu le bureau des pleurs et des peurs, selon Raymond GOURAUD dans l’Alsace. Il peut promettre tout et son contraire, n’ayant pu décevoir ceux qu’il séduit, pour la bonne raison qu’il n’exerce pas le pouvoir. »

On lira à ce propos de l’exercice du pouvoir encore limité du Front National cette analyse intéressante de Cécile CORNUDET, dans les Echos… titrée « Régions, la réforme devenue piège », elle y explique comment, « sans le vouloir, Manuel VALLS a enfanté des régions grosses en tailles mais faibles en pouvoir, qui collent parfaitement à la stratégie du FN. »

« Les régions ont pris une taille XXL sans pour autant accroître franchement leurs pouvoirs. (…) Réforme idéale pour un Front National qui ne cherche pas autre chose : une tribune pour exister, mais le moins de risques possibles d’être pris en défaut de gouvernance. Or, quel est le risque de défaillance pour une région ? Quasi nul, les leviers sont limités. »

Cécile CORNUDET poursuit : « La capacité de nuisance éventuelle du Front National sera donc limitée, pourrait-on se rassurer, si cela ne jouait pas, là encore, en faveur du parti de Marine LE PEN. (…) Voilà un scrutin sans vrais enjeux, mais largement médiatisé, donc parfait pour qui veut sans trop de risque sanctionner le personnel politique en place. »

Or les régionales… c’est précisément à chaque fois un vote sanction

Oui, c’est ce que rappelle Guillaume TABARD dans le Figaro, loin des accents martiaux et revanchard de Paul-Henri du LIMBERT dans son édito en Une du journal, qui promet pis que pendre à la gauche, en ces termes : « après trois années d’une politique qui a grandement contribué au succès du Front National, le PS va comprendre sa douleur. »

Guillaume TABARD nous rappelle lui, quelques pages plus loin, donc, que les majorités de gauche (en 1986 et 92), comme de droite (en 2004 et 2010), se sont toujours pris des déculottées magistrales aux élections régionales… il n’y a que 1998 qui fait exception… un an après la dissolution ratée de Jacques CHIRAC et l’accession de Lionel JOSPIN à Matignon… la majorité plurielle a encore le vent en poupe, droite au gauche font score égal… 40% partout, ce qui permet à la gauche de faire basculer 5 régions.

La différence aujourd’hui c’est donc que, face à une défiance grandissante envers les deux principaux partis de gouvernement… et quelques semaines après les attentats du 13 novembre… la lepénisation s’ancre un peu plus profondément dans les esprits… ce que résume Xavier, ostréiculteur à Marennes, en Charente-Maritime de la façon suivante, comme le rapporte Mathieu MAGNAUDEIX dans son reportage dans Médiapart « avec ces conneries d’attentats, tout le monde devient raciste »… une autre habitante raconte « Les régionales, je n'en entends pas du tout parler. En revanche on parle beaucoup de sécurité, du malheur de ces gens, on est branché sur BFM-TV toute la journée, on s’est recueilli pour la minute de silence. On a tout le temps ça dans la tête. »

Alors face à ce qui s’annonce comme une victoire, d’une alternance « par défaut » du Front National dans une ou plusieurs régions, des voix s’élèvent pour tenter de dénoncer le danger de l’accession aux responsabilités du parti d’extrême droite… dont Pierre GATTAZ, lundi dans les colonnes du Parisien.

Fallait-il ou pas que Pierre GATTAZ prenne position ?

C’est l’une des questions sur laquelle la presse se divise ce matin… « Nécessaire mais inutile » écrit Jean-Francis PECRESSE dans les Echos. « Le PEN surfe sur la polémique GATTAZ » titre le Parisien, qui explique que « même si en apparence, le FN s’offusque de la prise de position du patron du MEDEF, il espère pouvoir en tirer parti. « Au final, cela peut nous rapporter. Cela prouve qu’elle est la candidate anti-système » glisse, ravi, l’un de ses proches. »

Une prise de position qui a en tout cas mis dans une colère noire le directeur de l’Humanité, Patrick LE HYARIC… puisque Pierre GATTAZ a mis dans le même sac Marine LE PEN et Jean-Luc MELENCHON, et rappelé que le « programme de Mme Le PEN rappelle étrangement le programme commun de la gauche en 1981. » Une analyse d’ailleurs partagée par Gaspard KOENIG dans les Echos ce matin, qui titre non sans un brin de provocation… « Marine LE PEN ou le retour de l’idéal communiste ».

Pour Gaspart KOENIG, le programme du FN qui rejette « la mondialisation ultralibérale tout autant que la dictature des marchés ou le dogme de la concurrence pourrait être signé Maurice THOREZ. Au-delà des promesses de circonstance sur le maintien des 35 heures, le retour de la retraite à 60 ans ou l’alignement de la fiscalité du capital et du travail (…) le FN propose de manière cohérente et détaillée, une étatisation totale de la France. L’autoritarisme social va toujours de pair avec le dirigisme économique. »

Un point de vue qui fait bien évidemment bouillir Patrick LE HYARIC, qui écrit donc dans l’Humanité que « la ligne de conduite du représentant du grand patronat est de pousser à son terme la banalisation de l’extrême droite en mettant un trait d’égalité entre elle et la gauche de 1981, entre un projet ultraréactionnaire, raciste et nationaliste et le progrès social, le partage et la solidarité ». Le directeur du journal conclut : « Dans l’actuel climat troublé, angoissant, il s’agit de susciter, d’aider, de promouvoir la montée de l’extrême droite pour créer un choc si puissant qu’il conduirait à réclamer cette « union sacrée » contre le travail et la création, contre les services publics et un projet de « mieux vivre ».

Pour conclure, brièvement, il y a un autre drame, dont personne ne parle… et c’est le Canard Enchaîné qui le révèle. C’est qu’en passant de 22 à 13 régions vont disparaître un certain nombre de slogans régionaux, pourtant particulièrement inspirés, regrette le Canard. Adieu ainsi à « Vis ta life en Auvergne », adieu aussi les téméraires « L’originale Franche-Comté » ou « Limousin, osez-la différence ». On pourra se rattraper sur les slogans départementaux, se console l’hebdomadaire… comme « Gironde, ici j’ai trouvé mon point G. » ou le captivant, « Ariège, les Pyrénées avec un grand A. »

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