LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Grotte de Bruniquel

Bruits de bottes

6 min
À retrouver dans l'émission

Vocabulaire martial dans la presse pour décrire cette 8ème journée de mobilisation contre la loi EL KHOMRI, et échos d'une organisation préhistorique plus structurée qu'il n'y paraît.

Grotte de Bruniquel
Grotte de Bruniquel Crédits : Etienne FABRE - SSAC

C’est la guerre  si on en croit la presse ce matin… ou tout du moins les versions numériques de vos quotidiens nationaux, puisqu’à part l’Humanité, aucun n’est publié aujourd’hui en version papier… c’est la guerre, donc, entre le gouvernement et la CGT… et pour chacune des parties, comme le disait l’incontournable stratège militaire John RAMBO, héros éponyme du film  : « c’est pas moi qui l’ai voulue cette putain de guerre mon colonel »… une façon élégante de dire que chacun se renvoie la responsabilité du conflit au visage…

Et conflit, c’est le mot le plus tendre dans la pléthore de vocabulaire martial employée ce matin dans vos journaux. « L’exécutif prêt à la guerre d’usure avec la CGT » titre l’article du Monde. « Le gouvernement, face à la CGT, s’installe dans une guerre de position. Dure et frontale, potentiellement longue et dévastatrice, mais totalement assumée à ce stade par les principaux responsables de l’exécutif. »

Pour Michel KLEKOWICKI du Républicain Lorrain, « tout est en place pour un bon vieux choc frontal : le premier qui freine est un dégonflé. Pendant que pleuvent les bourre-pifs entre la CGT et le gouvernement, les spectateurs s’occupent comme ils peuvent. La droite ricane en voyant la gauche s’étriper, et le citoyen lambda fait des réserves de gasoil et de piles »… comme à la guerre, en somme.

Ce que résume Michel URVOY dans Ouest France en ces termes : « Dans ce conflit, chacun use de son coup de force parce qu’il est faible ; chacun s’enfonce dans sa logique jusqu’à ce que ça passe ou que ça casse. Droits dans leurs bottes, au risque d’hystériser le pays. »

« Droit dans ses bottes », c’est le Premier Ministre qui l’a dit. Les voilà les bruits de bottes : « le chef du gouvernement se montre d’autant plus droit dans ses bottes que son navire tangue », pour Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité. « Manuel VALLS est désormais un homme seul. Droit dans ses bottes. Gauche dans ses déclarations » écrit encore Yann MAREC. « S’il doit tomber, que ce soit les armes à la main » pour Jean LEVALLOIS de la Presse de la Manche.

C’est amusant cette expression « droit dans ses bottes »… pas tant pour son origine un peu trouble, qui convoque autant l’équitation que des soldats néerlandais ivres… que pour la personne qui l’a remise au goût du jour… c’était en 1995… le 6 juillet précisément : « Je suis droit dans mes bottes et je crois en la France ». Cette personne, c’était Alain JUPPE. Avec le succès qu’on lui connaît à Matignon face aux grèves massives.

Et qui dit guerre dit stratégie militaire

Et oui, un bon chef de guerre est avant tout un bon stratège… et si Manuel VALLS est aujourd’hui un homme seul… quid du Président de la République… selon Yann MAREC, « la séquence qui se joue actuellement sert ses intérêts. Rien ne dit qu’une stratégie à trois bandes ne se met pas en place. Le but ? Essorer le Premier ministre qui pourrait mourir avec sa loi. L’acte deux du plan : nommer Emmanuel MACRON à Matignon, ratisser large pour la présidentielle et couper les ailes d’un poulain affamé. Machiavélique ? Officiellement oui. Mais dans les allées du pouvoir, tout est envisageable. »

Et c’est encore de stratégie dont il est question, après la publication des chiffres du chômage hier… deuxième mois consécutif de baisse, une première depuis le début du quinquennat… or, selon Patrice CHABANET du Journal de la Haute-Marne : « s’il veut capitaliser sur ces premiers signes positifs en matière d’emploi, l’exécutif a tout intérêt à rester ferme face aux prétentions de la CGT. La sympathie que l’opinion publique manifestait à l’égard des opposants à la loi EL KHOMRI est en train de se transformer en exaspération. »

C’est donc à la guerre des nerfs que les deux parties vont se livrer en cette 8ème journée de mobilisation… mais cette embellie sur le front de l’emploi ne risque-t-elle pas de jouer en faveur des opposants… c’est ce que suppose Bruno DIVE dans Sud-Ouest : « cette inversion de la courbe risque de produire un effet pervers. Et de susciter cette question au sein d’une opinion publique déjà sceptique sur la loi EL KHOMRI : puisque le chômage recule, est-il bien nécessaire d’adopter une loi qui va fragiliser le contrat de travail ? » Analyse partagée par Bernard STEPHAN dans la Montagne : « les bons chiffres peuvent avoir deux corollaires : celui de conforter le gouvernement dans sa ligne de fermeté face à la contestation de la CGT et celui de rendre encore plus impopulaires les blocages. »

Il semble bien loin, le temps de la coopération entre individus

Oh, oui, il faudrait presque remonter à 176 500 ans avant notre ère pour en trouver une trace… en tout cas aujourd’hui dans la presse… je vous suggère pour ça l’article de Libération consacré à la grotte de BRUNIQUEL… cette grotte du Tarn-et-Garonne où ont été découvertes des structures très anciennes… qui montrent que l’homme de Neandertal était certainement plus évolué que ce que l’on pensait jusqu’alors…

Les visiteurs préhistoriques de la grotte «ont arraché des stalagmites, les ont basculées, sectionnées, fragmentées, tronçonnées voire même calibrées pour les disposer de manière circulaire ou les entasser dans les parties centrales de la structure, selon un plan qui était certainement prédéterminé. Les hommes ont déplacé entre 2,1 tonnes et 2,4 tonnes de matériaux. Ce n’est pas un acte anodin.» explique l’article…

Ce qui nous conduit à cette organisation inédite dans l’histoire de Neandertal, qui « suppose que Neandertal maniait les torches en sous-sol bien avant l’homme moderne (…) il y avait des rôles différents et répartis entre les individus. Une coordination, des échanges. Peut-être aussi une hiérarchie, un chef qui donnait les ordres. »

Ah… une hiérarchie respectée, un chef qui donne des ordres, tout cela de façon harmonieuse dans un but précis… voilà de quoi faire rêver en ces temps de conflit social… mais pour quoi faire, au juste… sur ce point, BRUNIQUEL n’a pas encore livré tous ses secrets. « Par élimination, on peut supposer qu’il n’y a pas trop de raisons de type habitat, de raisons techniques ou alimentaires… On est progressivement acculés dans le domaine de l’immatériel, qu’on a du mal à appréhender pour ces périodes très anciennes.» De l’art ? Un rite ou un culte ? «C’est un terrain très dangereux, et il faut vraiment réfléchir à deux fois avant de lâcher un mot de ce genre.»

J'aurais pu rapprocher cette dernière phrase du conflit social en cours, mais c'est un pas que je ne franchirai pas.

Chroniques
8H55
4 min
La Séquence des partenaires
La Séquence des partenaires : Jeudi 26 mai 2016
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......