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La Revue de presse : Vendredi 20 mai 2016

7 min
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Une question pour commencer : « Existe-t-il un marché mondial des PDG ? »

C’est une question posée par La Croix en titre de sa page 4.

Question intéressante, parce que l’éventualité actuellement évoquée d’une limitation des rémunérations des PDG risquerait, selon les milieux patronaux, de « priver les entreprises françaises des meilleurs talents », si l’on ne s’alignait pas sur certaines pratiques internationales.

La Croix met face à face deux avis.

D’une part, il y a celui de Jérôme Chauvin, « délégué général adjoint de Business Europe, une organisation patronale européenne ».

Dans son organisation, dit-il, « nous appelons à faire attention à ce que d’éventuelles nouvelles mesures de régulation ne nuisent pas à l’attractivité d’un pays et à la capacité d’une entreprise européenne à attirer chez elle des dirigeants compétents. »

« Attention », dit-il, « à ne pas tirer vers le bas le niveau de compétence des personnes susceptibles de venir travailler dans ces entreprises ». On a donc là un représentant du patronat qui nous dit que pour obtenir du bon boulot, il faut le payer correctement.

Face à lui, La Croix ne met pas un représentant syndical, mais un consultant. Loïc Dessaint est directeur général de Proxinvest, un cabinet de conseil aux investisseurs. « Le marché mondial » où l’on disputerait les talents des meilleurs PDG à coups de millions n’existe pas, dit-il en substance.

« Rien ne permet de soutenir cette thèse » .

« Les dirigeants viennent dans l’immense majorité du même pays que leur entreprise ».

« Bien sûr », concède-t-il, « il existe des exceptions notables, mais la règle est que les entreprises américaines sont dirigées par des Américains, les entreprises allemandes par des Allemands et les entreprises françaises par des Français ».

« En réalité, on ne s’arrache pas vraiment les dirigeants français », poursuit Loïc Dessaint. « Et je ne pense pas qu’une limitation des rémunérations conduirait à une vague de départs massifs vers l’étranger ».

Et il remarque que « pour justifier leurs rémunérations, les dirigeants français se comparent toujours avec les Américains ou les Allemands, jamais avec ceux qui sont moins bien payés », comme les Japonais, par exemple. « Ce qui pousse les rémunérations vers les sommets, c’est surtout l’idée que plus un patron est payé, meilleur il sera », analyse le directeur général de ce cabinet de conseil aux investisseurs. « Or, quand une entreprise choisit un nouveau dirigeant, elle est obligée de dire qu’elle a pris le meilleur et donc de le rémunérer encore plus que les concurrents… afin de prouver qu’il est excellent. »

« Dans ces processus de recrutement, on ne choisit pas le moins cher parmi les excellents candidats. On veut le meilleur et donc on le paye ce qu’il juge mériter sans vraiment s’interroger sur le niveau de rémunération ».

Existe-t-il un marché mondial des PDG ? C’est une confrontation des points de vue à lire dans La Croix ce matin.

Un patron français dans une structure française… C’est le cas par exemple du patron de la Fédération française de tennis…

C’est Jean Gachassin, qui est au centre d’un long article de Jean-Yves Guérin dans Le Figaro,

alors que le tournoi de Roland-Garros commence après-demain dimanche,

et que le tirage au sort pour en déterminer le tableau a lieu tout à l’heure à 11h et quart…

« L’ambiance est plombée à la FFT », écrit Jean-Yves Guérin. « Les salariés de la fédération voient voler les scuds au-dessus de leur tête et se demandent ce qui va leur arriver », lui a-t-on rapporté.

Le président de la FFT Jean Gachassin est « accusé d’avoir organisé à son profit personnel un trafic de billets pour Roland-Garros. On lui reproche aussi d’avoir rencontré un cadre de l’entreprise Vinci en pleine procédure d’appel d’offres pour agrandir le stade de Roland-Garros ». Ce qui est un « procédé interdit », nous rappelle-t-on.

