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Drogue, globish et différences

8 min
À retrouver dans l'émission

Drogue, globish et différences, la revue de presse par Thomas Baumgartner.

Et pour commencer, il y a l’affaire du jour… En tout cas, présentée comme telle par Libération : Révélations sur un trafic d’Etat. C’est la Une de Libération.

Le journal révèle en effet « le rôle central »de l’ancien patron de l’Ocr-tis, l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants, François Thierry, son rôle « dans l’importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis »… « Un système d’une ampleur inédite », lit-on. « qui s’apparente à un trafic d’Etat ». Voilà l’histoire…

En octobre dernier à Paris, les douanes mettent la main sur plus de 7 tonnes de cannabis « entreposées dans trois camionnettes garées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement ». « Une facture retrouvée dans une des camionnettes et des traces ADN permettent rapidement de remonter jusqu’à un certain Sofiane H., bien connu des services de police. L’homme habite justement boulevard Exelmans, dans un penthouse de 300 m2 avec piscine intérieure, dont le loyer de 9 000 euros est réglé chaque mois en cash. » Or, nous dit-on, Sofiane H. « a surtout la particularité d’être un indic de l’Ocr-tis. » « Il est directement traité par le patron de l’Office, et capable d’importer chaque mois plusieurs tonnes de shit en ’livraison surveillée’. »

C’est une « technique d’enquête qui permet de laisser passer de la drogue afin de démanteler des réseaux de revendeurs à l’arrivée ». « Une technique légale », précise Emmanuel Fansten dans son enquête. « Sauf qu’en l’espèce, Sofiane H. semblait bénéficier d’une protection en haut lieu, ce qui lui permettait de poursuivre ses activités sans jamais être inquiété. »

Et le journal pose la question : « Quelle était la nature des relations de Sofiane H., le plus gros importateur de cannabis en France, ni plus ni moins, avec François Thierry pour bénéficier d’une telle impunité ? » Libé retrace son histoire : Actif depuis ses 20 ans, arrêté, évadé, installé en Espagne, Sofiane H. est « repris, extradé en France, condamné en 2011 à treize ans de prison. Mais il a une bonne avocate, Anne Claire V. qui n’est autre que la compagne de François Thierry. » « Trois ans plus tard, l’avocate spécialisée en droit immobilier dans un grand cabinet d’affaires parvient à faire libérer le trafiquant », dans des conditions « rarissimes, réservées à certains repentis ». Et désormais, écrit Emmanuel Fansten, « Sofiane H. va s’imposer comme le plus gros trafiquant de l’Hexagone grâce à la protection de François Thierry. » (Je précise à ce stade que « H » est une initiale de son nom de famille et pas un surnom…) Un ancien indic de François Thierry, Stéphane V, a livré de nombreux éléments à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). « Il affirme notamment avoir été mandaté par François Thierry pour garder une villa dans le sud de l’Espagne, entre mars et avril 2012. » « Pendant près de trois semaines, a-t-il expliqué, cinq hommes présentés comme des policiers français se relayaient pour charger et décharger sur la plage des dizaines de paquets remplis de drogue, récupérées sur des Zodiac venus du Maroc. » A Libération, qui l’a interrogé, Stéphane V. ne se présente pas comme un indic mais comme un « infiltré », qui aurait effectué plusieurs missions pour l’Etat. « Pourquoi parler aujourd’hui ? », lui demande le journaliste de Libération. « L’Etat a une dette envers moi », répond-t-il. « Une mission dangereuse en Amérique du Sud, en lien avec les Etats-Unis, ne m’a pas été payée. » Et il ajoute : « J’ai été témoin d’un trafic organisé au plus haut niveau, au motif de démanteler les réseaux. J’entends la politique du résultat, mais pas la fin de l’Etat de Droit ».

« Drogues/ Révélations sur un trafic d’Etat », c’est à lire ce matin dans Libération.

Le Figaro, de son côté, propose une plongée à Kilis, en Turquie… C’est Delphine Minoui qui s’y est rendue. Kilis, petite ville turque à la frontière syrienne, qui est candidate au Prix Nobel de la paix pour son accueil des réfugiés syriens. Et qui est aujourd’hui « rattrapée par le conflit voisin ». Depuis le mois de janvier, rappelle la reporter, Kilis, qui se trouve à 3 km seulement de la frontière, est la cible de Daech. « Jusqu’ici tout se passait plutôt bien », raconte un commerçant. « On cohabitait sans problème entre Turcs et Syriens. Aujourd'hui mon magasin est vide, les gens sont méfiants ». « En plus de quatre mois », explique Delphine Minoui, « 20 personnes ont péri sous une pluie intermittente de roquettes, illustration directe d’un conflit ravageurs qui déborde de plus en plus sur le territoire turc ». « Aujourd’hui le nombre de réfugiés (plus de 120 000) y dépasse le nombre d’habitants (environs 100 000) dans un pays qui accueille au total plus de 2,7 millions de Syriens. » « ‘En nous installant à Kilis, nous pensions fuir la guerre. En fait elle nous a rattrapés’ », raconte Fatmeh Djouned, « une mère de famille syrienne installée à Kilis depuis 2012 ». « Un jour où elle rentrait chez elle, une roquette s’est abattue sur son immeuble. Trois de ses quatre enfants ont péri dans l’attaque », relate la reporter du Figaro. « Elle n’a pas à se plaindre des autorités locales », lit-on. « Elles lui ont facilité les démarches pour aller enterrer ses enfants en Syrie, puis revenir. » « Ses voisins aussi lui ont été d’un grand soutien. Mais dans la rue les regards ont changé ». « ‘Les Turcs nous reprochent d’avoir apporté la guerre avec nous’ », dit un commerçant syrien. « ‘Ils nous accusent aussi de prendre leur boulot’. Ici je ne me sens plus en sécurité », ajoute-t-il.

