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Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

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À retrouver dans l'émission

Manifestation des policiers sur fond d'atmosphère de "haine anti-flics" ou déclarations de François HOLLANDE sur l'absence d'alternative à gauche : double rappel du film de Michel AUDIARD

Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages
Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Vous n’y échapperez pas jusqu’à la fin du Festival de Cannes… un film par revue de presse… et c’est AUDIARD qui m’est venu à l’esprit ce matin pour commenter les deux principaux faits d’actualité traités par vos journaux… A commencer par la manifestation et le malaise des policiers… qui défilent aujourd’hui pour protester contre le sentiment de « haine anti-flic »… Quatre quotidiens y consacrent leur Une, à commencer par le Figaro… sous le titre « Face aux violences, la colère des policiers »… « C’est une colère singulière qui va s’exprimer aujourd’hui dans les rues de France, écrit Yves THREARD dans son édito. D’abord parce qu’elle est celle d’hommes et de femmes qui manifestent très rarement : des policiers. Ce sera la troisième fois en quinze ans. Ensuite, parce qu’ils ne s’opposent pas à une décision du gouvernement, mais déplorent, au contraire, une absence de décisions. »

« Mais que peut faire la police ? » s’interroge également la Croix en Une… Le journal rappelle que « depuis 3 mois, 350 policiers et de nombreux manifestants ont été blessés dans des affrontements », et que par ailleurs, « gardes statiques post-attentats, manifestations contre la loi travail, gestion des migrants à Calais et perspective de l’Euro de football, les CRS témoignent d’une fatigue qui s’accumule et qui rend moins tolérable leurs conditions de travail par nature difficiles. »

Le tout, avec un paramètre nouveau qui complique tout… ou tout du moins qui expose bien plus les forces de l’ordre à la vindicte populaire… c’est le recours de plus en plus fréquent à la vidéo, et la multiplication des films amateurs… c’est Libération qui se saisit de ce sujet, toujours en Une… comme l’explique Laurent JOFFRIN dans son édito « la généralisation des objets filmants, les portables principalement, change la donne du maintien de l’ordre. Policiers et manifestants, désormais, évoluent sous l’objectif omniprésent des milliers de reporters bénévoles qui diffusent aussitôt sur les réseaux les scènes de violence qui émaillent les manifestations. (…) Cette transparence, selon Laurent JOFFRIN, comporte un risque : une seule scène d’affrontement, si elle est choquante, peut donner une idée fausse de l’ensemble. (…) Mais elle peut avoir une double vertu : mettre en lumière l’action délétère des activistes du genre Black Block (…) et obliger la police à proportionner strictement la riposte et à sanctionner ses propres dérapages. Une sorte de Big Brother citoyen… »

Et pourtant malgré cette escalade… les policiers ne seraient pas si mal aimés que ça…

C’est le Parisien qui temporise ce matin, en Une sous le titre « Mais si, les français vous aiment ! »… le journal a commandé un sondage qui dit exactement l’inverse de la « haine anti-flic » contre laquelle les policiers vont manifester aujourd’hui… 82% des personnes interrogées disent avoir une bonne opinion des forces de l’ordre. 56% estiment qu’elles leur inspirent de la confiance contre seulement 10% de l’hostilité. 91% disent comprendre que les policiers ressentent de la fatigue physique et morale… et enfin, près d’une personne sur 2 pense que la police a fait usage de la force de façon proportionnée…

Ça c’est pour les chiffres… mais ce n’est pas tout… Libération rappelle également que les « Forces de l’ordre ne sont pas si maltraitées »… « dans un contexte de rigueur, l’exécutif a quand même débloqué des centaines de millions d’euros après les attentats de Paris ». « Syndicats comme pouvoirs publics évaluent à 9000 le nombre de postes qui seront créés dans la police et la gendarmerie. De quoi revenir, en 2017, aux effectifs de 2007 » – c'est-à-dire avant l’élection de Nicolas SARKOZY qui avait supprimé des postes en nombre. Le journal précise que « d’autres chantiers ont été initiés pour répondre aux revendications récurrentes de la profession, notamment sur l’obsolescence du matériel, mais aussi sur la fatigue des troupes surmobilisées par l’actualité. » Et enfin, « le dernier dossier, celui de la rémunération des forces de l’ordre, a abouti le 11 avril à l’issue de longues négociations (…) Montant de l’enveloppe, 865 millions d’euros pour les policiers et gendarmes entre 2012 et 2020. »

Ce qu’un policier parisien résume en ces termes, dans les colonnes de l’Humanité cette fois. « Ce mot d’ordre de la haine anti-flic, c’est de l’enfumage. J’exerce depuis des années et je n’ai jamais vu autant de candidatures pour entrer dans la police. » « De fait, précise le journal, le dernier concours de recrutement, organisé en mars, a battu des records : 35 464 candidatures pour 2801 places. Soit une augmentation de 50% par rapport à septembre 2014. » « Il n’y a pas plus de haine anti-flic aujourd’hui qu’hier, souligne la CGT police. Il y aura toujours une minorité anti-police, anti-Etat. Mais quand on discute avec la population, on voit bien qu’elle n’est pas contre les policiers, mais contre nos donneurs d’ordre. »

Et donc, en résumé : il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.

Une maxime qui s’applique aussi à la politique

Ou plutôt aux électeurs, si l’on prend en compte le discours très ferme du président de la République hier sur Europe 1… et ce que l’Humanité appelle « Tina »… ou le tournant Thatchérien de François HOLLANDE… « Tina » pour « There is no alternative », « phrase prononcée par l’ex-première ministre britannique Margaret THATCHER pour exclure toute autre voie que la sienne ». Une phrase que l’on retrouve quasi littéralement dans le discours du chef de l’Etat hier : « En dehors du gouvernement qui est aujourd’hui en place, il n’y a pas d’alternative à gauche. »

Fort bien, c’est le point de vue de François HOLLANDE… mais ce qui est intéressant, c’est ce qui suit immédiatement… une hésitation, un lapsus pour le Parisien, également relevé par Anthony PALOU dans le billet « Bien vu » du Figaro : le chef de l’Etat poursuit donc : « Il y a une alternative à droite qui existe, et si je ne suis pas… heuuuuuu… si la gauche n’est pas reconduite, ce sera la droite qui l’emportera »

Bim bam boum… « si je ne suis pas… » « C’est un lapsus qui vaut des heures de discours, estime le Parisien. Il est 8h20 sur Europe 1 et le vernis présidentiel de François HOLLANDE finit par craquer : ça sera moi ou la défaite en 2017 pense-t-il. Si fort que le président-candidat n’arrive même plus à se retenir… »

Mais le chef de l’Etat veut entretenir le suspense, et réaffirme qu’il ne se déclarera pas avant le mois de décembre… ce qui, soit dit en passant, paralyse totalement tous ses éventuels concurrents à gauche, en leur imposant son calendrier présidentiel. Du suspense croyez-vous ? Dites-donc monsieur HOLLANDE, il faudrait tout de même pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages !

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Mercredi 18 mai 2016
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