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Dustin HOFFMAN et Meryl STREEP dans Kramer contre Kramer

Kramer contre Kramer

5 min
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Le divorce au sein de la majorité est brutal, violent, inédit - à l'image de celui des deux personnages principaux du film Kramer contre Kramer.

Dustin HOFFMAN et Meryl STREEP dans Kramer contre Kramer
Dustin HOFFMAN et Meryl STREEP dans Kramer contre Kramer

En ce 2ème jour de Festival de Cannes, je me suis dit que ça ferait chic de placer cette revue de presse sous le patronage en quelques sortes de ce classique du cinéma américain, mais j’aurais tout aussi bien pu vous faire dire « divorce sans consentement mutuel », pour rester dans le prisme de l’actualité récente… sous la patronage cette fois de Caroline ELIACHEFF…

Parce que si le gouvernement veut légiférer sur un divorce simplifié, sans passage devant le juge… le psychodrame familial qui est en train de se jouer devant nos yeux au sein du Parti Socialiste mériterait lui force conseil juridique, conjugal, psychologique voire psychiatrique, tant le déchirement est violent… Paul-Henri du LIMBERT, dans le Figaro, dresse le constat implacable de cette rupture : « Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, on aura donc vu des députés du parti majoritaire tenter de destituer un premier ministre issu de leur propre famille politique. Le PS contre le PS. » KRAMER contre KRAMER… (ça c’est de moi)

Pour l’éditorialiste, « ce divorce était écrit d’avance, et il est même possible de dater précisément son origine. C’était le 22 janvier 2012 au Bourget, lorsque le candidat HOLLANDE s’est cru obligé de prononcer cet absurde discours (« Mon ennemi, c’est la finance »), dans le but de s’attirer les faveurs de la gauche de la gauche. » Hervé FAVRE dans la Voix du Nord dresse le même constat matrimonial : « La journée d’hier marque une rupture sans précédent au sein d’une majorité. (…) Que des députés du même parti que le Premier Ministre cherchent fébrilement le moyen de le renverser, ça on ne l’a jamais vu dans l’histoire de la Vème. La logique voudrait qu’ils aillent jusqu’au bout de leur démarche et créent leur propre groupe. Ils sont assez nombreux pour le faire. La logique voudrait aussi que le PS leur montre la sortie. »

Nous sommes donc, comme le titre toujours le Figaro, face à « deux gauches de plus en plus irréconciliables », « qui n’arrivent plus à vivre ensemble »… et comme dans les ruptures douloureuses… eh bien chacun sait ce que c’est… on cherche à faire du mal à l’autre, à se venger… « Que 4 anciens ministres aient signé ce texte en dit long sur le climat de haine et de revanche qui règne désormais au sein de ce que l’on ose à peine appeler « la majorité », selon Bruno DIVE dans Sud Ouest. C’est également l’avis de Cécile CORNUDET dans les Echos : « la véritable force de nuisance politique est au sein même du PS. (…) Des frondeurs qui ont réussi à saboter le mandat de François HOLLANDE, et pas seulement médiatiquement, de bout en bout. (…) En voulant constituer une motion de censure, l’essentiel était de nuire. De montrer que leur hostilité n’a pas de limite. » Pour Laurent JOFFRIN dans Libération, ce comportement autodestructeur s’apparente à celui d’une secte et d’un suicide collectif. « Même si la motion de censure prévue par les dissidents n’a pas obtenu le nombre de signatures requis pour voir le jour, la démarche en dit long sur le degré de déchirement qui affecte aujourd’hui la majorité. (…) En l’absence de primaires – qu’on n’arrive pas à organiser en raison des mêmes divisions – la gauche se présentera en ordre dispersé au scrutin décisif, scellant du même coup son sort. »

L’autre divorce, c’est entre l’opinion publique et la politique

Plus qu’un divorce… on pourrait parler d’un désamour psychotique… que souligne Libération ce matin… en passant en revue le programme des candidats à la primaire de droite… Libé relève qu’en matière de réforme du travail, la droite va bien plus loin que la loi EL KHOMRI…

« C’est le malentendu le plus étrange de cette dernière année du quinquennat de François HOLLANDE, écrit Alain DUHAMEL : la gauche s’écharpe et s’étripe à propos de la petite loi EL KHOMRI, alors que la droite, grande favorite pour l’élection de l’an prochain, annonce et révèle des programmes économiques de rupture, à côté desquels la loi EL KHOMRI apparaît totalement insignifiante. (…) Quant aux français, ils sont devenus hostiles aux maigres ambitions de la loi EL KHOMRI mais ils s’apprêtent à porter au pouvoir ceux qui veulent chausser des bottes de sept lieues pour avancer vers une économie franchement libérale. Il y a contresens absolu sur les enjeux actuels. »

L’Humanité ne dit pas autre chose en titrant son article consacré au programme économique d’Alain JUPPE : « La purge sociale ». « C’est le retour de la revanche, écrit Lionel VENTURINI (on plonge dans le registre des films d’horreur de série Z, carrément). Ce que propose Alain JUPPE (…) ressemble furieusement à un remake. Car tout ce que la droite n’a pu faire en trente ans, il promet de le faire en un mandat unique de cinq ans. (…) suppression de l’impôt sur la fortune, celle des 35 heures, le recul de l’âge de la retraite à 65 ans, la baisse des cotisations des entreprises – plus aucune cotisation patronale sur le SMIC, la dénonciation des minima sociaux qui seraient encore trop généreux pour inciter à chercher un travail. »

Mais tout ce cinéma manque tout de même d’un ingrédient singulier : le suspense

Oui, beaucoup d’agitation pour un scénario cousu de fil blanc… puisque, quoi qu’il advienne, on connaît déjà la fin de l’histoire, c’est ce que dénonce Guillaume PERRAULT dans son billet dans le Figaro… quand il écrit, non sans une pointe d’ironie : « Il y a des jours où on regrette la IVème République. A l’époque, au moins, il y avait du suspense. Depuis 1962, au contraire, aucune motion de censure n’a obtenu la majorité absolue des suffrages nécessaires à renverser le gouvernement. (…) Bref, on s’ennuie. Le général de GAULLE et Michel DEBRE ont trop bien réussi leur œuvre en 1958. Depuis lors, le rapport de force entre l’Assemblée nationale et le gouvernement s’est inversé. Sous la IVème République, les Français s’irritaient de voir leur gouvernement tomber tous les six mois. Aujourd’hui, ils s’exaspèrent de la discipline majoritaire qui offre un gilet pare-balles à un exécutif à genoux. »

Bref, si l’on cherche du suspense, autant se retourner vers le festival de Cannes… quoi que… y a-t-il encore la moindre once de suspense, année après année, à l’annonce du palmarès… le dessin de dernière page de l’Huma, signé Jul, résume bien l’atmosphère du moment : A la question « Un film d’horreur français primé à Cannes ? », un personnage en smoking répond : « Si le jury sort le 49.3, ça peut se tenter. »

Chroniques
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La Séquence des partenaires : Jeudi 12 mai 2016
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