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Fabrice d'Almeida

La manifestation contre la loi El Khomry par Fabrice d'Almeida

7 min
À retrouver dans l'émission

C’est l’événement du jour, l’événement monstre dirait Pierre Nora : la manifestation contre la loi El Khomry.

Fabrice d'Almeida
Fabrice d'Almeida Crédits : Claire Mayot

Pour le Parisien, « la bataille du code du travail a commencé ». Malgré la mobilisation en demi teinte elle tient les « unes ». 500 000 manifestants selon l’humanité qui consacre pas moins de 11 pages a cette mobilisation, sans doute le record dans la presse nationale. Mais seulement 224 000 selon la police. L’historien du futur devra faire une moyenne, sans doute, pour donner des allures scientifiques à son propos.

Les slogans entendus hier l’inspireront pour interpréter notre époque. A Lille, vers 13h le journaliste de Libération a entendu ceux-là :

"Valls ton patron, c’est nous"

"Travailler plus pour mourir plus tôt"

-Et le meilleur pour la fin : "faites l’amour, pas des heures sup ! "

 L’amour voilà un beau thème pour cette matinale des historiens !

Oui, car dans le magazine Historia, ce mois-ci l’amour et le désir sont au cœur du dossier central consacré aux « Histoires érotiques de l’Elysée », en écho aussi aux idylles de François Hollande. On y découvre que Félix Faure prenait des pilules d’Hercule et d’autres confiseries vasodilatatrices pour se garder en forme et recevoir ses maîtresse dont la célèbre Mme Steinheil avec laquelle il connut sa dernière étreinte, mortelle, le 16 février 1899.

Violence de l’amour que l’on retrouve dans le magazine Histoire et civilisation parrainé par le Monde et le National géographique avec un dossier consacré lui à « l’amour au Moyen Age ». Et cette incroyable illustration intitulée « les affres de la jalousie », une miniature tirée du Roman de la rose de jean de Meung et Guillaume de Lorris, qui montre un mari tenir sa femme à terre par les cheveux et s’apprêter à la frapper à coup de poing sous le regard de ses serviteurs. En contraste, les images saintes de Marie et Joseph apaisent le lecteur.

Le Figaro Histoire lui reste centré sur Verdun, tout comme Ca m’intéresse histoire qui évoque la bataille cruelle en couverture, mais propose un dossier sur les Vikings avec une hypothèse donnée dans l’éditorial de Cyrielle Le moigne Tolba : « et si les disputes étaient les moteurs de l’histoire ? ». Les disputes poussent aux ruptures, aux découvertes et aux conflits.

Et des disputes, si je puis dire, il y en a aujourd’hui dans la presse

L’éternelle dispute hexagonale est ouverte par le Monde daté de ce jeudi où l’on trouve une interview de Nicolas Sakozy, avec cette phrase sur son concurrent Alain Juppé qui fait la course en tête : « J’ai trop d’amitié pour Alain Juppé pour le cantonner dans le rôle de favori ». NKM son ancienne porte-parole nourrit-elle les mêmes sentiments après leur brouille alors qu’elle lance sa campagne pour les primaires des républicains, nous rappelle l’opinion dans un portrait signé Ludovic Vigogne où il compare son positionnement à celui d’Emmanuel Macron au sein de la gauche. Comparaison que NKM ne renie pas.

Mais la grande dispute du moment reste le populisme, dont la proximité des élections illustre la montée.

L’Allemagne en est le théâtre. Sous la plume de Marian van Rentherghem, le Monde présente le retournement de l’opinion publque sur les migrants. Le « Wir schaffen das » d’Angela Merkel à ce propos en 2015 est rejeté aujourd’hui. Wael un réfugié de la région de Cologne raconte le changement d’attitude et comment son accent désormais lui ferme des portes. Les travailleurs sociaux décrivent l’explosion des centres d’accueil et le manque de moyens pour leur assurer un minimum de bien être. Et dans le même temps des expressions empruntées au nazisme réapparaissent. La mouvance Pegida et le parti Alternative für Deutschland gagnent des soutiens au point que le Echos consacrent une pleine page à la question. On y lit sous la plume de Thibaud Madelin : « les élections qui ont lieu dimanche dans trois Länders allemands s’annoncent déjà comme un choc pour le parti d’Angela Merkel et pour le pays tout entier, qui se prépare à une percée historique de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) le parti populiste crédité de 9 à 19% des voix selon les régions. » et il ajoute plus loin que le SPD se prépare lui aussi à un sérieux revers.

Crise des migrants, montée des populismes sensibles aussi dans le magazine l’Histoire du mois de mars qui part d’un dossier sur « les juifs de Pologne – de l’age d’or aux pogroms ». Le magazine pointe combien encore aujourd’hui en Pologne les fantasmes sur les Juifs existent encore. Le parti droit et justice, arrivé au pouvoir, à lui aussi ses défenseurs d’une vision ethnique et raciale du pays. Si bien que les thèses de l’historien Jan Gross critiquant la participation polonaise à des massacres antisémites y sont encore jugées scandaleuses. Le rejet des autres auxquels l’Allemagne avait provisoirement échappé serait-il en train de devenir la mentalité normale en Occident, dans le contexte de surcroît de menace terroriste.

Car tous les quotidiens en parlent. Le terrorisme annonce le Figaro justifie la mise en place d’une réserve citoyenne, dont le journal précise qu’elle sera surtout issue de l’armée de terre, et sera finalement assez éloignée de son ancêtre historique pourtant avancée comme modèle : la garde nationale.

L’ombre de daesh pèse aussi sur la lecture du passé.

Le magazine Historia consacre 10 pages à dix questions sur le Djihad, l’hstoire confie à Jérome Jambu le soin de faire une analyse en terme de propagande des espèces monétaires frappées par l’Etat Islamique, fantasma une valeur mondiale.

Tout cela pourrait donner envie de chercher des modèles dans le passé pour reprendre en main notre destin. Et le journal Lacroix dans sa partie livres idées soulignent combien vivent sont les recherches sur la restauration avec pas moins de trois livre sur le sujet récemment paru. La figure rassurante d’un roi plutôt que celle d’un homme providentiel en somme.

Pourtant, c’est un monarchiste qui le dit : « il ne faut pas être plus royaliste que le roi ». Une phrase que l’on retrouve dans le magazine de Stéphane Bern Secret d’histoire et dont l’auteur en 1816 était Chateaubriand. Les rois sont ils plus attentifs que les présidents aux expressions de leurs peuples ?

Un indice dans la presse pour conclure. L’événement du jour, la grande manifestation a bien été entendu au Palais de l’Elysée. La parisien rapporte cette phrase du président aux ténors du parti socilaiste : » Quand les jeunes sortent dans la rue, il faut les écouter quel que soit leur nombre ». On est donc rassuré. Il ne s’est pas rien passé hier à Paris, comme aurait dit Louis XVI.

Chroniques

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