Le patron de la FFT est « soupçonné d’avoir cédé à prix coûtant 600 billets pour Roland-Garros en 2010 et 2011 à Midi Olympique voyages, une société dirigée par un de ses amis. « Des places qui auraient dû revenir à des licenciés ou à des partenaires. »

« En proposant des packages VIP avec hôtels, restaurants etc, l’agence en question les revendait cinq fois plus cher. » « En contrepartie, Jean Gachassin », qui vient du monde du rugby,

« était invité à des matchs du Tournoi des Six Nations à l’étranger, tous frais payés », nous explique-t-on dans l’article du Figaro.

Selon les informations du journal, par ailleurs, « le président de la FFT est aussi soupçonné d’avoir vendu lors de chaque quinzaine de Roland-Garros quelques places à » une marque de vêtements « qui l’habillait en contrepartie ».

« Je n’ai vraiment rien à me reprocher, si ce n’est d’avoir été parfois trop gentil avec mes amis du rugby », expliquait Jean Gachassin le 8 mai dans une interview citée par Jean-Yves Guérin.

« Je leur ai donné quelques places payantes, peut-être un peu trop ».

« Une enquête préliminaire est ouverte depuis le 19 mars sur un système de revente occulte de billets, et sur les conditions d’attribution du marché de l’agrandissement du stade de Roland-Garros.

Dans ce cadre, le 3 mai, une vingtaine de policiers ont fait une perquisition au siège de la FFT », nous rappelle-t-on.

Une opération et des révélations qui ont lieu dans un climat plus que tendu. Déjà en février, lit-on dans l’article, le directeur général de la FFT et directeur du tournoi de Roland-Garros a été licencié « en quelques minutes ». Et actuellement « deux membres du comité directeur de la FFT et un ‘outsider hors système’ se livrent une bataille féroce pour succéder à Jean Gachassin lors des élections prévues en février 2017 ».

« Et dire que ce dernier avait été élu à la tête de la Fédération de tennis pour en finir avec l’ère de l’affairisme incarné par son prédécesseur, condamné en 2009 pour prise illégale d’intérêt », précise le journaliste du Figaro…

Le Figaro qui fait un petit encart dans ses pages économie. Un petit encart sur un conflit qui se poursuit entre Google (le géant Google) et la Cnil, la Commission nationale informatique et liberté, présentée par Lucie Ronfaut comme « l’autorité française de protection des données ».

Au cœur de ce conflit : la question du droit à l’oubli. Un droit qui « suppose que tout citoyen européen peut réclamer le déréférencement d’un contenu mettant à mal sa vie privée ». Un droit reconnu par la justice européenne en mai 2014.

« La Cnil réclame son extension au monde entier, afin d’assurer le respect total de ce droit, sans possibilité de contournement », nous dit-on. En mars, la Cnil a déjà infligé une amende de 100 000 euros à Google, qui « assure qu’il réglera l’amende ». Mais l’entreprise « dépose une requête au Conseil d’Etat pour contester les ordres de la Cnil. »

« Nous nous interrogeons sur le pouvoir de la Cnil française d’étendre sa juridiction au-delà des frontières de son pays », explique le directeur juridique de Google en Europe.

« Cette décision pourrait entraîner une situation où le standard le plus restrictif se retrouve appliqué à tous les internautes du monde ». Réponse du Conseil d’Etat dans plusieurs mois…

Droit à l’oubli… Droit à l’image…

Aujourd’hui, les deux sont proches, bien sûr.

Il est question du droit à l’image dans Libération ce matin, dans un entretien avec Joëlle Verbrugge, qui est photographe et avocate, et qui répond à Laure Andrillon.

Le point de départ de la discussion, c’est un conflit qui oppose les parents d’une victime de l’attentat du Bataclan, le 13 novembre, et le magazine VSD qui a publié sa photo « le montrant agonisant aux abords de la salle de spectacle ».

La famille a porté plainte pour « atteinte à la dignité de la victime ». Le tribunal doit se prononcer aujourd’hui sur la question.

C’est une « épineuse question de droit », comme dit Libé. « Il y a d’un côté la liberté d’informer », confirme Joëlle Verbrugge et de l’autre « le droit à l’image, qui fait partie du droit au respect de la vie privée ».

« Le droit à l’image comme le droit à la dignité sont des droits dits de la personnalité », précise l’avocate. « Ils naissent avec la personne et meurent avec elle ».

