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François HOLLANDE et Angela MERKEL à Verdun

Guerres de tranchées

6 min
À retrouver dans l'émission

Des commémorations de la bataille de Verdun, à la fixation du conflit social : variation autour de la bataille des tranchées

François HOLLANDE et Angela MERKEL à Verdun
François HOLLANDE et Angela MERKEL à Verdun Crédits : Reuters

Cent ans après Verdun, et à l’issue d’un week-end de commémoration de cette meurtrière bataille de la Grande Guerre, qui a coûté la vie à plus de 300 000 soldats… comment ne pas faire le rapprochement avec cette nouvelle semaine de contestation sociale, où chacun, gouvernement et syndicats, s’enlise dans sa position respective et pousse la confrontation jusqu’à une symbolique guerre des tranchées… Il suffit de voir la Une du Figaro pour prendre la mesure du parallèle : « Loi Travail, HOLLANDE et VALLS peuvent-ils tenir ? », avec en filigrane la question de la fixation du conflit social… « Le premier ministre a réaffirmé qu’il irait jusqu’au bout » précise la manchette, juste au-dessus d’une photo du président français et de la chancelière allemande, tout de noir vêtus, dans un cimetière militaire.

Commençons par l’Histoire si vous le voulez bien… l’esprit de Verdun commémoré ce week-end par François HOLLANDE et Angela MERKEL… « Le couple recomposé MERKEL-HOLLANDE est une image touchante, reconnaît Pierre FREHEL du Républicain Lorrain, mais il n’est guère plus qu’un symbole. Nous inviter, comme l’a fait le chef de l’Etat, à protéger notre patrie et à aimer l’Europe est d’une affligeante banalité. C’est aussi un aveu de faiblesse. » Analyse partagée par Bruno DIVE dans Sud-Ouest : « Il y a trente ans, l’Europe se construisait encore et restait une espérance. En 2016, elle se délite sous les coups de crises multiples, d’un élargissement mal contrôlé, de la montée des égoïsmes et du populisme, ce nom aimable qu’on donne au nationalisme pour se rassurer. »

« L’erreur serait de croire qu’une embrassade, aussi chaleureuse et symbolique soit-elle, à Douaumont ou à Consenvoye, contribue à semer la paix en Europe, estime Nicolas FOSTIER de l’Union. L’esprit de marché a tué l’esprit de communauté. »

Alors, même si cette « journée avait l’ambition « d’éclairer le monde d’aujourd’hui » à la lumière de l’histoire du suicide de nations entraînées dans le précipice par le nationalisme », comme l’a déclaré François HOLLANDE, le constat qu’en dressent vos journaux n’est guère porté par une vague d’enthousiasme ou d’espoir… « des peurs se manifestent à nouveau, des replis sont proposés comme autant de sécurités, alors qu’ils sont le prélude à des exacerbations idéologiques ou des velléités de conquêtes, écrit Jean LEVALLOIS dans la Presse de la Manche. Les durcissements des pays d’Europe de l’Est éveillent des démons que l’on croyait disparus. »

« A moins d’un mois du référendum sur le Brexit de la Grande Bretagne, un discours plus mobilisateur, davantage tourné vers l’avenir aurait été de mise », estime pour sa part Yolande BALDEWECK dans l’Alsace. « 1914 est le résultat de la défaillance des politiques, a redit la chancelière, conclut Monique RAUX dans l’Est Républicain. Plus que jamais Verdun les rappelle à leurs responsabilités. »

C’est donc à une autre guerre de tranchées que se prépare l’exécutif cette semaine…

Rémi GODEAU dans l’Opinion jette lui aussi des passerelles entre cette commémoration et l’actualité sociale… « Aujourd’hui, je suis dans l’Histoire » a déclaré François HOLLANDE en prélude aux cérémonies de Verdun. D’évidence, un autre sentiment éclaire le rejet sans précédent des Français envers l’exécutif : l’angoisse que les échecs répétés du Président ne précipitent la France, et l’Europe, en dehors de l’Histoire. »

Or, dans cette nouvelle semaine de contestation de la loi travail, chaque camp s’enferre dans ses positions. C’est « François HOLLANDE contre la CGT, écrit Paul-Henri du LIMBERT dans son édito dans le Figaro. Que doit-on attendre de cet improbable scénario qui voit un président socialiste, ennemi fièrement déclaré de la finance, braver une petite armée rouge aux ordres de Philippe MARTINEZ ? Hélas, rien de bon. »

Et la multiplication des points de fixation de cette guerre n’augure en effet pas d’une semaine sous de riants auspices… Il suffit pour s’en rendre compte de consulter la liste dressée par Libération, sous le titre « mouvements sociaux : un agenda chargé » : SNCF, grève reconductible dès mardi soir ; RATP, grève illimitée à partir de jeudi ; ports et docks en grève jeudi également ; six des huit raffineries sont toujours à l’arrêt ou tournent au ralenti ; et pour finir, le trafic aérien sera perturbé le week-end prochain par une grève des aiguilleurs du ciel à partir de vendredi. »

Et c’est précisément sur ce parallèle historique que Jean-Guillaume DUCOIN se fonde, dans l’Humanité, pour justifier l’ampleur de ce mouvement social. « Sans vouloir jouer les historiens de pacotille, écrit-il, il n’est pas inutile de rappeler que sans les grèves, sans les blocages, sans les manifestations, nous en serions encore au monde de Zola, de Steinbeck et du travail des enfants. Voilà pourquoi chacun doit mesurer ce qu’une victoire contre la loi travail aurait de galvanisant pour l’avenir. »

Pour conclure, la parole non pas à un historien, mais à un historique.

Oui, le Parisien a obtenu une interview avec un vieux de la vieille… 74 ans dans 15 jours, il sera ce soir en concert à Bercy… Paul McCARTNEY a répondu aux questions du quotidien… L’ex-Beatle y déclare qu’il continuera à chanter aussi longtemps qu’il le pourra… Quand le journaliste fait référence aux Stones, ou à Dylan et à la génération d’après-guerre increvable, McCARTNEY répond qu’ils partageront tous la scène d’un festival aux Etats-Unis au mois d’octobre…

Il explique également comment John LENNON lui manque, « comme un frère » dit-il… « Je lui rend hommage sur scène avec « Here Today », une conversation imaginaire entre nous. » Il jouera par ailleurs quelques 25 titres des Beatles, dont Hard Day’s Night et Love me do, qu’il n’a jamais repris sur scène depuis le début de sa carrière solo, dans les années 70.

Quant à sa vie privée, Paul McCARTNEY nous apprend qu’en dehors de ses tournées, « il va au cinéma et fais les courses au supermarché, comme tout le monde ». Et quelques lignes plus loin, que ce matin, il a conduit « son plus jeune enfant à l’école comme un papa normal. Et puis je suis rentré à la maison. Il fait beau, alors j’ai fait une balade à cheval. »

Comme tout le monde quoi. D’ailleurs il faut je vous laisse, ma calèche attend devant le studio pour me raccompagner dans mon manoir et prendre mon bain de lait d’ânesse. Comme tout le monde.

Chroniques
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La Séquence des partenaires : Lundi 30 mai 2016
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