Le gérant d’un café confirme : « ‘Ce sont nos frères musulmans. Il faut les accueillir. Mais là, on commence à saturer’ ». Le maire de Kilis plaide pour la constitution d’une zone sécurisée en Syrie, le long de la frontière. Mais, dit-il, « tant que la communauté internationale ne s’attaquera pas à l’origine du problème, c’est-à-dire Bachar al-Assad, la situation ne cessera de dégénérer et le nombre de réfugiés ne fera qu’augmenter ».

L’histoire de Kilis, la ville candidate au prix Nobel de la paix, c’est à lire dans le Figaro ce matin…

Dans La Croix, sur un autre sujet mais parfois avec des mots étonnamment proches, il y a le reportage de Tristan de Bourbon à Romford, commune située dans « l’extrême banlieue est de Londres », commune apparemment fortement acquise à la sortie de la Grande Bretagne de l’Union européenne. Ce « Brexit » qui fera l’objet du référendum du 23 juin, dans un mois pile. Mais ce qui résonne dans les propos recueillis par le reporter de La Croix, c’est un rejet bien plus large et général qu’un rejet strictement européen. « ‘Les hôpitaux et le système de santé dans son ensemble ne tiennent plus le coup’ », s’exaspère ainsi une retraitée. « ‘C’est normal’ », dit-elle, « ‘vu le nombre d’étrangers installés ici depuis le début des années 2000’ ». « Ce message résonne aussi auprès des plus jeunes », lit-on dans l’article de La Croix. « Comme Laura Seymour, 32 ans, et Tom Smith, 26 ans. Ce couple d’employés de la City redoute également les effets supposés de l’immigration sur les services publics. La jeune femme d’origine caribéenne votera en faveur du Brexit. Lui hésite encore, influencé par son entourage professionnel. » « Mais ‘la classe moyenne vit un peu dans une bulle’ », estime-t-il. « En raison de nos qualifications et de nos salaires, nous ne sommes pas directement affectés par l’immigration ou nous pouvons nous adapter, contrairement aux plus pauvres et aux moins qualifiés. » Et il conclut : « Je comprends donc leur rejet de l’Union européenne »…

Pour terminer envisageons le Brexit et posons la question : Si le Brexit a lieu, l’Europe continuera-t-elle de parler Anglais ?

Qui ne sera plus, parmi ses membres, que la langue de « l’Irlande, pays champion de l’UE du dumping fiscal, et de Malte, dont la population équivaut à celle de la ville allemande de Bochum » ? Celui qui fait ces remarques ce matin, c’est Xavier Combe, dans une tribune publiée par Libération. Xavier Combe est le président de l’Association française des interprètes de conférence indépendants, et vous entendez sa voix régulièrement sur France Culture, où il officie volontiers. Le propos, dans sa tribune, est une défense des différences et une charge contre l’uniformisation de la langue au profit du « globish », autrement dit le « Global English ». Qui est loin d’être la langue anglaise. « Le globish est un outil au vocabulaire indigent, dépourvu de nuances et qui supporte l’approximation grammaticale et syntaxique », écrit Xavier Combe. « Pour travailler dans l’économie mondialisée, on nous somme d’avoir la maîtrise du globish ».

Il poursuit : Si « l’anglais est la langue du modèle économique hégémonique qu’est le néolibéralisme, le globish est le déguisement véhiculaire de l’anglais, qui s’arroge le terrain linguistique que défriche jour après jour la mondialisation ». « Le globish règne sans partage » dans l’économie mondialisée « et nivelle la pensée par le bas ». Car non, écrit Xavier Combe, « ce n’est pas en globish que l’on peut constuire et partager une pensée sagace et pétillante sur les tenants et les aboutissants du concept de laïcité, de négritude, d’acquis sociaux, de terroir ou de tiers payant ». « Dans le mythe biblique de Babel, les hommes sont punis par Dieu car ils ont eu l’arrogance de vouloir bâtir une tour jusqu’au ciel. Dieu les condamne à parler dans une multitude de langues », écrit Xavier Combe. « A rebours de cette prétendue malédiction, il convient de redouter une tour de ‘Glo-babel-ish’ où les hommes ne disposent plus que d’une seule langue, dénominateur véhiculaire commun dont la pauvreté et l’unicité du système de pensée étiolent leur esprit ». « De même que nous sentons que notre survie passe par le respect de la biodiversité, il faut défendre la multiplicité des langues », lit-on dans cette tribune de Libération.

Promouvoir la diversité des langues, « c’est hisser l’Union européenne à la hauteur de sa devise : ‘Unis dans la diversité’. » « Unis dans la diversité », qui est aussi, apprend-t-on dans cette tribune la devise de la Papouasie-Nouvelle Guinée.

Etonnant, non ?

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