« La famille du défunt s’est appuyée sur la loi Guigou de 2000, qui stipule que montrer les circonstances d’un crime ou d’un délit est puni d’une amende si cela porte atteinte à la dignité de la victime. (…) »

Elle poursuit : « C’est une loi qui est faite pour protéger les vivants. Seule la personne qui est photographiée peut porter plainte. Si elle décède, la famille ne peut que recourir à d’autres moyens juridiques. Le plus efficace est d’invoquer le ’préjudice d’affliction’, l’idée que les proches voient leur douleur aggravée et ravivée par la vue d’une photographie dégradante. Il est vrai que le code pénal protège la mémoire des défunts : mais la loi concerne les dépouilles, les sépultures, les monuments aux morts… pas leur image. »

Joëlle Verbrugge affirme aussi qu’en la matière « nous sommes dans une période de transition ».

« La rapidité et la facilité avec lesquelles sont transmises les photos aujourd’hui ont un réel impact », estime-t-elle.

« Avant même que l’événement soit terminé, l’image est relayée partout, et le mal est fait. On peut imaginer que les dommages-intérêts vont augmenter pour ces raisons. Mais, surtout, il se pourrait qu’il y ait tellement de demandes que la jurisprudence, assaillie de procédures et incapable de tout traiter, devienne moins sévère ».

« La jurisprudence évolue lentement, plus lentement que les mœurs ou que la technologie », dit-elle. « Et le risque est que le droit à l’image cède du terrain devant le droit à l’information ».

Dans Libération aussi, on trouve un exercice de mémoire immédiate…

Oui, un exercice de mémoire presque immédiate… Le crash de l’Egyptair donne l’occasion de se souvenir du détournement qui a eu lieu le 29 mars dernier. C’était un autre vol de l’Egyptair.

Un Egyptien de 58 ans, Seif Eldin Moustafa, avait exhibé une ceinture « d’explosifs » dans un avion.

« En réalité il s’agissait de housses de portables », nous rappelle-t-on dans Libé. Ce qui avait tout de même contraint « le pilote de ce vol intérieur reliant Alexandrie au Caire à changer de direction, pour atterrir finalement sur l’aéroport de Larnaca, à Chypre ».

« Contrairement aux autres cas de détournement d’avion, celui-là avait suscité un certain amusement : on a ainsi vite appris que le pirate de l’air voulait revoir son ex-femme chypriote… Sauf que tout était faux », écrit Maria Malagardis depuis Chypre, où les autorités égyptiennes doivent déposer aujourd’hui une demande d’extradition officielle visant donc Seif Eldin Moustafa.

« Et qu’en cas d’extradition », lit-on, « il y a peu de chance qu’on en sache plus sur les révélations promises par le pseudo-pirate amoureux. Car celles-ci concernent l’affaire Regeni, qui empoisonne les relations entre l’Egypte et l’Italie depuis le début de l’année. Un jeune étudiant, Giulio Regeni, a disparu au Caire le 25 janvier avant d’être retrouvé mort dix jours plus tard. Torturé et battu à mort, selon l’autopsie de l’institut médico-légal de Rome. Avec des tortures caractéristiques des méthodes de la police politique égyptienne. Les autorités égyptiennes nient toute implication dans ce meurtre. »

Une ONG chypriote soutien le pirate de l’air, qui a fait passer une lettre de 7 pages avant de se rendre.

« Cette lettre n’a rien à voir avec son ex-femme », dit le représentant de l’ONG. « Il voulait en réalité se rendre en Italie, mais le pilote de l’avion estimait qu’il n’y avait pas assez d’essence et qu’il fallait se poser d’urgence ».

Sa demande d’asile a été examinée le 27 avril à Nicosie, où les autorités « ont admis qu’il risquait sa vie s’il était renvoyé en Egypte, ce qui met encore à mal cette histoire de ’pirate de l’air amoureux’ », écrit la journaliste de Libération. « Cela lui donne en principe le statut de réfugié. Mais dans la foulée, les autorités ont également décrété qu’il ne pouvait recevoir l’asile à Chypre en raison ’de son acte criminel’, le détournement d’avion ».

Et l’extradition reste toujours possible.

Bonne journée !

Chroniques

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