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Marine LE PEN

Benzé... qui ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Si l'actualité est dominée par l'affaire Benzéma, proposition de divertissement sur les affaires du FN, l'interdiction du Round Up et un petit cours de français contemporain.

Marine LE PEN
Marine LE PEN Crédits : Charles Platiau - Reuters

Je ne sais pas de quoi vous voulez parler… je ne vous révèle pas un grand secret en vous disant que je n’ai jamais été un grand aficionado du football… le rugby, je dis pas… mais le football… bof. Vous me direz, les deux sports collectifs remplissent la même fonction sociale… « panem et circenses » comme disait l’autre… du pain et des jeux et pour exercer un contrôle sur les citoyens et juguler leur velléités protestataires… à un peu plus d’une semaine de l’Euro 2016, et en période de ce qu’on appelle pudiquement la « grogne sociale », nous en verrons dès vendredi prochain les effets concrets…

Cette affaire BENZEMA donc, qui occupe une bonne partie de la presse ce matin, n’est au final qu’un avatar de plus du divertissement que représente le spectacle global du sport collectif… divertissement au sens de di- vertere : tourner dans l’autre sens, donc détourner l’attention. Je ne vais pas vous faire l’insulte ce matin de ressortir mon petit bréviaire pascalien…

Pour ne pas céder donc à ce nouveau et navrant chapitre du grand feuilleton footballistique français, j’ai choisi de tourner la tête dans l’autre sens (di-vertere), et d’aller glaner dans vos journaux quelques articles qui nous replongent dans un autre feuilleton, celui de l’état du monde – qui comme chacun sait, malgré sa forme ovoïde, ne tourne pas tout à fait rond.

Ainsi, pendant que des professionnels du coup de pied bien cadré se jettent au visage des accusations de racisme, Marine LE PEN elle s’installe bien confortablement dans son fauteuil de qualifiée au second tour de la présidentielle… C’est une enquête du Monde qui le révèle… quel que soit le panel de ses concurrents, la présidente du Front National plafonne à 28% d’intentions de vote et se qualifie, quoi qu’il arrive. Seul Alain JUPPE serait en mesure de la coiffer au poteau, s’il était désigné par la primaire de la droite, avec 35% d’intentions de vote, tandis que l’actuel président, François HOLLANDE s’embourbe avec un petit 14% qui le laisse à une encablure d’un François BAYROU ou d’un Jean-Luc MELENCHON.

Et tant qu’on parle du loup, on lira avec intérêt l’enquête du jour, toujours dans le Monde, consacrée au Front National, et plus précisément à ses rapports troubles avec le GUD, le groupe union défense, groupuscule d’étudiants aux pratiques souvent ultra-violentes… et qui cadre mal avec la stratégie de dédiabolisation voulue par Marine LE PEN.

L’enquête nous apprend ainsi que ce réseau très serré d’ancien gudards œuvre depuis le début pour soutenir Marine LE PEN dans sa prise du parti… Marine LE PEN qui ne s’en est d’ailleurs jamais vraiment désolidarisée, et ce malgré les affaires… des affaires qui deviennent pourtant de plus en plus encombrantes, Axel LOUSTAU, Nicolas CROCHET, Philippe PENINQUE et Frédéric CHATILLON étant, comme le relate l’article, diversement impliqués dans des procédures pour financement illicite via leurs sociétés personnelles, comme l’entreprise de presse RIWAL, qui aurait facturé de façon frauduleuse des services au Front National pour diverses campagnes électorales – le nom de deux d’entre eux, Nicolas CROCHET et Frédéric CHATILLON étant même mentionné dans les Panama Papers, « pour avoir sorti de l’argent de France par un système offshore sophistiqué, aux fins d’échapper aux services anti-blanchiment français ».

Autre dossier dans la presse… le retour du Round Up

Eh oui, avec toute cette pluie, imaginez un peu un coup de soleil là-dessus et votre petit bout de potager ou votre jardinière va se transformer en jungle tropicale…

Alors… utiliser du désherbant ou pas… on se souvient que Ségolène ROYAL avait tenté, l’an dernier, d’interdire la vente du glyphosate… c’est la molécule du Round Up commercialisé par Monsanto, et suspectée d’être cancérigène… une interdiction qui aurait dû entrer en vigueur le 1er janvier mais qui, dans les faits, n’est toujours pas effective.

Et ce n’est pas la Commission Européenne qui va aider, puisque comme nous l’apprennent les Echos ce matin… Bruxelles essaye de convaincre les Etats de prolonger l’autorisation de commercialisation du désherbant pour encore un an, un an et demi… Autorisation qui va expirer si rien n’est fait à la fin du mois de juin… le problème, c’est que les 28 ne trouvent pas de majorité qualifiée pour voter un compromis… La Commission a donc sorti de son chapeau cette prolongation exceptionnelle de douze à dix-huit mois… le temps, dit-elle, d’obtenir une nouvelle expertise de l’Agence Européenne chargée d’analyser les produits chimiques…

Parce que, comme le rappelle l’article, jusqu’à présent, la majorité des études publiées sur le sujet « conclut que le glyphosate n’est PROBABLEMENT pas dangereux » - vous noterez l’importance de l’adverbe « probablement » en la matière… « Une exception toutefois : une agence de l’Organisation Mondiale de la santé a jugé la molécule « probablement cancérogène »… « probablement », on y revient…

En attendant de transformer les probabilités en certitudes… la Commission veut surtout renvoyer les Etats à leurs responsabilités, « en rappelant que tout pays conserve le droit d’interdire la molécule, même si Bruxelles l’autorise.

Pour finir, un petit cours de français

Oui, je sens bien qu’entre mes digressions étymologiques et mes dossiers graves, vous êtes en manque de divertissement… alors plutôt que de s’enfoncer dans d’inutiles polémiques footballistiques… et si on révisait un peu son français… chouette… (manifestez votre enthousiasme). Libération vous propose dans ses colonnes un cours de « langage des jeunes »… vous savez, ces articles souvent un peu gênants qui tentent de circonscrire les évolutions des usages de la langue par les nouvelles générations…

Ce en l’occurrence, grâce à un livre, intitulé simplement « J’ai le seum » - « un guide à l’usage des adultes qui souhaiteraient enfin comprendre leur progéniture ». L’article, intitulé « Askip il faut plus dire chanmé » commence ainsi : « Alors les yeuves, on se croyait pépouze ? On croyait chiller au OKLM pendant que d’autres taffent pour leur bac ? Sérieux ? Le seum grave ! » (je vous disais que ça pouvait être un peu gênant).

Bref, si vous n’y comprenez rien, vous trouverez dans Libé quelques encarts avec des exercices pratiques… Règle 1, abréger, Règle 2, rester flou, Règle 3, tacler, et Règle 4, être stylé. Tout de suite une épreuve de version pour vous Guillaume : « Crari, tu vas me mettre une disquette ? Viens, on part en tête-à-tête » - ce que l’article traduit par « N’imagine pas pouvoir me berner, allons croiser le fer dans une ruelle »)

Chroniques

8H55
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La Séquence des partenaires : Jeudi 2 juin 2016
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