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Manuel VALLS à l'Assemblée Nationale

Une valse à trois temps

8 min
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Le Premier ministre peut-il ou non se maintenir à Matignon ? C'est la question qui taraude une partie de la presse ce matin. Et cette question est-elle le symbole d'une crise de l'autorité ?

Manuel VALLS à l'Assemblée Nationale
Manuel VALLS à l'Assemblée Nationale Crédits : Charles Platiau - Reuters

Valsera, valsera pas le Premier ministre ? C’est la question brûlante qui agite une large partie de la presse ce matin après la nouvelle journée de mobilisation d’hier contre la loi travail… et devant l’entêtement de Manuel VALLS à ne pas céder à la pression de la rue et de la CGT. Tiendra ? Tiendra pas ? Craquera ? Craquera pas ? Le suspense semble être à son comble à la lecture de vos journaux… même si, comme le constate avec une certaine lucidité Sébastien LACROIX dans l’Union : « A ce point de l’impasse, les méninges des commentateurs politiques pédalent dans la semoule ».

C’est donc à une surchauffe collective à laquelle on assiste ce matin, tenez, prenez l’illustration de l’article de Une de l’Opinion, titré « VALLS à quitte ou double »… on y voit le Premier ministre et une partie du gouvernement caricaturés comme les personnages du dessin animé Vice-Versa… chacun représentant un sentiment… Manuel VALLS est aux commandes sous les traits rouges de la colère, avec le crâne en feu… Michel SAPIN, tout bleu comme la Tristesse lui demande : « t’es sûr que… » VALLS lui coupe la parole : « Vos gueules ! » les mains sur deux manettes : « clarifier » ou « tenir ».

« Retirer le texte ? Impossible, sauf à déposer le bilan du quinquennat, selon Michel BASSI de l’Eclair des Pyrénées. Changer le Premier ministre, décidément plus fort en gueule qu’en habileté ? La tentation existe sans doute chez HOLLANDE, mais il perdrait lui-même la face. » Même analyse chez Olivier PIROT de la Nouvelle République : « Si la situation ne se calme pas d’ici l’Euro de Football [qui commence dans 15 jours], le chef de l’Etat n’aura peut-être plus qu’une solution : sacrifier son Premier ministre en échange de la paix sociale. Signant, aussi, de fait, la fin de son quinquennat. »

« Mais alors, s’interroge Sébastien LACROIX, pourquoi Manuel VALLS s’entête-t-il à ce point sur un projet de loi vidé de sa substance ? Pourquoi ne claque-t-il pas la porte pendant qu’il est encore temps, sauvant in extremis son image, ou ce qu’il en reste, de réformateur ? » Point de vue partagé par les Echos, pour qui « VALLS joue son autorité et son profil réformateur ». Mais cette question est avant tout une question rhétorique… parce que tant pour les Echos que pour Guillaume TABARD dans le Figaro : « Une démission ou une éviction sont aujourd’hui exclues par leurs entourages respectifs. « Il sera toujours là en 2017 » assure un conseiller du chef de l’Etat. (…) Partir serait perçu comme une désertion, tranche un autre, se disant quoi qu’il en soit persuadé que François HOLLANDE ne peut pas reculer, sauf à vouloir « aller cueillir les pâquerettes » à la présidentielle de 2017 ».

Et ce jeu de la devinette serait le signe d’une crise plus profonde ?

C’est en tout cas ce que laisse entendre Roger-Pol DROIT dans son billet dans les Echos, intitulé « Quand vacille l’autorité ». Selon lui, « nous oublions que la légitimité de l’autorité, la justification de ce qui la fonde et doit la faire respecter, a commencé à se dérober il y a bien plus longtemps. »

Je vous renvoie à l’article dans lequel Roger-Pol DROIT revient sur les fondements de l’autorité à travers le temps, pour aboutir à cette conclusion : « les trois fondements de l’autorité – vérité, ancêtres et Dieu – ont été mis à bas par les démocraties libérales nées des Temps modernes. Elles ont définitivement remplacé la vérité par le règne des opinions majoritaires, le passé par la domination du présent, et l’ordre divin par le contrat social. [or] quand l’autorité n’est plus garantie par quelque élément plus haut que l’humain, elle se délite nécessairement en rapports de force, selon le philosophe. »

Et « quand s’ajoute une série d’atermoiements, de faiblesses, d’erreurs stratégiques, l’autorité vacille de manière visible – comme en ce moment en France. Face à ce désarroi, met en garde Roger-Pol DROIT, il faut prendre garde à la menace d’un retour de balancier. (…) L’histoire du XXème siècle en a fourni des exemples qui furent autant de catastrophes. Les sauveurs furent des dictateurs, leur autorité devint totalitaire. Avant que pareil danger ne s’installe, un changement de climat s’impose, de toute urgence. »

Et en parlant d’autorité qui tourne à la dictature… Manuel VALLS a reçu une leçon singulière

Absolument, la leçon d’un président américain ? Pas le vrai président, mais un faux président… Franck UNDERWOOD… c’est le président psychopathe de la série américaine House of Cards… qui, via son compte fictif Twitter, a envoyé il y a quelques jours une pique au premier ministre français, juste après son utilisation du 49.3 à l’Assemblée… le compte de Franck UNDERWOOD twittait à Manuel VALLS « la démocratie, c’est tellement surfait » rapporte Sandra LAUGIER dans sa chronique philosophiques dans Libération.

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Une belle leçon d’ironie lorsque l’on sait que le président UNDERWOOD est un affreux salaud, meurtrier, menteur, tricheur et autocrate. « Certes, Netflix, le diffuseur de la série doit faire sa pub… mais le tweet d’UNDERWOOD a touché juste, écrit Sandra LAUGIER, dans sa connivence ironique avec VALLS sur la vanité de la démocratie. »

Ce tweet, outre l’opération marketing qui y préside, marque surtout le fait que cette série, comme d’autres avec elle, à travers la fiction, se transforme en « vigie impitoyable des dénis de démocratie dont son héros s’est fait le spécialiste. (…) cette intervention des personnages et créateurs de série dans la vie politique – dont Manuel VALLS a fait les frais – révèle l’ambition pédagogique, sociale et politique de ces œuvres, (…) qui parviennent à captiver et à éduquer le citoyen, désormais considéré comme capable de comprendre et juger les enjeux de la géopolitique ou du terrorisme. Encore une leçon de démocratie, la vraie. »

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La Séquence des partenaires : Vendredi 27 mai 2016
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